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La Chine vient de bannir les relations amoureuses entre un humain et une IA

Fin de partie pour les chatbots qui simulent une relation amoureuse : Pékin veut que ses berceaux se remplissent de bébés et que ses habitants arrêtent de roucouler avec leurs applications.

Parmi les dérives un peu glauques et flippantes de l’IA, on peut aisément placer celle-ci dans le top 5 : la substitution de la relation amoureuse par les chatbots. Un phénomène qui touche de nombreux adolescents américains, sur lequel des entreprises n’hésitent pas à surfer pour faire leur beurre. Il y a les spécialistes du genre : Character.ai (à l’origine d’une affaire de suicide très controversée), Replika et une nuée d’applications bien moins régulées, comme JanitorAI, Chai, SpicyChat ou Talkie.  Et il y a ceux qui n’ont besoin de rien d’autre qu’un chatbot généraliste comme ChatGPT pour y croire.

Le marché de l’« amour de synthèse » a le vent en poupe et cette nouvelle vague n’est pas trop au goût de la Chine, qui a décidé, mercredi 15 juillet, d’interdire aux firmes du secteur de concevoir des agents entretenant une dépendance affective. Le texte prohibe également toute relation virtuelle avec un mineur et impose aux entreprises de prévenir le contact d’urgence d’une personne dès lors qu’une détresse émotionnelle est détectée. Les chatbots devront passer devant une évaluation réglementaire avant d’atterrir entre les mains du public, et l’État se réserve le droit de désactiver ceux qu’il juge dangereux.

Une nation qui vieillit plus vite qu’elle ne se renouvelle

Matt Sheehan, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace et spécialiste de l’IA chinoise, explique que ce texte de loi répond à une problématique qui touche, en premier lieu, à la démographie. « Ils [N.D.L.R. : le régime chinois] n’aiment pas l’idée qu’une part importante de leur population entretienne des relations affectives profondes avec des chatbots, qui pourraient la retirer du marché matrimonial », pose-t-il. « Pourrait-on imaginer un avenir où, d’ici trois ou quatre ans, 15 millions de femmes chinoises diraient que leur partenaire est un chatbot et que, par conséquent, elles n’auraient pas d’enfants ? », souligne Sheehan.

Une telle perspective est le pire cauchemar d’un État qui tente par tous les moyens de relancer sa courbe des naissances. La situation démographique du pays est tout simplement catastrophique : en 2025, la population chinoise a reculé pour la quatrième année consécutive, tombant à 1,405 milliard d’habitants, avec un taux de natalité au plus bas jamais enregistré.

La politique de l’enfant unique, lancée en 1979, assouplie en 2015 puis définitivement enterrée en 2021, a laissé derrière elle des dégâts qu’aucune subvention ne réparera. L’âge moyen en Chine n’a jamais été aussi élevé, et la sélection prénatale du sexe pratiquée pendant quarante ans a creusé un déséquilibre tel que l’Académie chinoise des sciences sociales estime aujourd’hui qu’un homme sur cinq ne trouvera jamais d’épouse.

Le coût exorbitant d’une existence digne

Bien qu’on puisse comprendre que Pékin veuille colmater cette fuite sociétale, on peut également soutenir que le gouvernement ne s’attaque pas réellement à la racine du problème. Si des millions de jeunes adultes préfèrent se tourner vers des entités virtuelles pour combler leurs désirs sentimentaux, c’est d’abord parce que la société chinoise est d’une violence rare au niveau individuel.

La plupart travaillent neuf heures par jour, six jours par semaine et sont traumatisés par l’ultra-compétition pour la survie académique et professionnelle. Ils sont également éreintés par un pouvoir d’achat toujours plus faible qui leur interdit l’accès aux bases du bien-être : logements, soins, éducation de qualité pour leurs futurs enfants, temps de repos décent ou encore capacité financière à soutenir leurs parents vieillissants.

Finalement, il n’y a rien dans cette nouvelle réglementation qui protège réellement les utilisateurs et la pyramide des âges continuera de s’affaisser : en désignant les chatbots comme coupables de ses maux actuels, Pékin s’offre le bouc émissaire idéal pour ne pas avoir à assumer l’échec de son modèle social. Les naissances déclinaient déjà avant l’arrivée de l’IA, pourquoi repartiraient-elles à la hausse aujourd’hui sous prétexte que le gouvernement a décidé de priver sa jeunesse de son dernier doudou artificiel ?

  • La Chine interdit les relations amoureuses entre humains et chatbots pour contrer la baisse de natalité et la dépendance affective des jeunes.
  • La législation impose des régulations strictes sur les chatbots, notamment en cas de détresse émotionnelle et de contact avec des mineurs.
  • Le gouvernement chinois est critiqué pour ne pas s’attaquer aux véritables causes de la crise démographique, telles que le coût de la vie et la pression sociale.

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