[détox] Les chatbots à l’assaut des médias

Les chatbots sont des logiciels qui permettent de simuler une conversation. Comment changent-ils la manière de distribuer l’information et les relations entre médias et lecteurs ?

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L’année en cours aura été marquée par deux innovations majeures : la réalité virtuelle et les robots conversationnels (ou chatbots). Ce qui est amusant, c’est que ces deux concepts existaient bien avant 2016 mais la technologie a permis de les remettre au goût du jour.

Après avoir conquis la Silicon Valley, les robots conversationnels commencent petit à petit à investir les médias européens. Pour les journalistes, il représentent une nouvelle manière de distribuer l’information et un nouveau moyen d’entretenir une relation plus personnelle avec les lecteurs.

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La petite histoires des robots conversationnels

Si le bot est revenu à la mode ces derniers temps, c’est tout d’abord grâce aux progrès effectués ces dernières années en matière d’intelligence artificielle. N’oublions pas qu’à la base, un bot est un simple script qui permet d’automatiser ou de simplifier certaines tâches comme par exemple ajouter un événement dans un calendrier.

Les origines des bots se trouvent dans les années 50. À cette époque, un mathématicien britannique du nom d’Alan Turing se penchait sur les interactions entre l’homme et les machines. En 1960, le laboratoire d’Intelligence Artificielle MIT créa la machine ELIZA qui simulait un psychothérapeute rogérien en reformulant la plupart des affirmations du « patient » en questions, et en les lui posant.

Pour ceux qui étaient abonnés AOL et ont utilisé le logiciel AIM, souvenez-vous que cet outil de messagerie disposait déjà à l’époque de bots qui permettaient de connaître la météo du jour. Enfin, de manière plus récente, on retrouvait pas mal de bots sur les sites d’entreprises dont l’objectif était de répondre aux questions des visiteurs.

Aujourd’hui, les algorithmes permettent de mieux comprendre le langage naturel et peuvent donc interagir plus efficacement avec les utilisateurs. Et l’endroit idéal où placer des bots est bien entendu les applications de messagerie, ce qui explique le terme de chatbot. Facebook s’est tout naturellement positionner sur le créneau en annonçant en début d’année 2016 une mise à jour de sa plateforme Messenger avec un série de chatbots embarquée. L’objectif de ces robots conversationnels était d’offrir aux utilisateurs de la plateforme la possibilité de connaître la météo (ce qui semble décidément être d’une importance cruciale étant donné qu’AIM le faisait déjà il y a plus de 10 ans) ou les conditions de circulation, ou de façon plus poussée de commander des fleurs ou recevoir des actualités personnalisées provenant du média CNN. Depuis, d’autres géants des nouvelles technologies ont suivi le mouvement comme Skype, Slack, Telegram ou encore Google avec des applications mises à jour ou en cours de modification.

Il faut comprendre que les chatbots ont bénéficié de la puissance de l’Intelligence Articielle et du big data qui permettent à eux deux de collecter et d’utiliser un maximum de données pour offrir un service plus poussé et plus personnalisé.

JOAQUIN PHOENIX as Theodore in the romantic drama "HER," directed by Spike Jonze, a Warner Bros. Pictures release.

Le film Her raconte l’histoire d’amour entre un homme et une intelligence artificielle.

Une technologie dont s’empare des médias…

Les messageries instantanées et leurs chatbots sont donc en train de devenir le point d’entrée principal vers Internet. Aujourd’hui, vous pouvez sans (trop de) problème commencer votre navigation sur le web en posant une question à Siri ou à Google. Les chatbots automatisent la relation, favorisent l’engagement et sont immédiatement personnalisées alors que les sites Internet, médias ou application sont conçus pour tout le monde. Avec tous leurs avantages, il est normal de voir les médias s’intéresser aux chatbots.

Tout d’abord, avec 2,5 milliards de personnes possédant au moins une application de messagerie sur leur téléphone, les bots constituent un point d’entrée non négligeable pour les médias et les marques. Les médias utilisent ainsi ces petits robots pour personnaliser leurs contenus. Par exemple, CNN et Wall Street Journal utilisent Facebook Messenger pour diffuser de l’information, NBC propose des breaking news via l’application Slack ou encore Quartz qui a choisi de ne pas développer une application smartphone qui serait une simple version mobile de son site mais a opté pour une solution sous forme de messagerie. Les utilisateurs reçoivent ainsi l’actualité sous forme de textos et peuvent répondre afin de poser des questions et ainsi en savoir plus sur un sujet qui les intéressent.

Si les chatbots permettent d’établir un lien personnalisé avec les lecteurs, il s’agit aussi d’un excellent outil de gestion de crise en cas de mécontentement : il est ainsi possible de laisser le bot chercher une solution au problème rencontré par un utilisateur, ce qui évite les nombreuses plaintes sur les réseaux sociaux, un phénomène plutôt couant.

Si les bots marquent le début de l’ère de l’actualité personnalisée et peut-être la fin de l’information de masse. Pour l’instant, les bots sont utilisés de manière écrite mais la voix risque bien de prendre le relais dans les années à venir avec des échanges vocaux entre un utilisateur et une machine. On assisterait donc à l’avènement des podcasts personnalisés.

… mais parfois vue d’un mauvais œil

Le 17 mars survient un tremblement de terre qui secoue une partie de la Californie. Quelques minutes plus tard, une brève est publiée sur le site du Los Angeles Time :

A shallow magnitude 4.7 earthquake was reported Monday morning five miles from Westwood, California, according to the U.S. Geological Survey. The temblor occurred at 6:25 a.m. Pacific time at a depth of 5.0 miles.
According to the USGS, the epicenter was six miles from Beverly Hills, California, seven miles from Universal City, California, seven miles from Santa Monica, California and 348 miles from Sacramento, California. In the past ten days, there have been no earthquakes magnitude 3.0 and greater centered nearby.
This information comes from the USGS Earthquake Notification Service and this post was created by an algorithm written by the author.

Cet article a en réalité été écrit par un programme d’intelligence artificielle baptisé Stats Monkey, développé par la société Narrative Science. Basée à Chicago, cette entreprise tente de révolutionner le journalisme grâce à des logiciels d’intelligence artificielle capables de rédiger des articles en analysant des résultats sportifs ou financiers, des données statistiques ou encore des flux Twitter.

Cet exemple illustre bien l’essor progressif du robot- journalisme. Petit à petit, il apparaît dans des rédactions aux quatre coins du globe, prisé pour son efficacité et son instantanéité. De quoi inquiéter les journalistes français ? Pas forcément. Certes, l’évolution rapide de l’intelligence artificielle a permis de créer un prototype de robot capable de se déplacer, interviewer des personnes, prendre des photos grâce à sa caméra embarquée ou encore poster des articles en ligne de façon totalement autonome. À terme, on peut imaginer qu’il pourrait remplacer les reporters dans des zones jugées trop dangereuses. Mais la tendance serait plutôt de redistribuer les tâches : les robots seraient assignés à la rédaction d’articles avec peu de fond (brèves, résultats sportifs, etc.) afin de libérer les journalistes de tâches chronophages afin qu’ils se concentrent sur des reportages plus longs. De plus, les machines ne sont pas non plus à l’abri des erreurs et des journalistes sont nécessaires pour vérifier le texte brut, mais aussi pour enquêter et apporter une analyse aux données brutes. Enfin, les bots permettant de rédiger des articles de brève sont très utiles pour le référencement d’un site d’information, en traitant de nombreuses données en un temps record et en publiant de nombreux articles rapidement.

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Quel avenir pour les bots ?

Néanmoins, il est peu probable que, dans un avenir proche, les bots remplacent les journalistes, tout simplement car ils ne sont pas encore capables de penser. Il leur est donc impossible de prendre la place du journaliste dans sa capacité à choisir ses sujets et réfléchir. Un journaliste croise ses sources, va chercher l’information, fait le lien entre elles, et est réceptif aux émotions, pas un robot.

Le robot ne peut fonctionner en autonomie que si la nature des sources et des données est fiable et qu’elles ont un sens. Si le système ne voit pas ces deux conditions réunies, il ne pourra pas faire le travail du journaliste. Enfin, les algorithmes doivent, pour fonctionner correctement, avoir une quantité importante de données structurées à leur disposition.

Si le robot peut difficilement prétendre révolutionner le travail de journaliste, il peut en tout cas améliorer son quotidien. De plus, il est très important, à mon sens, dans un monde où l’information neutre circule, d’avoir des articles, des chroniques, des podcasts, des émissions avec un véritable point de vue. C’est aussi dans cette direction que le métier de journaliste peut évoluer. Bien entendu, il y aura toujours des erreurs de prédiction, d’interprétation, mais c’est aussi tout l’intérêt des médias. Le fait d’avoir des robots pour s’occuper des articles courts et des brèves peut finalement être bénéfique et laisser le temps aux journalistes de proposer des reportages fournis.

Et vous, vous pensez que cet article a été rédigé par un robot ? Allez, à dans 15 jours et passez de bonnes fêtes de fin d’année !

 


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