- Pendant 6 mois, Eugénie, 96 ans, s’est fait vider son assurance-vie par à coups après des appels de personnes se faisant passer pour divers acteurs, dont une avocate
- Ses deux banques semblent avoir compris qu’il s’agissait d’une activité anormale, mais la cliente, très insistante, a fini par signer des lettres de décharge
- La victime vit désormais sur de maigres économies sans espoir de retrouver les sommes volées
- Des questions subsistent quant à la marche à suivre des banques lorsqu’elles comprennent qu’une personne vulnérable est sous l’influence de personnes mal intentionnées
Comme le rapportent nos confrères du Parisien, Eugénie est une ancienne institutrice de 96 ans qui vit seule dans un deux-pièces à Clamart (Hauts-de-Seine). Entre juillet 2021 et janvier 2022, elle a été victime d’une arnaque par téléphone qui lui a fait perdre près de 200 000 euros, soit la quasi-totalité de son assurance-vie.
Tout a commencé par un faux appel d’un service d’Orange, qui lui a signalé des impayés et menacé de couper sa ligne téléphonique. La nonagénaire, inquiète, a accepté l’aide d’une prétendue avocate, qui se faisait appeler Carole, et qui lui a promis de régler son litige moyennant d’importantes sommes d’argent.
Les banques peuvent-elles se cacher derrière le principe de non-immixtion ?
Pendant six mois, Eugénie a vidé son assurance-vie en rachetant des parts qu’elle retirait ensuite en liquide dans deux agences bancaires près de chez elle : le Crédit Mutuel et la Société Générale. Elle remettait ensuite l’argent à Carole ou à son complice qu’elle retrouvait en bas de son immeuble.
L’arnaque a été découverte début 2022, lorsque Eugénie a voulu vendre son appartement sur les conseils de Carole, qui lui réclamait encore 45 000 euros. Jean-François, un proche de la victime, alerté par une amie, a réussi à convaincre Eugénie de porter plainte. Hélas, l’enquête n’a pas abouti à l’identification des escrocs, dont le numéro de téléphone et les comptes bancaires étaient situés en Belgique. Et la plainte a été classée sans suite en septembre 2022 par le parquet de Nanterre.
Dans les colonnes du Parisien, Jean-François met cependant en cause la responsabilité des banques, qui auraient laissé Eugénie retirer des dizaines de milliers d’euros en liquide sans s’interroger sur la nature des opérations. Il souligne que la Société Générale n’a jamais donné d’explications sur le fait d’avoir laissé une personne âgée repartir aussi souvent avec d’importantes sommes d’argent.
Le Crédit Mutuel s’est de son côté contenté de faire signer des lettres de décharge à la cliente, tout en lui envoyant des courriers de mise en garde. La question de la marche à suivre des établissements bancaires dans ces cas est primordiale, car les arnaques visant les séniors se multiplient.
Or le problème est loin d’être simple à résoudre, car d’un côté, il y a le principe de non-immixtion dans les affaires bancaires privées des clients – vous n’aimeriez pas que votre banque s’immisce en permanence dans vos affaires personnelles.
Et de l’autre, un soupçon de négligence de la part des deux banques qui ont laissé des comportements inhabituels se poursuivre tout en comprenant que leur cliente était vulnérable et agissait probablement sous influence. Avec l’aide de Jean-François, Eugénie (qui a été depuis placée sous curatelle) a pu récupérer quelque 60 000 euros sur le total des sommes perdues.
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le comportement de ces banques porte un nom: aveuglement volontaire. Assez courant chez ceux qui ont peur de prendre leurs responsabilités.