Cet été, la France fait face à des incendies d’une intensité dramatique, accentués par des canicules à répétition. Les brasiers se multiplient et ont déjà dévoré des dizaines de milliers d’hectares de végétation, notamment en Gironde où plus de 220 000 personnes ont été évacuées. Car la sécheresse des sols crée des conditions météorologiques propices à des feux plus rapides et extrêmement complexes à fixer.
La pression sur les secours atteint des sommets. Plus de 2 750 sapeurs-pompiers sont actuellement déployés sur le seul front girondin, appuyés par 1 500 militaires et des colonnes de renfort acheminées de toute la France. Mais cette lutte acharnée se paye au prix fort : outre près d’une centaine de blessés parmi les forces de secours, plusieurs pompiers ont tragiquement perdu la vie cet été en combattant les flammes.
Et l’écrasante majorité (80 %) de ces soldats du feu mobilisés jour et nuit ne sont pas des professionnels, mais des sapeurs-pompiers volontaires (SPV).
Professionnels et volontaires : deux statuts, une même exigence
Car en France, le modèle de sécurité civile repose sur une architecture unique. Selon les données de la Direction générale de la Sécurité civile (DGSCGC), le territoire compte près de 198 900 sapeurs-pompiers volontaires, soit 78 % de l’ensemble des effectifs, contre environ 44 000 professionnels (17 %) et 13 500 militaires (5 %).
Si le public tend à les confondre sous le même uniforme, une nette différence de traitement juridique et financier sépare ces deux corps. Le pompier professionnel est un fonctionnaire territorial sous contrat à temps plein, percevant un salaire soumis aux cotisations sociales. À l’inverse, le volontaire accomplit un engagement citoyen. Il ne perçoit pas de salaire mais une indemnité horaire nette, fixée par arrêté ministériel et variant de 8,71 euros à 13,11 euros de l’heure selon son grade. De même, leur protection sociale et la reconnaissance de leurs années de service obéissent à des régimes distincts.
Pour intervenir sur les brasiers estivaux, les volontaires suivent les mêmes modules de formation « Feux de Forêt » (FDF) que leurs collègues professionnels. Compétences tactiques, maniement des lances sous pression, utilisation des camions-citernes tout-terrain (CCF) et consignes de sécurité : l’exigence opérationnelle est identique. Et sur le front, aucune distinction hiérarchique ou technique n’est faite sur la seule base du statut civil.

Plus viable économiquement
Car pendant que les massifs brûlent, les urgences médicales, les accidents de la route et les incendies urbains ne s’arrêtent pas. Les sapeurs-pompiers professionnels, installés en priorité dans les casernes des zones très denses, doivent maintenir la couverture sanitaire et sécuritaire des villes au quotidien. Mobiliser l’ensemble des professionnels sur les feux de forêt paralyserait immédiatement le reste.
De même, un mégafeu nécessite des milliers d’intervenants en rotation continue pendant plusieurs jours, voire semaines. Seul le réservoir citoyen des 198 000 volontaires offre ce volume suffisant afin d’assurer le roulement des équipes épuisées. Étant implantés au cœur des villages et des campagnes, ces volontaires connaissent leur région sur le bout des doigts. Ils savent exactement par quels chemins accéder aux forêts et repèrent les pièges du terrain bien plus vite que des équipes venues d’ailleurs.
Enfin, financer 200 000 fonctionnaires à temps plein à l’année pour faire face à un risque principalement saisonnier n’est pas vraiment optimal pour les départements et les communes, principaux financeurs des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). Grâce aux conventions signées avec les entreprises privées et les administrations, le modèle du volontariat offre une meilleure flexibilité.
- Face aux incendies hors norme, la grande majorité des pompiers mobilisés sont des volontaires engagés aux côtés des professionnels.
- Malgré des indemnités et un statut distincts, ils suivent exactement la même formation pour affronter les flammes.
- Mobiliser ces volontaires sur les grands feux évite de paralyser les secours dans le reste du pays.
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