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Les bactéries présentes dans votre bouche seraient liées à la vitesse à laquelle votre cerveau réfléchit

Les microbes qui colonisent votre bouche, et, a fortiori, votre langue sont indispensables à votre organisme : ils aident à la digestion, vous protègent des infections buccales ou dentaires, et plus surprenant encore, impactent vos performances cognitives.

Sur votre langue vivent des centaines d’espèces de bactéries différentes, qui forment un écosystème foisonnant ; sa dorsale (partie supérieure) est même l’une des zones les plus densément peuplées. Très bien organisé, chacune de ces espèces remplit une ou plusieurs fonctions vitales pour votre organisme, dont une, au centre d’une étude menée par des chercheurs de l’Université d’Exeter et de l’Université libre de Bruxelles. Lorsque vous mangez des aliments riches en nitrate (la betterave, les épinards, la roquette ou le céleri, entre autres), une partie de ce composé passe dans votre sang, est captée par vos glandes salivaires, puis renvoyée dans votre bouche.

Les bactéries présentes sur votre langue le convertissent alors en nitrite, qui rejoint la circulation sanguine et contribue à la production de monoxyde d’azote (NO), une molécule qui dilate les vaisseaux sanguins et améliore la circulation sanguine, y compris vers votre cerveau. Une voie métabolique connue depuis les années 2000, mais dont l’impact potentiel sur les fonctions cognitives vient seulement d’être exploré. L’étude la concernant a été menée par Joanna E. L’Heureux, chercheuse à la faculté de médecine de l’Université d’Exeter, et publiée le 5 octobre dans la revue PLOS ONE.

Microbiote buccal et cognition : un lien qui intéresse la neuroscience

L’équipe a recruté 60 adultes en bonne santé au Royaume-Uni et en Belgique, qu’elle a répartis en deux groupes d’âge : un premier comprenant des individus dans leur vingtaine et l’autre, des personnes entre 60 et 70 ans. Chaque participant a passé une batterie de tests cognitifs évaluant la mémoire, l’attention, la vitesse de traitement de l’information et la reconnaissance des émotions.

En parallèle de ces évaluations, les chercheurs ont effectué des prélèvements sanguins et salivaires, complétés par un frottis lingual, pour identifier les espèces bactériennes qu’ils hébergeaient.

En croisant les deux ensembles de données (les résultats des tests et les prélèvements biologiques), les chercheurs ont relevé une constante. Chez les participants qui avaient répondu plus rapidement aux tests cognitifs, les analyses faisaient état d’une plus grande abondance d’une espèce de bactérie, baptisée Prevotella histicola.

Une seconde espèce, Haemophilus parainfluenzae (celle-ci directement impliquée dans la conversion du nitrate en nitrite) apparaissait elle aussi dans les deux cohortes, mais sa présence a été plus difficile à interpréter en tant que résultat exploitable. En Belgique, les participants qui hébergaient davantage de cette souche répondaient plus vite aux tests de reconnaissance émotionnelle et d’apprentissage visuel, et obtenaient de meilleurs scores en mémoire de travail. Au Royaume-Uni, sa présence sur la langue des participants était associée à des réponses plus rapides sur certains tests, mais plus lentes sur d’autres, une différence que les chercheurs attribuent aux différences dans la composition chimique du microbiome selon le pays.

L’hypothèse des chercheurs pour expliquer ces résultats est la suivante : en facilitant la production de monoxyde d’azote, ces bactéries pourraient améliorer l’irrigation sanguine du cerveau pendant les tâches cognitives. Un effet qui n’a pas encore été pleinement démontré lors de l’étude.

Toutefois, l’âge demeurait le facteur, de loin, le plus influent sur les résultats aux test cognitifs, mais le microbiome lingual évoluait lui aussi avec les années… et pas forcément le bon sens. Parmi les 17 espèces bactériennes dont l’abondance variait entre les groupes d’âge, les genres Treponema et Tannerella étaient surreprésentés chez les participants les plus âgés. Ce sont des bactéries typiques, entre autres, des affections parodontales qui entretiennent une inflammation buccale chronique susceptible de se propager à l’ensemble de l’organisme.

Chez les jeunes adultes, c’est Neisseria flavescens qui dominait, une bactérie impliquée dans la conversion nitrate-nitrite. Une évolution dans la répartition et l’abondance des souches bactériennes qui laisse penser que le vieillissement modifie l’écosystème buccal dans un sens défavorable à la production du NO, la molécule vasodilatatrice favorisant l’irrigation sanguine du cerveau.

Une étude encore préliminaire, mais à fort potentiel thérapeutique

Deux limites méthodologiques empêchent toutefois les auteurs de tirer un lien de causalité entre la surabondance d’espèces bactériennes et les performances cognitives, qu’ils reconnaissent eux-mêmes. La première : la cohorte, très restreinte, avec seulement 30 participants originaires de deux pays différents. La deuxième : le protocole ne contrôlait pas les habitudes de vie des participants. Leur régime alimentaire, leur niveau d’activité physique, la qualité de leur sommeil ou leurs traitements médicamenteux n’ont fait l’objet d’aucune évaluation standardisée, alors qu’ils influencent fortement la composition chimique, et donc bactérienne de la salive.

C’est une étude exploratoire qui démontre qu’il existe un lien statistique entre deux indicateurs, sans pouvoir déterminer lequel influence l’autre, ni même si l’un influence réellement le second. Dans le cas où l’hypothèse émise ici par les auteurs venait néanmoins à être confirmée plus tard par une étude interventionnelle de grande envergure, il deviendrait peut-être possible de développer de nouvelles pistes thérapeutiques pour prévenir le déclin cognitif à partir de l’analyse du microbiome lingual.

  • Des bactéries buccales influencent la circulation sanguine vers le cerveau, impactant les performances cognitives.
  • L’étude révèle une corrélation entre la présence de certaines bactéries et la rapidité de traitement cognitif chez des adultes.
  • Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour établir un lien de causalité entre microbiome lingual et cognition.

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Par : Gouvernement français
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