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Le combat pour une IA souveraine : la pépite française Lipstip veut révolutionner la protection des marques en Europe

La startup française Lipstip veut prendre le contre-pied des géants américains. Spécialisée dans la propriété intellectuelle (PI), la jeune pousse basée à Pau a récemment annoncé le lancement officiel de sa plateforme dédiée à la protection des marques. Une solution deeptech souveraine qui promet une analyse cent fois plus rapide et deux fois plus précise que les modèles généralistes.

Fondée à Pau en 2023 par Nicolas Girardin, Alexander Lerbs et Nicolas Vonthron, lipstip est née d’un constat alarmant sur la compétitivité européenne. « Il y a 20 ans, l’Europe et les États-Unis avaient le même PIB. Aujourd’hui, notre économie décroche, et la raison principale, c’est la tech. Nous avons raté ce train depuis deux décennies », regrette Nicolas Vonthron, dans un entretien accordé à Presse-citron.

Pour lui, ce retard se matérialise de façon critique dans la protection des innovations. Car en Europe, le marché de la propriété intellectuelle souffre d’un paradoxe majeur : 90 % des PME ne protègent pas leurs actifs immatériels (marques, logos, modèles), alors que celles qui franchissent le pas génèrent en moyenne 44 % de revenus supplémentaires par employé. « Ce n’est pas un manque de volonté, c’est un problème de capacité logistique », décrypte le dirigeant. Et face à une croissance de 10 % des dépôts de marques l’an dernier, les cabinets d’experts sont totalement surchargés, confrontés à une pénurie de profils et à d’importants départs à la retraite.

Le choix du Small Language Model pour éviter les hallucinations

Lipstip entend leur apporter une solution en bousculant les standards technologiques actuels. Contrairement à la majorité des nouvelles solutions du marché, la startup refuse de s’aligner sur les grands modèles de langage (LLM) comme ceux d’OpenAI ou d’Anthropic. « Nous ne faisons pas d’IA générative. Les grands modèles sont exceptionnels pour certaines tâches, mais en droit, ils raisonnent par approximation statistique et s’exposent à l’erreur juridique », tranche-t-il.

Afin de garantir le niveau d’exigence requis par les avocats et conseils en propriété industrielle, Lipstip a développé ses propres modèles mathématiques ultra-spécialisés, des SLM ou Small Language Models, entraînés en partenariat avec l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) et CY Tech. La plateforme automatise la comparaison des produits et des services en passant au crible des critères phonétiques, visuels, sémantiques et conceptuels, le tout adossé à une base de jurisprudence de centaines de milliers de décisions de Institut National de la Propriété Industrielle (INPI) et des cours de justice.

« Nous prenons des modèles spécialisés sur une seule tâche, ils ne savent rien faire d’autre, mais ils le font parfaitement », illustre Nicolas Vonthron. Le résultat est sans appel : alors que IA généralistes affichent un taux de précision situé entre 40 et 50 %, Lipstip revendique une précision chirurgicale supérieure à 95 %. Autre point notable, elle cite systématiquement ses sources. Par ailleurs, cette architecture légère lui offre un autre avantage de taille : la frugalité énergétique. Les modèles de la startup sont capables de tourner localement sur un simple ordinateur de bureau, loin des infrastructures ultra gourmandes des data centers.

Propriete Intellectuelle
© Wright Studio / Shutterstock.com

Trois heures économisées par dossier

Sur le terrain, l’outil transforme radicalement le flux de travail des professionnels de la PI, notamment lors des procédures d’opposition, ces démarches fastidieuses visant à bloquer le dépôt d’une marque trop similaire à celle d’un client. Alors qu’il fallait autrefois passer une journée entière à éplucher manuellement des montagnes de décisions juridiques pour établir un mémoire, la plateforme permet d’économiser en moyenne trois heures par dossier.

Pour les bêta testeurs qui éprouvent la solution depuis un an, le gain de productivité grimpe jusqu’à 70 %. En libérant ainsi du « temps de cerveau » chez les experts, Lipstip espère créer un effet domino bénéfique pour l’économie réelle : permettre aux cabinets d’abaisser leurs coûts de traitement pour rendre le droit des marques enfin accessible aux petites et moyennes entreprises européennes.

Le modèle de la deeptech mise sur un abonnement SaaS annuel par utilisateur, très classique, mais avec un argument massue : l’accès illimité. Grâce à la légèreté de ses modèles propriétaires, elle s’affranchit de la tarification à l’usage (au token) devenue la norme chez les géants de l’IA, offrant une visibilité budgétaire totale à ses clients.

Le combat de la souveraineté numérique

Mais ce n’est pas tout, car Lipstip mène, en fond, une bataille profondément politique. Intégralement hébergée et développée en Europe, la plateforme garantit que les données hautement stratégiques des innovations européennes restent sous notre juridiction.

« Il y a aujourd’hui un risque systémique dans la propriété industrielle. Presque tous les outils techniques utilisés par les experts sont sous pavillon extra-européen ou intègrent des IA américaines. C’est une dépendance dangereuse », alerte Nicolas Vonthron en fin d’entretien.

Lancée commercialement depuis à peine un mois, la jeune pousse paloise voit déjà plus loin. Après avoir consolidé sa base de données en France et au niveau européen, elle prépare son expansion géographique vers le Benelux et l’Allemagne, tout en prévoyant de remonter le cycle de vie de la marque en intégrant prochainement des briques de surveillance automatisée. Objectif : s’imposer comme le nouveau standard de souveraineté pour protéger les idées du Vieux Continent.

  • La startup paloise Lipstip lance une IA souveraine conçue pour les professionnels de la propriété intellectuelle afin d’automatiser et de sécuriser la protection des marques en Europe.
  • Contrairement aux IA généralistes sujettes aux hallucinations, elle s’appuie sur un modèle ultra-spécialisé, deux fois plus précis et 100 fois plus rapide.
  • En économisant en moyenne 3 heures par dossier, l’outil désengorge les cabinets pour leur permettre de protéger efficacement le marché de masse des PME.

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