C’est un spectaculaire rétropédalage qui s’est joué mercredi soir à l’Assemblée nationale. Les députés ont voté la suppression pure et simple des zones à faibles émissions (ZFE), ces dispositifs anti-pollution que l’État avait pourtant présentés comme “irréversibles” il y a moins de sept ans.
En octobre 2018, Elisabeth Borne, alors ministre des Transports, réunissait en grande pompe les quinze métropoles les plus polluées de France pour lancer ce qu’elle qualifiait de “dynamique irréversible”. L’objectif affiché ? Réduire drastiquement la pollution urbaine responsable de 40 000 décès prématurés par an selon Santé publique France.
Moins de sept ans plus tard, les députés ont enterré ce dispositif phare de la politique environnementale française. Un vote qui transcende les clivages politiques traditionnels, rassemblant le Rassemblement national, Les Républicains, La France insoumise et même quelques macronistes dissidents.
Un gouvernement pris à contre-pied
Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, avait tenté un ultime sauvetage en proposant de limiter l’obligation aux seules agglomérations de Paris et Lyon. Cette bouée de sauvetage a été massivement rejetée. Le gouvernement se retrouve ainsi désavoué sur l’une des mesures emblématiques du premier quinquennat Macron, inscrite dans la loi Climat et résilience de 2021.
Derrière ce vote se cache une réalité sociale que l’État avait sous-estimée. Les ZFE, censées améliorer la qualité de l’air en excluant les véhicules Crit’Air 3 et plus, ont rapidement été perçues comme discriminatoires. “Tout le monde est pour améliorer la qualité de l’air, mais nous pensons que ça ne peut pas se faire au prix de l’exclusion sociale“, a résumé Ian Boucard, député LR.
Cette critique traverse l’échiquier politique. Même à gauche, des élus dénoncent un dispositif qui pénalise les ménages modestes, contraints de rouler avec des véhicules anciens faute de moyens pour en acquérir de plus récents.
Cette volte-face illustre parfaitement les contradictions de l’action publique française. Comment expliquer aux citoyens qu’une mesure présentée comme vitale pour la santé publique puisse être abandonnée ? Le vote de mercredi révèle la difficulté de l’État à concilier urgence écologique et justice sociale, deux enjeux majeurs de 2025.
Reste que ce vote n’est qu’une étape. Le projet de loi doit encore être adopté dans son intégralité, et le Sénat aura son mot à dire.
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