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Une découverte gigantesque : l’histoire de l’alphabet remise en cause après une nouvelle fouille archéologique

Une découverte provenant de fouilles en Syrie bousculent radicalement notre compréhension de la naissance de l’écriture alphabétique.

Dans les terres arides de l’est d’Alep, le site archéologique de Tell Umm-el Marra vient de livrer un secret extraordinaire. Les fouilles menées pendant seize ans (1994-2010) par une équipe internationale d’archéologues ont mis au jour quatre cylindres d’argile qui pourraient réécrire l’histoire de l’écriture alphabétique. Ces découvertes ont été compilées dans le livre Animals, Ancestors and Ritual in Early Bronze Age Syria: An Elite Mortuary Complex from Umm el-Marra, consultable sur le site d’Harvard University.

Tell Umm-el Marra
Site de fouilles de Tell Umm-el Marra. © Wikimédia

Les gardiens silencieux du temps

Au cœur de la Syrie antique, Tell Umm-el Marra se dresse comme un témoin d’une époque où les premières cités-États commençaient à fleurir dans le Croissant fertile. Cette colonie urbaine, établie vers 2 700 avant notre ère, témoigne de l’émergence des premières sociétés complexes en Mésopotamie du Nord. Les archéologues y ont mis au jour une sépulture remarquablement préservée, véritable capsule temporelle de l’âge du bronze ancien.

Le mobilier funéraire reflète la sophistication de cette société : des bijoux finement ciselés en or et en argent démontrent la maîtrise des techniques de métallurgie, des pointes de lance en bronze prouvent d’une organisation militaire établie, tandis que des poteries aux motifs élaborés révèlent un artisanat local florissant. Mais parmi ces trésors somptueux, quatre petits cylindres d’argile, d’apparence modeste, viennent de renverser notre compréhension de l’histoire.

Ces cylindres, minutieusement perforés, portent des inscriptions dont l’importance dépasse largement leur apparente simplicité. Les inscriptions qu’ils portent ne ressemblent ni aux pictogrammes sumériens ni aux hiéroglyphes égyptiens contemporains. Leur simplicité graphique et leur nombre limité suggèrent une approche radicalement nouvelle de l’écriture, peut-être la première tentative d’un système alphabétique.

Cylindre
Ces minuscules cylindres d’argile pourraient détenir le secret du premier alphabet. © Glenn Schwartz / Université Johns Hopkins

Un bouleversement chronologique et géographique

Datés de 2 400 avant notre ère, ces artefacts précèdent de cinq siècles l’invention présumée de l’alphabet. Jusqu’à présent, les spécialistes situaient cette innovation vers 1 900 avant J.-C., l’attribuant aux ouvriers venant de Canaan (région qui correspond approximativement aux territoires actuels réunis d’Israël, de la Palestine, du Liban, de l’ouest de la Jordanie et de la Syrie) travaillant en Égypte.

En effet, il est, de nos jours, largement admis que les premiers alphabets sont nés au Proche-Orient, dans le monde sémitique, autour du IIᵉ millénaire avant J.-C. Les Phéniciens (une partie des Cananéens), un peuple de commerçants sémitiques, sont souvent cités comme les premiers à avoir développé un système d’écriture entièrement alphabétique, vers le XIVe siècle avant J.-C. Cet alphabet a ensuite été adopté et adapté par de nombreuses autres civilisations : les Grecs et les Romains, notamment.

Cette chronologie, solidement ancrée dans l’historiographie, se trouve aujourd’hui ébranlée. Tell Umm-el Marra, située au carrefour des routes commerciales antiques, apparaît désormais comme un possible foyer d’innovation scripturale. Cette position stratégique aurait pu favoriser l’émergence de nouveaux modes de communication, répondant aux besoins d’échanges commerciaux croissants.

Si l’alphabet est né en Syrie et non en Égypte, nos théories sur la diffusion des innovations culturelles dans l’Antiquité nécessitent donc une profonde révision. Les chercheurs des universités Johns Hopkins et d’Amsterdam, à l’origine de ces travaux, font toutefois preuve de prudence : les inscriptions sur les cylindres demeurent indéchiffrées, laissant planer le doute sur leur nature exacte. Ce système d’écriture était-il voué à évoluer vers un alphabet plus complexe, ou était-ce une impasse dans l’histoire de l’écriture ?

Tandis que les archéologues poursuivent leurs investigations dans la région, l’espoir demeure de découvrir d’autres traces de cette possible première écriture alphabétique, pour éclairer davantage ce chapitre méconnu de l’histoire de la communication humaine.

  • Des cylindres d’argile datant de 2 400 av. J.-C., découverts à Tell Umm-el Marra en Syrie, pourraient représenter la plus ancienne tentative d’écriture alphabétique.
  • Ces artefacts remettent ainsi en question l’origine géographique et chronologique de l’alphabet, traditionnellement attribuée à l’Égypte vers 1 900 av. J.-C.
  • Les inscriptions restent néanmoins indéchiffrées, laissant ouverte la question de leur rôle dans l’évolution de l’écriture.

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2 commentaires
2 commentaires
  1. Cela fait plusieurs années que je me dis qu’il faudrait se débarrasser de l’an 0 du calendrier chrétien et faire revenir la chronologie de notre civilisation au début de l’Histoire, c’est-à-dire de l’écriture. Cela nous apporterait une meilleure vision de la temporalité de notre histoire tout en l’émancipant de croyances archaïques et arbitraires, délimitant clairement la pré-histoire.
    Ainsi, peut-être serions-nous en l’an 4424 ou 3924 de l’Histoire?

  2. Bonjour, vous omettez de mentionner les tablettes de Glozel, en Auvergne, qui font remonter l’origine de l’alphabet bien plus haut dans le temps (à plus de 20 000 ans) et qui la situent en Europe occidentale. (Voyez aussi les tablettes de Tartatie, en Roumanie). L’origine sémitique de l’écriture est une fable désormais caduque et périmée.

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