Il y a des films qui nous marquent plus que d’autres. C’est le cas du dernier film de Damien Chazelle. Avec Babylon, le réalisateur nous prend par la main et nous fait danser pendant trois heures en plein cœur de l’âge d’or de Hollywood.
Dès demain, mercredi 18 janvier, le réalisateur vous invite à un voyage tumultueux dans l’industrie cinématographique. Sortez vos plus belles tenues clinquantes, on vous livre notre critique de Babylon sur un plateau d’argent.
Il était une fois à Hollywood…
Nous sommes à Los Angeles en 1926. Le cinéma muet est à son sommet et Hollywood est dépravé. Tous les excès sont permis, pour peu que vous en ayez les moyens et le statut. Ainsi, Babylon s’ouvre sur les préparations d’une fête grandiose, le clou du spectacle étant la présence d’un éléphant. Les bases sont posées, bienvenue à Hollywood !
Cet univers complétement déjanté, nombreux veulent s’y faire une place. Mais c’est loin d’être une chose facile. Babylon nous emmène à la rencontre de trois personnages aux destins étroitement liés.
Margot Robbie incarne Nelly LaRoy, jeune femme délurée qui rêve de briller sous les projecteurs, persuadée qu’elle est née pour cela. Sans surprise, elle est éblouissante. Si son personnage est bien plus complexe qu’il n’y paraît, on pourrait reprocher ce côté “Manic Pixie Dream Girl”. Un personnage féminin un peu “foufou” et hors des cases qui submerge et fascine le héros (masculin). Bon. À son apogée, l’actrice prouve, une fois encore, qu’elle est bien plus qu’un physique.
De son côté, Brad Pitt donne vie à Jack Conrad, acteur renommé et bien installé dans le paysage hollywoodien. À la fois drôle, mordant et avec un voile d’émotions, Brad Pitt excelle une fois encore dans un rôle semblé taillé pour lui.
Enfin, Diego Calva interprète Manny Torres, qui rêve de quelque chose “de plus que grand” et d’une vie derrière les caméras. L’acteur mexicain s’impose comme la révélation du film. Grimpant les échelons un à un, perdant l’étincelle dans ses yeux au fil des années, le personnage de Manny Torres est probablement l’un des plus intéressants de Babylon.
Alors que nous sommes au milieu d’une ère cruciale pour le cinéma, ces trois personnages vont se croiser à plusieurs reprises sur une décennie. Chacun des héros de Babylon va devoir s’adapter dans une industrie en plein chamboulement.
Avec l’arrivée des films parlants, ils devront soit saisir une opportunité pour grimper les échelons soit éviter de précipiter leur chute. D’autres personnages majeurs vont croiser leur route, comme le musicien Sidney Palmer (Jovan Adepo), la journaliste Elinor St. John (Jean Smart) ou encore la mystérieuse Lady Fay Zhu (Li Jun Li).
“La vie est une fête !”
Babylon nous offre aussi une vision crue des “Roaring Twenties” et de l’âge d’or de Hollywood. Au programme : débauche, luxe et luxure. Damien Chazelle sublime le vulgaire et le “crade” dans un film où il a décidé d’oser pour le plus grand plaisir du spectateur. Babylon, c’est un peu le fruit de la rencontre entre Gatsby le Magnifique et Le Loup de Wall Street. Nelly LaRoy clame que “la vie est une fête” à plusieurs reprises… Et quelle fête !
Aussi extravagant que grandiloquent, Babylon cache un ton moins frivole derrière cette couche de paillettes. Les protagonistes et leurs destins respectifs sont touchants et donnent envie de creuser dans leur passé pour mieux comprendre leurs états d’âme. Parfois submergés par quelque chose de plus grand qu’eux, plus grand que tout, les personnages sont écrasés par des temps qui changent, des mœurs qui évoluent et le cinéma muet qui disparaît au profit du parlant .

Au cours des trois heures de film, le spectateur doit s’accrocher pour ne pas, lui aussi, se laisser dépasser par toutes ses émotions. On rit, on pleure, on s’émerveille, on grimace, on s’agace, on se réjouit, on stresse… Le travail d’orfèvre de Damien Chazelle est sublimé par des décors et des costumes somptueux, une mise en scène étourdissante, une écriture intéressante et un jeu d’acteurs sensationnel.
Les émotions fortes sont renforcées par une intrigue intense et étonnante. Après plus de deux heures rythmées par une euphorie collective, le réalisateur prend la tangente, adoptant un ton plus dur et profond à l’approche du clap de fin. Un final, d’ailleurs, sensationnel, qui s’apparente à un véritable feu d’artifices d’émotions et nous laisse sans voix.
La bande-son, l’autre protagoniste de Babylon
Que serait un film de Damien Chazelle sans une bande-son étincelante ? Comme toujours, le réalisateur fait appel à Justin Hurwitz qui l’a déjà accompagné sur La La Land ainsi que Whiplash. Si vous avez aimé la bande-son de ces deux films, vous allez adorer Babylon.
Une fois encore, le compositeur reprend des mélodies d’anciens longs métrages et les retravaille pour ce nouveau projet. Les inconditionnels auront, notamment, reconnu des bribes de Someone in the crowd arrangée en version jazz instrumentale pour l’occasion. Le jazz qui est d’ailleurs omniprésent tout au long du film, et des œuvres de Damien Chazelle. Protagoniste à part entière, la bande originale de Babylon en met plein les oreilles. Si bien que Justin Hurwitz a reçu son quatrième Golden Globe grâce à elle. Pour les amateurs, elle est déjà disponible sur les plateformes de streaming… Histoire de faire durer le plaisir !

Verdict : Babylon a gagné notre cœur
À la fois critique et véritable lettre d’amour à Hollywood, Babylon est un tourbillon fantastique et infernal. Il s’impose comme le film de ce début d’année et marquera à coup sûr 2023.
Tel un chef d’orchestre précis, Damien Chazelle nous livre un concert d’émotions avec ce nouveau long métrage. Extravagant et poignant, Babylon repose sur une partition maîtrisée. Après trois heures de film (ou l’équivalent de dizaines d’années en plein âge d’or de Hollywood), le retour à la réalité fait l’effet d’un bad trip.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.