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Cette créature mystérieuse découverte au large de l’Angleterre laisse ces chercheurs sans voix

Un squelette presque parfait d’une nouvelle espèce de prédateur ? Un trésor pour ces paléontologues, qui n’oublieront pas ce « dragon des mers » de sitôt.

Au large des falaises dorées du Dorset, au sud de l’Angleterre, des roches vieilles de près de 190 millions d’années viennent de livrer à ces chercheurs une merveille de la nature. Dans cette zone géographique, surnommée Jurassic Coast en raison de la profusion de fossiles qui affleurent encore à sa surface, dormait un squelette d’ichthyosaure quasiment complet.

Ces reptiles marins, contemporains des dinosaures, étaient taillés pour la chasse et dominaient les mers du Jurassique grâce à leurs aptitudes et leur morphologie hydrodynamique qui ne laissaient aucune chance à leurs proies. Plus de 90 espèces ont été décrites à ce jour, dont une (Shastasaurus sikanniensis), qui mesurait 21 mètres de long. Le spécimen dont il est question ici a nécessité huit ans d’analyses pour qu’on découvre sa véritable identité : Xiphodracon goldencapensis, une espèce d’ichthyosaure complètement inconnue. Traduit littéralement, son nom signifie « dragon épéiste du Cap d’Or » ; il a fait l’objet d’une étude le décrivant entièrement, publiée le 9 octobre dans la revue Papers in Palaeontology.

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Un tel état de conservation est extrêmement rare pour des créatures si anciennes. © Courtesy of Dr. Dean Lomax

Xiphodracon goldencapensis : un chaînon manquant dans l’évolution des dragons des mers

L’animal a été découvert entre Lyme Regis et Swanage, une bande côtière de 150 km inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. En paléontologie, cet endroit est symboliquement très chargé, puisque c’est ici que Mary Anning, pionnière de la discipline, mit au jour les premiers fossiles d’ichthyosaures au XIXᵉ siècle.

« L’histoire se répète », pourrait-on se dire, car le dragon épéiste du Cap d’Or a refait surface dans la même zone que ses ancêtres. Découvert en 2016 par un collectionneur anglais, Chris Moore, son squelette est resté (comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus) exceptionnellement bien conservé. Par miracle, il était presque intact, comme figé dans la pierre, en volume ; un fait rarissime pour ce type de fossile.

En effet, comme les restes de ces animaux sont piégés dans les sédiments des falaises, la grande majorité d’entre eux subissent des milliers de tonnes de pression, si bien que trouver un squelette conservé en 3D relève quasiment du miracle.

Le reptile, long d’environ trois mètres, possédait une tête effilée terminée par un museau en forme d’épée et de gigantesques orbites oculaires. Sa vision, certainement excellente compte tenu de la taille de ses yeux, lui permettait de distinguer ses proies dans la faible luminosité des eaux profondes ; un avantage crucial pour chasser les calamars et les petits poissons qui composaient son régime alimentaire. Cette découverte est d’autant plus exceptionnelle que, outre l’incroyable état de conservation du squelette, des traces fossilisées de son dernier repas ont été retrouvées dans son abdomen ; là encore, c’est extrêmement rare pour un ichthyosaure.

Si ce spécimen est très beau (au sens paléontologique du terme), il a vécu à une époque charnière, le Pliensbachien (il y a 193 et 184 millions d’années), considérée comme une « zone d’ombre » du Jurassique inférieur. De nombreuses familles d’ichtyosaures primitives ont disparu pour laisser place à des lignées plus agiles, et plus adaptées à leur milieu. Toutes les mers du globe ont été marquées par un renouvellement écologique de milliers d’espèces : extinctions, apparitions de nouveaux prédateurs, recomposition complète des écosystèmes marins, etc.

Ce qui rend Xiphodracon goldencapensis encore plus unique est le fait que très peu de fossiles de cette période nous sont parvenus. Les sédiments datant du Pliensbachien sont, premièrement, assez rares et, lorsque l’on en trouve, ils sont très souvent pauvres en restes exploitables.

En comblant ce vide, ce dragon des mers est ce que l’on appelle un chaînon manquant, à l’image de Skiphosoura bavarica pour les dinosaures aviens. Dans l’histoire des ichtyosaures, il y eut un moment où ces reptiles marins sont passés du statut de nageurs côtiers à celui de prédateurs.

Leurs ancêtres étaient lourds, patauds et étaient dotés de membres encore très proches de pattes ; ils étaient capables de se mouvoir dans l’eau mais n’y étaient pas totalement à l’aise. Leur squelette rigide et leur silhouette trapue rappelaient davantage des reptiles amphibies que les chasseurs à la silhouette fuselée qu’ils allaient devenir.

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Détail du museau « en lame de sabre » du Xiphodracon, qui a inspiré le nom scientifique de l’espèce (Xipho = épée, dracon = dragon). © Courtesy of Dr Dean Lomax

Xiphodracon goldencapensis se situe donc à la lisière entre ces deux ères évolutives : celle d’espèces d’ichtyosaures à la mobilité assez réduite, à la morphologie adaptée aux zones peu profondes et celle qui a commencé à régner sur les mers du Jurassique.

« À l’époque, je savais qu’il était inhabituel, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il joue un rôle aussi déterminant pour combler une lacune dans notre compréhension du renouvellement faunique complexe du Pliensbachien […] Xiphodracon représente en quelque sorte la “pièce manquante” du puzzle évolutif des ichtyosaures », explique Dean R. Lomax, co-auteur de l’étude.

Ce spécimen de Xiphodracon goldencapensis a été envoyé au Royal Ontario Museum (Toronto, Canada), l’un des musées d’histoire naturelle les plus importants au monde, qui prévoit bientôt de l’exposer au public. Il rejoindra les 13 millions de pièces (fossiles, minéraux, œuvres d’art) qu’il abrite déjà et sera étudié sous toutes ses coutures et conservé dans des conditions optimales. Les analyses morphologiques qui ont déjà été pratiquées seront certainement complétées par d’autres (comme la microtomographie ou la modélisation 3D par CT-scan, par exemple), qui permettront de le situer encore plus précisément dans l’arbre évolutif des ichtyosaures.

  • Un fossile presque intact d’un nouvel ichthyosaure, Xiphodracon goldencapensis, a été découvert sur la Jurassic Coast en Angleterre.
  • Il date d’une période très mal documentée du Jurassique inférieur et comble un vide dans l’évolution des reptiles marins.
  • Son étude approfondie au Royal Ontario Museum devrait éclairer la transition entre les formes primitives et les grands prédateurs océaniques du Jurassique.

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