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Anthropic rattrapée par la loi : l’entreprise devra payer 1,5 milliard de dollars à des milliers d’auteurs après avoir utilisé des livres piratés pour entraîner Claude

Pour une entreprise qui voulait concevoir un chatbot éthique et bénéfique pour l’humanité, c’est une claque dans la nuque bien méritée. Un tribunal fédéral vient de lui infliger la plus grosse amende pour violation de droits d’auteur de l’histoire des États-Unis. Claude, biberonné à la littérature piratée, n’existerait certainement pas sous sa forme actuelle si Anthropic avait respecté la loi.

Les dirigeants d’Anthropic viennent de faire un petit tour de montagnes russes émotionnelles : le mercredi 22 juillet, AMD a annoncé qu’elle allait injecter 5 milliards de dollars dans l’entreprise, un investissement accompagné du déploiement de 2 gigawatts de puces destinées à l’entraînement de ses modèles. Une bonne nouvelle gâchée par la décision d’une juge fédérale de San Francisco rendue deux jours plus tôt : afin d’entraîner son chatbot phare, Claude (dont les versions Opus 4.7 et la surpuissante Mythos viennent de sortir), elle a allègrement pillé le travail de milliers d’auteurs, qui ont vu leurs livres être piratés. La firme devra ainsi leur verser 1,5 milliard de dollars pour compensation : en moins de 24 h, Anthropic est passée du tapis rouge au banc des accusés.

La sanction était attendue ; Anthropic devait certainement se douter que l’épée de Damoclès qui la menaçait depuis 2024 allait finir par retomber. Cette année-là, la romancière Andrea Bartz, accompagnée de deux autres auteurs, avait attaqué l’entreprise de Dario Amodei en justice. Leur grief : elle avait téléchargé plus de sept millions de livres depuis Library Genesis et Pirate Library Mirror, deux bibliothèques numériques clandestines, pour constituer une base d’entraînement colossale sans jamais verser un centime à ceux qui les avaient écrits. Une pratique qui aurait pu lui coûter des centaines de milliards de dollars si l’affaire était allée jusqu’au procès : elle s’en tire franchement bien.

La bibliothèque noire de Claude

L’épine dorsale de cette affaire juridique, c’est la notion de « fair use », propre au droit américain et sans équivalent en France. Ce principe juridique autorise, sous certaines conditions, l’utilisation d’œuvres protégées sans l’accord de leurs auteurs, à condition que celles-ci soient suffisamment éloignées du matériau d’origine pour ne pas lui faire concurrence. En juin 2025, le juge William Alsup, aujourd’hui à la retraite, avait estimé que l’entraînement de Claude sur des livres protégés respectait ce cadre : le modèle ne reproduit pas stricto sensu les livres, mais en extrait des structures linguistiques pour apprendre à générer du texte.

En revanche, il avait estimé que le téléchargement de sept millions de ces livres depuis des plateformes pirates et leur stockage dans une base permanente qu’Anthropic appelait sa « bibliothèque centrale » ne pouvait être blanchi. En l’occurrence, il s’agit, aux yeux de la loi américaine, d’un piratage caractérisé, et, dans ce cas, la sanction peut être sévère : jusqu’à 150 000 dollars de dommages par ouvrage contrefait de manière délibérée, soit des centaines de milliards au total.

Anthropic a donc préféré signer un accord à l’amiable plutôt que d’affronter un jury lors du procès, qui était prévu en décembre 2025 : 1,5 milliard de dollars, ça fait chauffer le portefeuille, mais c’est infiniment moins douloureux que ce qu’un tribunal aurait pu lui infliger si l’affaire était allée à son terme.

La juge Araceli Martínez-Olguín a validé lundi cet accord en écartant les objections d’auteurs qui estimaient la compensation insuffisante. Les modalités d’indemnisation sont les suivantes : les 1,5 milliard de dollars constitueront un fonds commun, réparti entre les ayants droit des plus de 482 000 ouvrages reconnus comme piratés.

Chaque titre donne droit à une part égale du fonds, soit environ 3 000 dollars une fois les frais de justice et les honoraires d’avocats déduits. Par livre, le montant peut sembler maigre, mais 91 % des ayants droit se sont malgré tout manifestés pour récupérer ce qui leur revient. L’avocat des plaignants, Justin Nelson, a qualifié cet accord de « plus grosse indemnisation pour violation de droits d’auteur de l’histoire ».

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Le crime paye, et il paye même très bien : pour seulement 1,5 milliard de dollars, Anthropic laisse ses casseroles derrière elle et conserve Claude tel quel. © Blossom Stock Studio / Shutterstock.com

L’illusion de la punition

Aparna Sridhar directrice juridique adjointe d’Anthropic, se félicite du dénouement de l’affaire et du fait que le principe du fair use ait joué en sa faveur. Elle va même jusqu’à affirmer : « Nous sommes ravis que [la majorité] des auteurs et éditeurs concernés par l’accord aient réclamé leur part du paiement, et nous avons hâte de clore définitivement cette affaire. »

Un sourire de façade (et franchement hypocrite, n’ayons pas peur des mots), parce que finalement, Anthropic ne sera que très peu égratinée par ce litige. Certes, elle devra mettre un peu la main au portefeuille, mais n’aura pas à vider entièrement ses caisses. Les fichiers piratés devront être détruits, mais Claude ayant déjà été entraîné avec, Anthropic conservera tous ses modèles intacts et pourra continuer de les commercialiser.

Elle est belle, la firme qui se présentait comme le « chevalier blanc de l’IA éthique », au moment de sa création en 2021. Cerise sur le gâteau : cette décision ne fera même pas jurisprudence. Anthropic ayant choisi de négocier au lieu de laisser l’affaire remonter en appel, le fair use n’a été retenu que par un seul juge de district, une décision qui n’oblige aucun autre tribunal à la suivre. OpenAI, Google et Meta, poursuivis dans des dizaines d’affaires similaires, devront plaider leur propre cause devant des juges qui pourront parfaitement arriver à des conclusions diamétralement opposées. L’industrie de l’IA vient d’esquiver sa première grosse bastos, mais ce sont ses concurrents qui se refileront la patate chaude.

  • Anthropic a été condamnée à verser 1,5 milliard de dollars pour avoir utilisé des livres piratés pour entraîner son chatbot Claude.
  • La firme a préféré un règlement à l’amiable plutôt que d’affronter un procès qui aurait pu lui coûter des sommes bien plus élevées.
  • Cette décision ne constitue pas une jurisprudence, laissant d’autres entreprises de l’IA à gérer leurs propres litiges sur des bases juridiques potentiellement différentes.

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