Le 6 février 2026, une fusée Long March 2F (ou Chang Zheng 2F en chinois, souvent abrégé CZ-2F ou LM-2F) a décollé du de l’immense Centre de lancement de satellites de Jiuquan, planté en plein cœur de la partie chinoise du désert de Gobi. C’est un lanceur qu’elle utilise de temps à autre pour envoyer ses taïkonautes dans sa station spatiale Tiangong, mais cette fois, elle emportait à son bord le Shenlong. Un avion expérimental réutilisable dont l’apparence est tenue secrète depuis son premier lancement en 2020, déjà envoyé à quatre reprises par la force de soutien stratégique de l’armée chinoise.
Quelques semaines après, l’engin avait stabilisé son orbite à environ 593 kilomètres d’altitude quand un événement a brusquement attiré l’attention des radars commerciaux : dans la nuit du 21 au 22 juin, à 4 h 30 du matin (heure de Paris), le Shenlong a relâché une charge utile inconnue au bataillon. Un petit objet qu’aucun organisme international, en dehors de Pékin, ne peut encore relier à une mission ou un objectif rendu public par le pays.
At 02:30 UTC on 22 June 2026, LeoLabs detected an unknown object in the vicinity of the Chinese Shenlong reusable spaceplane.
This object did not correlate to any other object in our catalog. It was first observed by our Tracker radar in New Zealand. pic.twitter.com/AEf4gbyJPr
— LeoLabs (@LeoLabs_Space) June 22, 2026
Shenlong : le fantôme chinois récidive
À chaque fois qu’il est parti en mission, le Shenlong largue des objets non identifiés : lors de son premier vol en septembre 2020, puis en août 2022 et en décembre 2023. C’est donc son quatrième largage, repéré cette fois par LeoLabs, une entreprise américaine de surveillance orbitale. Elle fut la première à prévenir le reste du monde sur X (voir post ci-dessus) : « À 02:30 UTC le 22 juin 2026, LeoLabs a détecté un objet inconnu dans le voisinage du planeur orbital réutilisable chinois Shenlong. Cet objet ne correspondait à aucun autre objet de notre catalogue. Il a été observé en premier lieu par notre radar Tracker en Nouvelle-Zélande ».
Après avoir croisé les données de l’ensemble de son réseau mondial de radars, l’entreprise en a conclu que l’objet en question avait bien été libéré par le Shenlong. L’U.S. Space Force, qui tient normalement un inventaire exhaustif, ne l’avait pas encore répertorié au moment où LeoLabs a lancé l’alerte, confirmant ainsi que son déploiement s’est déroulé dans le secret le plus total.
Les autorités chinoises ne communiquent jamais lorsqu’elles procèdent à ce genre de largage clandestin depuis le Shenlong. Le peu que l’on connaît de ces objets, on le doit principalement à des observateurs indépendants ou à des entreprises privées comme LeoLabs. On ignore complètement de quoi il s’agit, bien que certains analystes y voient des sous-satellites d’inspection capables de se rapprocher de satellites adverses, d’autres des bancs de test pour des systèmes de guerre électronique.
La Secure World Foundation (SWF), ONG américaine qui surveille l’espace, avait établi que l’objet largué par le Shenlong lors de sa première mission en 2020 était doté de capacités de transmission radio, et que celui de la deuxième disposait de son propre système de propulsion. Ceci mis à part, nous naviguons dans l’inconnu le plus total concernant les intentions à long terme de la Chine avec ce programme.
Les justifications de Pékin : circulez, il n’y a rien à voir
Bien que la Chine maintienne la plus grande opacité autour de ce qui s’est passé, Xinhua, l’agence officielle de presse chinoise, tient toujours le même discours sur les missions effectuées par le Shenlong. Après le lancement de février, elle a déclaré : « Ce vaisseau expérimental mènera des essais de validation technologique pour les engins spatiaux réutilisables, fournissant ainsi un soutien technique à l’utilisation pacifique de l’espace ». De la langue de bois de compétition, mais n’oublions pas que la Chine n’a pas le monopole du culot : l’U.S. Space Force utilise une rhétorique semblable lorsque le drone américain X-37B, son homologue, part en mission.
Le Shenlong (et les objets qu’il largue) diffère toutefois de ce dernier sur un point : il n’est pas officiellement enregistré auprès des Nations Unies, contrairement aux exigences de la Convention sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace extra-atmosphérique.
Comme ce fut le cas pour tous ses autres vols, nous ne serons jamais tenus au courant de ce qui est sorti des entrailles du Shenlong. Même si l’U.S. Space Force a certainement réussi, grâce à ses puissants radars et télescopes (comme le Space Surveillance Network) à analyser sa forme et sa signature thermique, le Pentagone ne partagera jamais ces détails avec le public. Pourquoi ? Parce qu’il ne faudrait pas qu’il révèle les limites ou l’étendue de leurs propres capacités de renseignement spatial. Un secret qui vaut au moins autant que ce que le Shenlong transportait le week-end dernier.
- Le 21 juin, un objet non identifié a été largué par le planeur orbital chinois Shenlong, sans préavis ni explication de Pékin.
- LeoLabs a détecté cet objet, confirmant qu’il ne correspondait à aucun autre dans les catalogues internationaux, soulignant l’opacité des missions chinoises.
- Les intentions de la Chine avec ces largages restent floues, certains analystes évoquant des sous-satellites d’inspection ou des tests de systèmes de guerre électronique.
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