En Gironde, l’un des pires incendies de l’histoire française a déjà brûlé 42 000 hectares brûlés, nécessitant l’évacuation de 220 000 personnes. Face à cette crise sans précédent, le manque de moyens aériens exaspère les professionnels. Interrogé par Midi Libre, Eric Durand, commandant de bord sur Canadair et secrétaire général adjoint du Syndicat national du personnel navigant de l’aviation civile (SNPNAC), dresse un constat sans concession.
Car la simultanéité des incendies paralyse la réponse des secours. « C’est une situation que nous redoutons tous dans la sécurité civile, c’est-à-dire l’occurrence simultanée de plusieurs gros incendies qui obligent à diviser les moyens que ce soit au sol ou aériens, pour pouvoir lutter efficacement », explique-t-il.
Faute d’avions suffisants, la stratégie s’effondre. « Comme ce n’est pas le cas, on est obligé de faire des choix et on n’arrive pas à être efficaces. Malheureusement, ça peut conduire à des catastrophes comme celle de la Gironde », déplore-t-il. Car la si la France dispose d’un total de 12 Canadairs, il est très rare qu’ils puissent opérer au même moment.
Pannes et maintenance
« Vendredi, on avait juste cinq Canadairs disponibles. Ce samedi, sept. Le vrai problème, c’est qu’on n’a pas les douze, quoi qu’il arrive », étaye le pilote, avant de poursuivre : « Deux avions ne sont pas sortis de maintenance hivernale alors qu’on est déjà fin juillet. Et pour les trois autres avions qui sont en panne aujourd’hui, la société chargée de la maintenance n’arrive pas à obtenir de pièces détachées… On a l’impression que le système est bloqué ».
Dans ce contexte, l’État a dû engager un A400M de l’armée de l’Air pour procéder à des largages de produit retardant. Si cette aide d’urgence est bienvenue, elle masque mal les carences du système. « C’est un aveu d’échec d’avoir à faire appel en urgence à un avion militaire alors que si nous avions correctement entretenu nos avions dans la sécurité civile depuis plus de trois ans maintenant, nous n’aurions pas ces problèmes-là », critique le commandant de bord.
❗️ [ 🇫🇷 FRANCE ]
🔸 Une vidéo filmée depuis un Canadair montre les flammes ravageant la végétation, en Gironde. Les flammes se trouvent toujours à environ une quinzaine de kilomètres de la métropole de Bordeaux.pic.twitter.com/cvtvkaO1oC
— Little Think Tank (@L_ThinkTank) July 26, 2026
Multiplication des mégafeux
La question des ressources humaines pose elle aussi question. La France ne compte aujourd’hui que « 45 pilotes de Canadair », formant une vingtaine d’équipages. Une marge d’action trop étroite alors que la crise environnementale s’accélère.
Car la fréquence des incendies extrêmes a plus que doublé ces 20 dernières années sous l’impact du réchauffement climatique. Sans une chaîne logistique solide et des appareils opérationnels tout au long de la saison estivale, faire face à ces brasiers s’annonce de plus en plus périlleux.
À noter que la situation est tout aussi critique chez nos voisins européens, notamment en Espagne et en Italie, où les températures extrêmes et la sécheresse multiplient les départs de feux simultanés.
- Faute de maintenance et de pièces détachées, seuls 5 à 7 Canadairs sur les 12 de la flotte française étaient disponibles au plus fort des feux en Gironde.
- L’État a dû réquisitionner en urgence un avion militaire A400M pour suppléer les appareils de la Sécurité civile immobilisés.
- Face au manque d’équipages et à la multiplication des mégafeux due au réchauffement climatique, les pilotes affirment ne plus pouvoir être pleinement efficaces.
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