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Comment votre cerveau « fabrique » réellement vos expressions faciales ?

Vous ne contrôlez pas pleinement les mouvements de votre visage ; enfin peut-être pas autant que vous ne le pensez. En revanche, votre cerveau ne dort jamais quand lorsqu’il doit décoder celui des autres ou vous faire porter votre propre masque social.

Notre visage est, avec la parole, notre principal moyen de faire passer nos émotions : si l’on schématise, le premier sert à maintenir le lien social nous unissant à nos pairs et la deuxième à transmettre nos idées. Si vous avez déjà eu un nouveau-né souriant en face de vous, vous savez à quel point il est difficile de ne pas lui rendre la pareille. Inversement, il n’est pas rare de se forcer à sourire par convention, même lorsque l’on doit interagir avec quelqu’un que nous ne portons pas vraiment en haute estime. Ces deux situations ont un point commun, même si l’une est bien plus agréable que l’autre : notre corps communique souvent à notre insu, et parfois même contre nous.

Le coupable se situe dans notre boîte crânienne, puisque c’est évidemment notre cerveau qui est aux manettes. Attention néanmoins, il serait réducteur de penser qu’il existe un conflit entre notre vrai moi émotionnel et notre faux moi social : une croyance que la neuroanatomie et les neurosciences ont remis en question au tournant des années 1990 et 2000. Notre organe cérébral ne choisit jamais entre les afférences cognitives et affectives, mais construit, sans que nous ayons notre mot à dire, une passerelle entre les deux.

Des chercheurs de l’Université Rockefeller (New York), dans cette étude parue le 8 janvier dans la revue Science, viennent de démontrer que notre visage, et par conséquent nos émotions, sont la partie visible de cette passerelle. Un gigantesque réseau cérébral d’une extrême complexité qui explique, en grande partie, pourquoi il est très difficile de simuler parfaitement une émotion.

Anatomie d’un message nerveux

C’est une équipe du Laboratory of Neural Systems, dirigée par Winrich Freiwald, neuroscientifique de renommée mondiale, qui a travaillé sur cette problématique en étudiant des macaques. Plus précisément, les chercheurs ont analysé la dynamique électrique de leur cortex moteur pendant que les singes interagissaient entre eux.

Quelle que soit l’émotion que les animaux souhaitaient transmettre (rictus de menace, de soumission ou mastication, par exemple), toutes les zones de leur cortex moteur s’activaient. Cela signifie donc qu’il n’existe pas de corrélation entre la nature du mouvement facial (voulu ou subi) et une zone x ou y du cerveau qui en serait responsable. Leur cerveau n’est pas compartimenté et tout le réseau moteur facial est sollicité, peu importe leurs intentions.

Comme le cerveau des singes (ou de n’importe quel mammifère, nous compris) commande leurs muscles par des impulsions électriques, leurs expressions sont le résultat d’un message nerveux envoyé depuis le cortex moteur jusqu’aux muscles faciaux. Les chercheurs ont découvert que celui-ci réagissait selon deux types d’impulsions électriques superposées, avec lesquelles il jongle en permanence.

Les plus brèves sont émises par les zones latérales du cortex, et servent principalement à simuler des expressions sur commande, de façon consciente. Elles s’éteignent en revanche aussi vite qu’elles sont apparues, car le cerveau ne peut maintenir cet effort que quelques instants.

A contrario, les impulsions électriques les plus persistantes émergent des zones médiales du cortex ; ce sont elles qui assurent une décharge continue, imprégnant plus longuement les muscles faciaux. Comme le signal électrique reçu par ces derniers est plus long, le visage reste « habité » par l’émotion bien après que le stimulus a disparu.

Notre visage : un miroir sans filtre

Comme les macaques sont de très proches cousins sur le plan de l’organisation sociale et cérébrale, le même phénomène se produit également chez nous. C’est pourquoi nous pouvons tout à fait nous forcer à sourire devant un interlocuteur pour mimer la joie ou la bonne humeur, mais le signal envoyé à nos muscles reste incomplet.

Comme notre volonté ne contrôle que les impulsions brèves (zones latérales du cortex), elle peut donner l’ordre à nos zygomatiques de se contracter, formant ainsi un sourire. En revanche, comme elle ne peut commander la décharge électrique continue (zones médiales), le sourire ne sera pas le reflet d’une émotion sincère et apparaîtra comme plus artificiel.

Là est la différence entre le « vrai » sourire, appelé également « sourire de Duchenne » et le sourire social, parfois baptisé « non Duchénnien ». Un surnom donné d’après les travaux du neurologue français Guillaume-Benjamin Duchenne de Boulogne, qui l’a décrit au XIXe siècle en utilisant l’électrostimulation pour cartographier les muscles du visage.

Duchenne avait remarqué qu’un sourire authentique provoquait également un plissement des yeux par le muscle orbiculaire de l’œil (Orbicularis oculi), un mouvement impossible à simuler. Preuve qu’il ne s’était pas trompé grâce à l’apport de ces nouveaux travaux de Freiwald, qui confirment l’existence de cette barrière interne physiologique (et électrique !) que nous ne pouvons pas franchir. Nous sommes biologiquement programmés à être sincères, sauf à passer notre vie à nous murer dans une rigidité de statue. Acteurs, menteurs chroniques ou joueurs de poker peuvent un peu tricher, certes, mais c’est un jeu de dupes épuisant d’un point de vue cognitif ; on ne gagne jamais contre son propre système limbique.

  • Notre cerveau contrôle involontairement nos expressions faciales, agissant comme un lien entre émotions et interactions sociales.
  • Des études montrent que les impulsions nerveuses dans le cortex moteur commandent les mouvements faciaux, sans distinction entre intention et réaction.
  • La différence entre un sourire sincère et un sourire social réside dans l’activation des muscles faciaux, mettant en lumière notre incapacité à simuler parfaitement nos émotions.

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