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Le Danemark s’allie à Microsoft pour créer l’ordinateur quantique le plus puissant du monde

La Scandinavie s’invite dans la course au quantique avec un projet qui pourrait battre deux records en une seule machine.

Lorsqu’on pense « quantique » aujourd’hui, nos pensées se tournent naturellement vers Microsoft avec Majorana 1, IBM et son IBQ System 1 ou encore Google avec sa puce Willow. Pourtant, c’est bien le Danemark, un pays jusque-là absent de ce secteur, qui vient d’annoncer l’un des projets les plus fous de la décennie. En compagnie de Microsoft (forcément !) et d’Atom Computing, le pays compte assembler l’ordinateur quantique le plus complet jamais conçu.

Une machine si performante qu’elle pourrait combiner ce que Google et IBM n’ont pas encore réussi à concrétiser : l’union entre volume de qubits physiques et fiabilité logique.

Le réveil danois

Le projet global, baptisé QuNorth, est financé à hauteur de 80 millions d’euros par deux ténors : EIFO, le fonds public d’investissement danois, et la fondation Novo Nordisk. Il est porté conjointement par le gouvernement danois, qui finance et pilote la stratégie industrielle via le fonds EIFO ; Microsoft, qui fournit la pile logicielle Azure Quantum et son expertise en correction d’erreurs ; et Atom Computing, une entreprise californienne en pointe sur les « qubits à atomes neutres » (des qubits stockés dans des atomes refroidis et maintenus en suspension par des lasers, sans contact avec aucun support physique). La firme américaine sera chargée de construire le processeur quantique lui-même.

Le nom de l’ordinateur est parfaitement trouvé : il s’appelle Magne, en hommage à la mythologie nordique. Magne était le fils de Thor, le Dieu du tonnerre et était réputée pour sa force et sa puissance. Des qualités qui résonnent très bien avec l’ambition du projet : atteindre 1 200 qubits physiques (les unités de base du calcul quantique, très instables) et 50 qubits logiques (des regroupements de qubits physiques conçus pour corriger leurs erreurs), dans une seule et même machine.

Aujourd’hui, aucun acteur du secteur n’a encore réussi à concilier les deux piliers du calcul quantique. En 2023, Atom Computing a atteint 1 180 qubits physiques dans un seul système, qui reste encore à ce jour, le record mondial. En février 2024, Quantinuum a fait mieux sur un autre front : 50 qubits logiques fonctionnels, capables de résister aux erreurs. Deux hauts faits qui restent séparés, mais avec Magne, le consortium QuNorth ambitionne de les réunir dans une seule machine.

Dans le cerveau de Magne : rendre le quantique enfin fiable

Dans le calcul quantique, les qubits physiques sont extrêmement instables : ils perdent rapidement leur cohérence, autrement dit, leur capacité à rester dans un état quantique exploitable. La moindre vibration, variation de température ou perturbation électromagnétique peut suffire à fausser le résultat d’un calcul.

Pour contrer cette fragilité, les chercheurs utilisent un procédé de correction d’erreurs : ils regroupent plusieurs qubits physiques pour former un qubit logique. Ce dernier fonctionne comme une espèce de majorité redondante : si un ou deux qubits physiques déraillent, les autres peuvent « voter » pour maintenir le bon résultat. Mais ce mécanisme a un coût : on estime qu’il faut entre 20 et 100 qubits physiques pour obtenir un seul qubit logique stable.

Franchir le cap des 50 qubits logiques, comme Magne ambitionne de le faire, reviendrait à passer au niveau 2 dans la taxonomie actuelle du quantique : celui des machines capables de corriger leurs propres erreurs de façon autonome.

Une étape incontournable si l’on espère atteindre un jour le fameux « avantage quantique » ou « suprématie quantique » : le moment où un ordinateur quantique surpassera un supercalculateur classique dans des tâches très complexes. Découverte de médicaments, science des matériaux, cryptographie ou intelligence artificielle, par exemple. C’est un peu le Saint Graal de la recherche quantique actuelle.

« Cet investissement marque une véritable montée en puissance du Danemark dans la compétition quantique mondiale » a déclaré Morten Bødskov, ministre danois de l’Économie. « Le quantique représente un potentiel immense, et le Danemark ainsi que l’UE doivent le saisir ».

Magne sera installé à Copenhague et sa construction commencera à l’automne 2025 ; avec une mise en service espérée pour fin 2026 ou début 2027. Un projet intégralement danois dans sa propriété, codétenu à parts égales par les deux institutions fondatrices (EIFO et Novo Nordisk), même s’il est aidé de partenariats extérieurs. Pour le moment, QuNorth est en phase de recrutement pour désigner son futur PDG. Dans deux ans, peut-être que l’Europe cessera de courir derrière les géants américains et sera la première à imposer les futurs standards de l’informatique quantique.

  • Le Danemark lance, avec Microsoft et Atom Computing, un projet ambitieux pour construire l’un des ordinateurs quantiques les plus avancés jamais imaginés : Magne.
  • L’objectif : combiner une très grande capacité de calcul avec une correction automatique des erreurs, un défi technique que personne n’a encore relevé.
  • Si le pari réussit, l’Europe pourrait reprendre l’initiative face aux géants américains dans ce domaine stratégique.

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