L’intelligence artificielle est en train de devenir un nouvel enjeu géopolitique. Samedi 13 juin, le gouvernement américain a demandé à Anthropic de désactiver son nouveau modèle d’IA, Claude Fable 5, pour tous les non-Américains, y compris ceux résidant aux États-Unis. Cela concerne même certains employés d’Anthropic, qui se sont vus privés de leur création. En réponse, la firme a purement et simplement coupé l’accès à Fable 5 et à Mythos 5 à tous ses clients, américains ou non. Il est en effet impossible de trier les usagers selon leur nationalité sans passer par un contrôle d’identité. De plus, Anthropic s’est élevée contre la décision de l’administration.
Fable 5 est la déclinaison grand public de Mythos. Intégré directement au chatbot depuis le 9 juin, ce modèle est le plus performant du monde, capable de prouesses en matière de réflexion, de recherche scientifique ou encore de programmation. C’est ce point qui inquiète le gouvernement Trump, qui voit en Fable 5 une arme potentiellement destructrice en matière de cyberattaques. L’administration a donc jugé que le modèle s’avérait beaucoup trop puissant pour être mis entre les mains de non-Américains, comme l’explique Anthropic :
« Le gouvernement pense avoir découvert une méthode permettant de contourner, ou de “débrider”, Fable 5. »
Une crainte justifiée ? Pas selon l’entreprise :
« Nous avons examiné une démonstration de cette technique spécifique utilisée pour identifier un petit nombre de vulnérabilités mineures déjà connues. »
Malgré les explications d’Anthropic, la Maison Blanche n’a pas changé son fusil d’épaule : Fable 5 est beaucoup trop puissant et doit être réservé aux Américains, et aux Américains seulement, qui, c’est bien connu, sont des gens raisonnables. Refusant ce tri, Anthropic a mis Fable 5 hors ligne. Les utilisateurs du monde entier ont donc brutalement été privés de ce nouveau modèle et les sessions ont été désactivées. Un pas en arrière qui a ramené Claude au modèle Opus 4.8.
L’IA, un nouvel enjeu géopolitique
Cette suspension met en lumière une évidence : l’IA est devenue un enjeu géopolitique majeur. Une technologie nationale que les États-Unis sont de moins en moins enclins à partager, même si elle provient du secteur privé. Avec une Amérique de plus en plus protectionniste, une Chine qui cherche à s’émanciper et un contexte mondial tendu, l’Europe semble complètement dépassée. Ce retrait de Fable 5 a fait comprendre aux habitants du Vieux Continent que les États-Unis ne comptaient pas partager leurs avancées dans cette nouvelle guerre de l’IA et que, par conséquent, ils étaient seuls. Un mal pour un bien ?
Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre en Europe, et plus particulièrement en France. Les candidats à l’élection présidentielle de 2027 ont pris le sujet à bras-le-corps, comme Gabriel Attal, Jordan Bardella, Bruno Retailleau ou encore Jean-Luc Mélenchon.
La guerre de l’IA a déjà commencé.
Et il n’y aura que deux camps : les gagnants et les perdants.
La prochaine élection présidentielle ne pourra pas faire l’impasse sur ce sujet, au risque de la vassalisation totale de la France.
Nous avons des atouts : une impulsion politique…
— Gabriel Attal (@GabrielAttal) June 13, 2026
La décision de Washington de couper l’accès aux modèles les plus puissants d’Anthropic doit nous réveiller. Dans la course à l’intelligence artificielle, une nation qui dépend des autres pour sa technologie est une nation qu’on peut débrancher du jour au lendemain.
Il faut faire…
— Bruno Retailleau (@BrunoRetailleau) June 13, 2026
Le gouvernement Trump suspend l’accès aux derniers modèles IA d’Anthropic à tout ressortissant non-américain : cette décision soudaine vient nous rappeler que l’intelligence artificielle est déjà un sujet de souveraineté nationale majeur.
Les Nations qui ne développent pas… https://t.co/qTiC86wfdH
— Jordan Bardella (@J_Bardella) June 13, 2026
IA : depuis 2016, LFI classe le numérique comme nouvelle frontière de l'humanité et refuse que la France soit une colonie numérique des USA. La décision de Trump concernant Anthropic prouve l'urgence du sujet. Elle est certes aussi un règlement de comptes politique avec son…
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) June 13, 2026
Tous adoptent la même ligne, quelle que soit leur appartenance politique : il faut que l’Europe cesse de dépendre des États-Unis dans ce domaine et développe son propre modèle ainsi que ses infrastructures. Une prise de conscience qui pourrait avantager l’acteur français du secteur : Mistral AI.
Pour le moment, il est difficile, pour les particuliers ayant leurs habitudes sur Claude, Gemini ou ChatGPT, de basculer vers Mistral. Toutefois, les investissements pourraient en faire un concurrent sérieux dans les prochaines années, à condition, bien entendu, que ces indignations politiques ne soient pas qu’une façade et débouchent réellement sur un changement profond.
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