Passer au contenu

Cette découverte remet en cause tout ce qu’on croyait sur l’évolution humaine

Longtemps classée sans certitude, une mâchoire humaine repêchée au large de Taïwan oblige les chercheurs à revoir la carte de notre évolution.

En quelques mois, l’archéologie a vécu une faste période : entre la remise en question de l’histoire de l’alphabet, et plus récemment de celle de la Méditerranée et des États-Unis, les découvertes pleuvent. Aujourd’hui, c’est l’Université de Copenhague, dans un communiqué, qui vient de nous apprendre qu’une équipe internationale de chercheurs vient de percer le mystère du fossile Penghu-1.

Pendant près de dix ans, Penghu-1 était un objet en suspens. Retrouvé dans le canal de Penghu, entre Taïwan et la Chine, ce fragment de machoire présentait des traits archaïques, robustes, mais trop isolés pour être formellement rattachés à une lignée précise. Les tentatives d’extraction d’ADN ayant échoué, le fossile restait non identifié. Il y a quelques jours, le 10 avril, l’équipe a publié les résultats de ses travaux dans la revue Science : cette mâchoire appartenait en réalité à un Dénisovien, une population humaine disparue il y a quelques dizaines de milliers d’années.

L’empreinte dénisovienne s’étend

C’est l’analyse de ses protéines, récemment rendue possible par des techniques de paléoprotéomique (étude des protéines anciennes), qui a permis de trancher. En examinant plus de 4 200 résidus d’acides aminés, les chercheurs ont identifié des séquences propres aux Dénisoviens, une espèce éteinte du genre Homo, jusque-là documentée uniquement en Sibérie et au Tibet. La présence d’une variante de l’amélogénine codée sur le chromosome Y a par ailleurs confirmé qu’il s’agissait d’un individu masculin.

Enrico Cappellini, professeur au Globe Institute de l’Université de Copenhague explique : « Grâce à une quantité étonnamment élevée de protéines récupérées, nous avons pu identifier avec certitude le spécimen comme appartenant à un mâle en moins de 24 heures après son arrivée au laboratoire. Des résultats comme ça, on n’en voit pas tous les jours ! ». Penghu-1 a été daté entre 130 000 et 190 000 ans, pendant le Pléistocène supérieur, une période qui englobe une partie de la dernière période glaciaire.

Mâchoire Dénisovien
La mâchoire, vue de profil. © Chun-Hsiang Chang

Une nouvelle réalité pour l’évolution humaine en Asie

Jusqu’à présent, les Dénisoviens étaient considérés comme une population limitée à des environnements froids et situés en haute altitude. Le fait d’avoir retrouvé Penghu-1 dans une zone qui connaît un climat subtropical à tropical humide démontre qu’ils occupaient aussi d’autres écosystèmes, et qu’ils s’y étaient sûrement adaptés. Une présence bien plus vaste, plus mobile, et plus complexe que ce que laissait supposer le peu de fossiles disponibles.

Non seulement cette extension remet en cause la géographie de leur dispersion, mais elle oblige également à reconsidérer leur contribution aux populations humaines modernes d’Asie. Elle conforte aussi les déductions issues des études génétiques sur les populations humaines actuelles, qui laissaient déjà penser que les Dénisoviens avaient été largement présents en Asie de l’Est. La découverte de Penghu 1 apporte une preuve fossile directe de cette présence, qui jusqu’ici n’était appuyée que par des indices génomiques, sans restes matériels pour les confirmer.

Penghu 1 renforce par la même occasion ce postulat, déjà émis depuis 2010 : les Dénisoviens formaient une branche humaine à part entière, avec des traits physiques distincts – notamment une mandibule massive et des dents larges – qui ne se confondent ni avec les Néandertaliens, ni avec Homo sapiens. Une confirmation précieuse, qui nous permet de passer d’une compréhension principalement génétique à une image plus complète, intégrant à la fois l’ADN et la morphologie. Un double ancrage qui leur donne corps, au sens propre, dans un environnement nouveau.

  • Une mandibule retrouvée au large de Taïwan a été identifiée comme dénisovienne grâce à l’analyse de protéines.
  • Cela confirme que les Dénisoviens vivaient aussi en Asie du Sud-Est, et pas seulement en Sibérie ou au Tibet.
  • Le fossile apporte une preuve directe de leur présence dans des zones tropicales, appuyant des hypothèses génétiques déjà formulées par le passé.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech