Chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, des fragments de protéines, appelés bêta-amyloïdes, s’accumulent progressivement dans le cerveau. En s’agglutinant, ils forment des plaques toxiques qui asphyxient les neurones et détruisent la mémoire. Si ce mécanisme était bien identifié, une question demeurait sans réponse : qu’est-ce qui amène ces protéines à se regrouper au tout début ?
Des chercheurs du Centre national de neurologie et de psychiatrie de Tokyo ont identifié ce facteur déclencheur. Leurs travaux, publiés dans la revue Brain Communications, mettent en lumière le rôle d’une molécule précise jusqu’ici méconnue. Il s’agit d’un assemblage très spécifique de protéines solubles de grande taille, qu’ils ont baptisé Peak 1. Dans le cerveau, il opère comme une véritable « graine » ou une étincelle : sa seule présence suffit à lancer la réaction en chaîne qui produit les plaques destructrices.

Toutes les expériences ont mené vers ce résultat
Pour parvenir à ces résultats prometteurs, l’équipe de chercheurs a trié les protéines bêta-amyloïdes contenues dans le cerveau selon leur taille. Ils ont ainsi obtenu trois groupes distincts. Lors des tests, seule la fraction contenant les plus gros assemblages, le Peak 1, a provoqué la formation de nouvelles plaques quatre mois après son injection dans le cerveau de jeunes souris. Les deux autres catégories, plus petites, n’ont eu aucun effet.
Les scientifiques ont également retrouvé ces mêmes molécules Peak 1 dans des échantillons de cerveaux humains de patients décédés de la maladie d’Alzheimer. Injectées à nouveau chez des rongeurs, elles ont déclenché le même phénomène d’accumulation. Enfin, pour confirmer leur hypothèse, les chercheurs ont désactivé le Peak 1 : sans cette molécule, le processus de formation des plaques s’est instantanément interrompu. Et cela change radicalement la donne pour le traitement de la maladie.
La maladie d’Alzheimer en chiffres
Principale cause de démence chez les personnes âgées, la maladie d’Alzheimer est une affection neurodégénérative qui entraîne une dégradation progressive de la mémoire et des fonctions cognitives. En France, on estime que près d’1,4 million de personnes en sont atteintes, avec près de 225 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année.
Un traitement qui cible spécifiquement cette « graine »
Actuellement, les médicaments de dernière génération éliminent les plaques une fois qu’elles sont déjà installées dans le cerveau. Mais cibler directement le Peak 1 permettrait au contraire de bloquer le problème à la source, car Alzheimer est une maladie qui se développe lentement.
« Comme notre étude suggère que le Peak 1 identifié peut fonctionner comme une “graine” qui initie la formation de plaques, il devrait devenir une cible prometteuse pour de nouveaux traitements visant à supprimer la formation des plaques elle-même », expliquent les chercheurs. En parallèle, ils travaillent sur des technologies qui permettraient de détecter la présence de cette protéine de manière anticipée, par une simple prise de sang ou des examens d’imagerie.
Mieux encore, l’équipe a déjà commencé à développer une molécule capable de neutraliser le Peak 1. Il faudra néanmoins faire preuve de patience : entre la sélection des composés, les tests d’efficacité et les essais cliniques, les scientifiques anticipent un délai d’une dizaine d’années avant de voir émerger un médicament.
- Des chercheurs ont identifié Peak 1, une molécule qui agit comme la « graine » déclenchant l’accumulation de plaques toxiques dans le cerveau, responsables de la maladie d’Alzheimer.
- Alors que les traitements actuels nettoient les plaques déjà formées, cibler cette molécule permettra de bloquer le processus à la source.
- Des travaux sont en cours pour détecter cette graine par prise de sang et concevoir un médicament.
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