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Edito : Apple présente un ordinateur tactile plus de dix ans après tout le monde, pourquoi appeler ça une révolution ?

Apple a levé le voile sur son nouveau MacBook Pro tactile. Présenté comme une révolution, ce produit accuse en réalité dix ans de retard… et propose un usage peu ergonomique.

Le 28 octobre 2026, Apple a organisé un événement en grandes pompes, faisant venir les journalistes du monde entier pour présenter son nouveau produit… un MacBook Pro tactile. Un ordinateur qualifié de révolutionnaire dans le communiqué de presse. Vraiment ?

Qu’on soit bien clair : le MacBook Pro tactile reste, sur le papier, un excellent ordinateur. Châssis impeccable, écran prometteur de 14 ou 16 pouces, processeur Apple M5 Pro ou M5 Max surpuissant, autonomie annoncée de 24 heures… Aucun doute, la marque a soigné sa copie. Cependant, on se gratte la tête devant la communication autour du produit. Encore une fois, Apple présente comme une révolution une chose qui existe déjà depuis bien longtemps chez la concurrence… une révolution à laquelle la marque s’est même opposée pendant plus de dix ans.

Macbook (1)
© Apple

La concurrence fait mieux depuis des lustres

Steve Jobs avait toujours été contre les écrans tactiles sur les ordinateurs. Lors de la keynote Back to the Mac en octobre 2010, il justifiait son choix par des raisons ergonomiques :

« Cela ne marche pas ! Les surfaces tactiles ne peuvent pas être verticales. Cela fait de super démos, mais après une courte période, vos bras fatiguent et après une longue période, ils tombent ! Cela ne marche pas, c’est ergonomiquement nul ! »

Malheureusement, Steve Jobs nous a quittés en 2011 et, depuis, il s’est passé beaucoup de choses dans la tech. En 2012, Microsoft présente Windows 8. Si ce n’est pas la plus grande réussite de la firme de Redmond, cet OS a eu le mérite de pousser l’usage tactile comme jamais auparavant. Interface en tuiles, applications dédiées, collaboration poussée avec les constructeurs de PC… Windows 8 n’a pas vraiment convaincu, mais a servi de tremplin à l’adoption du tactile sur le marché. On a ainsi vu apparaître de nouveaux formats, comme les convertibles et les deux-en-un, avec la Surface Pro en fer de lance. Après lui, Windows 8.1, Windows 10 et Windows 11 ont continué à permettre l’usage tactile. Aujourd’hui, il est plus que courant de voir des PC haut de gamme dotés d’écrans tactiles, convertibles ou non.

Pourtant, malgré la concurrence qui s’appropriait cette technologie, Apple a respecté son mantra : pas de tactile sur ordinateur ! En 2021, John Ternus, alors directeur de la partie hardware, restait sur l’idée d’un tactile peu adapté à ce format :

“Nous créons le meilleur ordinateur tactile au monde sur iPad. Il est parfaitement optimisé pour cet appareil. Et le Mac est parfaitement optimisé pour la saisie indirecte. Nous n’avons pas vraiment ressenti de raison de changer cela”

Alors, qu’est-ce qui a changé ? On peut y voir une manœuvre cynique consistant à présenter comme révolutionnaire quelque chose de déjà courant. Mais on peut également y voir une raison plus pragmatique. En dotant son MacBook Pro d’un écran OLED, une technologie elle aussi, déjà présente depuis plusieurs années chez les concurrents, Apple doit composer avec le capteur tactile intégré à la dalle qu’elle a choisi. Autant l’utiliser et, dans le même temps, présenter cela comme quelque chose d’incroyable.

Pourquoi ça n’a aucun sens

Quiconque utilise un PC Windows avec écran tactile (c’est mon cas) vous le dira : c’est sympa, mais inutile. Certes, ça peut être pratique pour faire défiler une page web ou mettre une vidéo en pause, mais c’est tout. Un ordinateur classique (donc ni détachable ni convertible) n’a pas vraiment de plus-value à intégrer le tactile, d’autant que son utilisation est vite fatigante sur une dalle verticale. Sur ce point, Steve Jobs avait raison. Les utilisateurs en ont d’ailleurs conscience, puisque selon les chiffres IDC (via CNN), les ventes de PC portables tactiles ne représentent que 16,3 % de parts de marché.

Macbook (5)
© Apple

Apple est pourtant tombé dans le piège classique : privilégier la technologie à l’usage. Le MacBook Pro est… un MacBook Pro. Ce n’est ni un deux-en-un, ni un convertible : son écran ne pivote pas autour du clavier et ne se détache pas. Plus encore, macOS Golden Gate n’a pas été pensé pour un tel usage. Si les premiers retours des journalistes sur place évoquent une utilisation efficace, beaucoup s’accordent pour dire que cela ne change pas la donne. Apple présente le tactile comme un moyen d’aider les développeurs à créer leurs applications. Une utilisation qui a du sens, présentée ainsi, mais ça semble s’arrêter là. L’utilisateur « lambda » n’y trouvera rien d’incroyable et, on l’imagine, oubliera même rapidement la présence de cette fonctionnalité.

En réalité, la véritable innovation qu’Apple devrait mettre en avant, c’est l’intégration d’une dalle OLED. Enfin, aurait-on envie de dire ! Auparavant, les MacBook Pro misaient sur des dalles Mini-LED, qui ont aussi de grandes qualités. En passant à l’OLED, Apple améliore un peu sa formule… et se met au même niveau que la concurrence. Rappelons que l’OLED sur PC est désormais démocratisé. C’est Asus qui, en 2021, avait donné l’impulsion en généralisant cette technologie sur ses ordinateurs. Aujourd’hui, tous les constructeurs s’y sont mis et un PC portable sans écran OLED, c’est soit un PC d’entrée de gamme, soit une anomalie. Là encore, voir Apple employer le terme de « révolution » laisse songeur.

Nous testerons prochainement le MacBook Pro tactile dans nos colonnes.

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