Ce que fut la campagne présidentielle sur le web

Notre nouveau président fraîchement élu au terme d’une longue campagne, passons en revue ce qui a façonné cette dernière, à travers le comportement des politiques sur les réseaux sociaux, les tweets et l’audience de ce média à part entière qu’est le web.

Aujourd’hui, Internet est indéniablement au centre de nos vies, les réseaux sociaux aussi. Les politiques l’ont compris, et, pour cette campagne, se sont épuisés à dompter la toile, à en tirer profit, et à l’utiliser pour rassembler une troupe de e-partisans.

François Hollande et Nicolas Sarkozy affichaient tous deux sur leurs sites des comptes aux différents services qui font le web d’aujourd’hui. Ainsi, quand le premier proposait aux internautes de regarder ses dernières vidéos sur Dailymotion, de le suivre sur Instagram ou de jeter un œil aux coulisses de sa campagne sur Tumblr, le second, lui, jouait bien le jeu de la Timeline Facebook et invitait ses abonnés à suivre tous ses déplacements sur Foursquare. Une approche très social-friendly à première vue, le seul service manquant aux tableaux de chasse des deux candidats étant le jeune Pinterest (Barack Obama, sur ce point,  garde une longueur d’avance, l’ayant adopté pour sa propre campagne.)

Pour autant, la campagne électorale française « ne [s’est] pas [jouée] sur le web ». Réciproquement, les nouvelles technologies et le numérique n’ont pas eu réellement leur place dans le débat. Quel rôle, donc, a occupé Internet dans la présidentielle, et quelles utilisations en ont fait les politiques et les électeurs ?

Média complémentaire

En cette 9ème campagne présidentielle, la télévision est restée le média roi. Débats, plateaux de télé, meetings : l’accès facile aux images de nos politiques et leurs messages concis retransmis par le petit écran ont attiré du monde. Mais le web a apporté à la campagne des éléments différents. Il l’a également observé d’un oeil différent. Certaines chaînes de télé l’ont bien compris, à l’image de Canal+ et son émission Le Grand Journal, qui a accueilli dans ses rangs à la rentrée un chroniqueur web, Vincent Glad.

Et pour cause : si les audiences télé et même radio écrasent la Toile, cette dernière rassemble également son public. En effet, on a retrouvé systématiquement, à chaque évènement politique, les fameux TT (Trending Topics) français correspondants : #DPDA, #voteHollande, #avecSarkozy, #PlaceAuPeuple, etc. 500.000 tweets ont été échangés au cours de l’affrontement entre MM. Hollande et Sarkozy, soit 1.500 à la minute, preuve que la pratique du live-tweeting (LT) est particulièrement appréciée, aussi bien devant Top Chef que devant une émission de David Pujadas. Le live-tweet est désormais une habitude, les internautes apparemment passionnés par le sujet qu’ils commentent font du web un lieu regorgeant d’avis et de tendances observables par les spécialistes.

Autre petit « plus » qu’a la Toile : le fact-checking. Le combo télé-internet permet de s’informer, de suivre les grands rendez-vous politiques télévisuels et de les commenter dans le même temps sur les réseaux sociaux ; le fact-checking (« vérification des faits ») intervient, en temps réel, pour vérifier les dires des hommes politiques, en décelant leurs contradictions ou en confirmant les chiffres des uns et des autres. Les sites d’informations – Le Monde, Francetv info, Huffington Post, pour ne citer qu’eux – ont travaillé dur au cours des soirées politiques pour tenir les internautes au courant de ce qu’il se disait sur les plateaux télé, d’une part, et pour les abreuver d’éclaircissements objectifs sur les points sombrement évoqués par chacun des candidats, d’autre part. Tout cela se passant, bien sûr, dans le feu de l’action et en « live », le temps réel et la rapidité étant la marque de fabrique du web. Préparé avec recul, le Désintox de Libération ou le véritomètre OWNI et i>TELE ont également bien rempli leur rôle de diseurs de vérité.

Outre cette relation de complémentarité entre ces 2 médias que sont la télé et l’outil Internet, ce dernier est, malgré tout, parvenu à se démarquer légèrement des autres sur certains points en proposant aux internautes du contenu et des informations clés et inédites, le meilleur exemple étant sans doute les révélations du pure-player Mediapart sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, tombé entre les deux tours, et très vite repris par l’audiovisuel et la presse écrite.

Générateur de LOL

Le web, donc, c’est un oeil différent sur l’actualité. Seulement cet oeil, s’il peut être enrichissant et sérieux, peut également très vite offrir une vision décalée de l’actualité, les internautes ayant une imagination débordante. Cette campagne présidentielle de 2012 n’a pas dérogé à la règle, et bon nombre d’acteurs ont opéré – sciemment ou pas – à démentir l’opinion publique disant que la campagne était barbante.

À commencer par les politiques eux-mêmes, qui, l’essor de Twitter et l’enjeu politique aidant, se sont vu pousser des ailes sur le célèbre site de micro-blogging, à leurs risques et périls. L’un des plus mémorables étant sans aucun doute celui du Ministre de l’Industrie de l’époque, Eric Besson, qui, cet automne, a partagé avec tous ses followers ce DM Fail de qualité : « Quand je rentre je me couche. Trop épuisé. Avec toi ? ». Pour rappel, un DM Fail est un message prévu pour être envoyé en privé à quelqu’un et qui se retrouve malencontreusement visible de tous. Cette fâcheuse pratique, Nadine Morano (qu’on ne présente plus tant la twittesque renommée est avérée) la connaît aussi, avec ce tweet destiné à Eric Besson (encore lui !) :

Twitter permet aux personnages politiques d’être en contact direct avec leurs « fans », et ceux-ci utilisent le site de micro-blogging pour relayer et glorifier leur candidat, mais aussi pour se lâcher  ce qui donne une sorte de coulisse de la vie politique, comme Ségolène Royal et Nathalie Kosciusko-Morizet qui se crêpent le chignon en ligne, à la vue de tous (« Quand je lis vos tweets, je les trouve tellement outranciers que j’en arrive à me demander si votre compte n’est pas piraté »). Les comptes officiels des prétendants à la présidence furent moins intéressants comiquement parlant, leurs équipes de campagnes se contentant de noyer la timeline de leurs abonnés sous un flux indigeste de liens et de phrases clés prononcées lors des meetings.

Côté internautes, on ne manque pas d’idées pour pimenter la campagne. En effet, en tapant «FH2012» dans Google (soit le hashtag de campagne de François Hollande), apparaît en haut des résultats de recherche un jeu pour le moins farineux. Nicolas Sarkozy, lui, a droit à une parodie biographique de sa page Facebook, à travers laquelle il n’est pas réellement montré à son avantage. Nous vous épargnons les moult reprises de son affiche de campagne « La France Forte », les internautes ayant, sur ce coup-là, démontré l’envergure de leur talent en termes de jeux de mots. Tous les candidats sont passés à la moulinette de la parodie, à l’image de Marine Le Pen, qui voit son sourire affubler le visage de nombreuses stars sur le tumblr « People With Marine Le Pen’s Smile », voire de l’équipe web de François Bayrou qui, sur son propre site bayrou.fr, a caché un Konami Code (Haut Haut Bas Bas Gauche Droite Gauche Droite B A).

Et comment, pour évoquer la dérision et l’humour que permet Internet, ne pas évoquer le hashtag #radioLondres intervenu aux deux moments cruciaux de la campagne pour permettre aux twittos de révéler les estimations sans risquer l’amende ? Petit best-of :

 

………………..

La campagne présidentielle de 2007, à l’ère du blog et du forum, fut un essai sur le web. Malheureusement, l’édition 2012 ne se sera pas pleinement inscrite sur le Net, et fut un avancement plus qu’autre chose: une tentative d’apprivoisement de la part des politiques, un véritable outil d’observation et de communication pour les journalistes, un moyen d’expression et de partage réel pour les électeurs, sur les réseaux sociaux. Les paris pour les prochaines élections sont ouverts : quel nouvel acteur pour remplacer/suppléer Facebook et Twitter ? Vote par Internet ? Débats organisés en ligne ? Révisions des règles concernant les divulgations d’estimations avant 20h et les temps de paroles, face à un web se voulant libre et rebelle ? Rendez-vous dans 5 ans.


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12 commentaires

  1. L’unique chose important à mon avis de la campagne vu du net est que maintenant tout le monde est au courant des résultats vers les 18 heures. Je n’ai pu m’empêcher d’aller voir les infos du coté des pays frontalier, mais je dois avouer que cela « casse » un peu le suspense du résultat, et le sentiment qu’il se passe quelque chose d’unique (enfin tous les 5 ans) à 20 heures…

  2. C’est clair que cette campagne présidentielle, c’est aussi joué sur les réseaux sociaux. Marrant de voir, les médias belges et les réseaux sociaux via #radiolondres ou autres, parlaient des résultats avant tous le monde en messages codés …

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  4. « Notre nouveau président fraîchement élu »

    A l’heure actuelle, le président est encore Nicolas Sarkozy pour être exact.

    La passation de pouvoir n’est pas encore faite.

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  7. @idm moi aussi j’ai suivi l’actu sur les sites suisse et belges du coup à 18h les résultats était déjà donné, mais c’est clair que ca ma gaché le suspens avec les amis lol

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