Passer au contenu

Édito : GTA 6 ne sortira pas en version physique, voici pourquoi c’est un problème

GTA 6 arrive le 19 novembre prochain. S’il sera possible d’acheter la boîte, celle-ci ne contiendra pas de Blu-ray, mais un code à télécharger. Un choix regrettable, voici pourquoi.

GTA 6 est le jeu le plus attendu de la décennie. Rockstar vient d’ouvrir les précommandes et il est désormais possible de l’acheter en deux versions : Standard (80 euros) et Ultime (100 euros). Si le tarif s’avère finalement cohérent pour un AAA (venant éteindre nos craintes), c’est un autre fait qui attire la colère des joueurs : l’absence de version physique.

C’est un souci qui pose plusieurs questions sur le média : quid de la préservation des jeux dans le temps ? Plus encore, est-ce que le titre appartiendra réellement au joueur qui a déboursé 80 euros pour une boîte vide ? On décortique tout ça.

Qu’est-ce qu’on est serré, au fond de cette boîte

Nous sommes le 19 novembre 2026. Vous vous rendez dans le magasin de jeux vidéo le plus proche de chez vous pour vous procurer GTA 6. Vous avez en effet envie de mettre la boîte dans votre bibliothèque, un nouveau trophée à votre tableau de chasse vidéoludique. Elle sera si belle à côté de celles de GTA 5 et de Red Dead Redemption 2 ! Vous avez la certitude qu’avec une édition physique, le jeu vous appartient vraiment. Vous adorez la sensation du plastique sous vos doigts, l’odeur qui émane de la boîte à l’ouverture, vous aimez prendre le temps de lire son verso… Un rituel quasi sacré pour les vieux joueurs. Une fois votre sésame en main, vous rentrez chez vous et vous ouvrez finalement cette boîte tant attendue. Surprise : elle est vide. À la place du Blu-ray, un simple code de téléchargement.

Precommandes Gta 6
© Presse-citron.net

Voici une histoire qui devrait forcément arriver lors de la sortie de GTA 6. Rockstar va vendre son jeu sur les boutiques en ligne, mais aussi en physique. Le souci, c’est que cette dernière ne sera qu’une version dématérialisée déguisée, sans jeu « en dur » à l’intérieur. Il faudra donc utiliser le code et le télécharger, et tant pis si vous avez une connexion en mousse.

Pour beaucoup, cette absence de disque n’est pas un détail. Selon le dernier rapport du SELL, la vente de jeux en boîte est certes en déclin, mais représente encore 44 % des ventes en France (30% en Europe). De fait, l’éditeur Take-Two montre son dédain envers cette clientèle. Plus encore, cela va à l’encontre d’une politique de préservation du jeu vidéo.

Le souci de la préservation

En 2026, j’ai la possibilité de lancer GTA Vice City (2002) sur ma vieille PS2 et d’y jouer quand je le désire. En 2050, aurai-je la possibilité de lancer mon GTA 6 comme je l’entends ? Là est la grande question.

Capture D’écran 2026 06 25 080320
GTA Vice City (2002) © Rockstar

Que se passerait-il si, pour une raison ou pour une autre, les boutiques en ligne sur lesquelles se trouve le jeu fermaient leurs portes ? Si Rockstar décidait de clôturer les serveurs ou de ne plus distribuer de nouveaux codes une fois l’exploitation du jeu terminée ? GTA 6 tomberait dans l’oubli, tout simplement. Eh oui, avec un code à usage unique, pas de présence sur le marché de l’occasion, synonyme de seconde vie pour de nombreux titres.

Gta (4)
© Rockstar

À l’heure où nous écrivons ces lignes, cette possibilité tient davantage de la science-fiction qu’autre chose, évidemment. Cependant, l’histoire du jeu vidéo nous a déjà enseigné les dangers du dématérialisé en matière de préservation. Bien des titres ont totalement disparu faute de conservation.

Les joueurs de MMO connaissent bien ce souci. Les vieux titres qui n’attirent plus les foules sont tout simplement débranchés, et donc injouables (sauf via des serveurs privés). On peut parler de Warhammer Online (2008), Star Wars Galaxies (2003) ou encore WildStar (2014). Ce problème ne s’arrête pas aux jeux de niche pour PCistes. Il y a quelques années, Ubisoft avait par exemple fermé les serveurs du jeu The Crew, qui disposait pourtant d’un mode solo scénarisé. Il a ensuite été supprimé des bibliothèques des joueurs, sans autre forme de procès. Concord (2024) et Highguard (2026) sont d’autres exemples récents. Certes, nous parlons de jeux qui ont été des échecs commerciaux, mais ils restent le fruit d’un dur labeur, du travail acharné de centaines de développeurs pendant plusieurs années. Aujourd’hui, tous leurs efforts sont tombés dans l’oubli et il est impossible de ne serait-ce que d’y jeter un œil.

The Crew
The Crew © Ubisoft

Il y a quelques jours, la Commission européenne s’est penchée sur la question. Elle a malheureusement dû avouer son impuissance : les jeux sont des propriétés privées et les éditeurs ont droit de vie ou de mort sur eux. Nous n’achetons pas nos jeux ; nous ne faisons que louer le droit de les lancer.

Peut-on éviter cette situation avec le support physique ? Oui, mais pas totalement. Un DVD ou un Blu-ray ne garantit pas une conservation éternelle, mais c’est une solution qui reste viable. Une étude canadienne de 2017 évoque une préservation des données pouvant atteindre 200 ans dans le meilleur des cas, soit dans des conditions optimales (gestion parfaite de la lumière, de la température et du taux d’humidité). Mais la plupart des supports se détériorent en quelques décennies dans des conditions de stockage plus classiques. De plus, 8 % perdent leurs données au bout d’un an seulement. Cela dépend aussi de la qualité de fabrication du support, bien sûr, mais cela donne une idée globale de la difficulté à conserver nos jeux. Dans l’ensemble, on peut quand même espérer vieillir avec eux, ou du moins les garder une bonne partie de notre vie.

Il faut ajouter à cela la gestion des patchs day one ou des mises à jour majeures. Les jeux évoluent aujourd’hui, et ce à une vitesse folle. Le GTA 6 du 19 novembre 2026 ne sera pas forcément le même que le GTA 6 du 1er janvier 2027, amélioré à coups de correctifs.

Gta6 (7)
© Rockstar

Enfin, les DRM sont également un problème. Même avec un disque, un éditeur peut demander une connexion à ses serveurs pour s’assurer que vous n’avez pas piraté sa création. Sans connexion, pas de jeu. Sans support de l’éditeur (qui peut abandonner un vieux titre), on peut se gratter aussi. Des pratiques répandues dans l’industrie, mais aussi pointées du doigt par les joueurs. Qui a envie d’être fliqué alors qu’il a respecté les règles ? La plateforme GOG en a fait un argument de vente : une boutique certes dématérialisée, mais où tous les jeux achetés peuvent être stockés sans DRM sur votre PC ou votre disque dur externe.

Le dématérialisé a ses avantages

Le dématérialisé n’est pas le grand Satan du jeu vidéo. Ce support dispose de nombreux avantages. Il a permis l’émergence de solutions saluées par les joueurs, comme les boutiques en ligne. C’est Valve, avec sa boutique Steam, qui a démocratisé la chose dans le courant des années 2000. Ajoutons que le dématérialisé a aussi apporté de la visibilité à un autre pan du gaming : la scène indépendante. Produire un jeu physique coûte cher. Il faut concevoir la boîte, acheter le matériel, presser les Blu-ray en usine, distribuer les copies… Des coûts qui disparaissent sur une distribution en ligne et qui ont permis à de petits développeurs de connaître le succès.

On ne peut pas dire que Rockstar soit un petit développeur. On ne peut donc pas brandir l’argument de la réduction des coûts, surtout quand les boîtes (vides) sont distribuées aux quatre coins du monde. Alors pourquoi un tel choix ? Cela pourrait être dû à la taille du jeu, qui ne pourrait finalement pas tenir sur un, deux ou même trois Blu-ray. La volonté de contrôler la circulation de toutes les copies, en annihilant le marché de l’occasion, est aussi une raison suffisante. Après tout, un jeu de seconde main ne lui rapporte pas d’argent, alors autant forcer les joueurs à acheter neuf. Ce sont des arguments qui restent durs à entendre venant d’un tel mastodonte qui n’a pas forcément besoin de finasser avec de telles méthodes pour être rentable. L’absence de version physique est un vrai problème, pour les collectionneurs, pour les défenseurs de la préservation, pour ceux qui n’ont pas une bonne connexion Internet ou tout simplement pour ceux qui veulent jouer à prix réduit via l’occasion. Carton rouge pour Rockstar, donc.

Gta6 (2)
© Rockstar

Les choses auraient-elles vraiment été différentes avec un bon vieux disque des familles ? Rien n’est moins sûr. La question des DRM et des patchs successifs n’aurait pas facilité l’affaire, nous l’avons vu. Pourrai-je jouer à GTA 6 en 2050 ? Si le jeu est un succès (ce qu’il sera) il y a de fortes chances que ce soit le cas : sur PS8, sur la Xbox du moment ou sur PC avec ma RTX 15080. Mais ce ne sera vrai que si Rockstar continue de le rendre accessible sur les boutiques en ligne. C’est le studio, le maître du jeu. Nous, nous ne faisons que louer le droit d’y jouer.

En cela, l’absence d’une véritable version physique, sans DRM ni obligation de connexion, est regrettable pour un projet de cette ampleur.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.