L’iPhone est devenu chiant. Calmez-vous les fanboys, tout argument visant à prouver le contraire sera jugé irrecevable. Je répète donc : l’iPhone est devenu chiant. À tel point que le cycle de remplacement s’est largement allongé depuis quelques années. Finie l’époque des longues files d’attente devant les Apple Store pour s’offrir le dernier joujou d’Apple. Désormais, les utilisateurs attendent la fin de vie de leur téléphone pour en changer.
D’aucuns diront que l’on peut aussi faire ce constat chez la concurrence. Il est vrai que Samsung et consorts ne proposent pas non plus de franches évolutions matérielles sur leurs modèles ultra-premium. Mais au moins, eux continuent d’innover : avec des modèles pliants qui commencent sérieusement à devenir crédibles, mais surtout avec l’intégration de l’IA un peu partout dans leur OS.
Tiens, puisque l’on parle d’IA. Souvenez-vous des belles promesses d’Apple début 2024. Après le flop du Vision Pro (et je pèse mes mots) et l’abandon de l’Apple Car (qui a tout de même coûté des milliards en recherche et développement), l’entreprise se devait de montrer aux yeux du monde sa vision de l’IA. Les vidéos de démonstration de la WWDC 2024 (la grand messe des développeurs) ont remis des étoiles plein les yeux aux fanboys (rassurez-vous, à eux seulement). Les autres “attendaient de voir”.
Un an après la WWDC, l’Apple Intelligence que l’on trouve sur les iPhone est bien loin de celle présenté l’an dernier. Déployée dans certains pays seulement, l’IA d’Apple s’est perdue en chemin. Les fonctionnalités disponibles existaient déjà chez ses rivaux il y a deux ans. Pire, les smartphone premium sous Android accueilleront tous cette année un véritable assistant capable de se substituer à l’utilisateur dans les tâches les plus chronophages. Pendant ce temps, Apple repousse inexorablement son Siri nouvelle génération. À l’heure où nous écrivons ces lignes, il n’arrivera qu’en 2026. Et encore, pas pour tout le monde.
“Oui, mais tout ça c’est à cause de l’Europe !”. Calmez-vous encore les fanboys : si Apple a en effet tenté de mettre son retard sur le dos de l’UE, les récents évènements démontrent que les institutions européennes, aussi contraignantes soient-elles, ne sont pas la seule raison du retard. Sauf erreur de ma part, les règles européennes ne s’appliquent pas aux Etats-Unis, pourtant Apple Intelligence se limite à créer des émojis avec des prompts ou effacer (très mal) des éléments d’une photo. Tout cela existe chez les concurrents depuis belle lurette (et en plus ils le font bien).
Apple aurait-il perdu de sa superbe ? Sans doute pour les fans de nouvelles technologies, mais pas pour le grand public.
L’iPhone est ennuyeux, mais c’est ok
Car si l’on regarde les chiffres de plus près, les consommateurs ne semblent pas dérangés plus que cela par le patinage non artistique des iPhone. Si l’on en croit les chiffres de Dan Morgan, du cabinet d’analyse Synovus, compilés par Business Insider, les ventes d’iPhone se maintiennent à un niveau élevé depuis 2014 (autour des 250 millions d’unités écoulées par an). Une performance qu’Apple devrait reproduire en 2025 selon les prévisions des analystes.
Ainsi, le parc d’iPhone actifs dans le monde se maintient à 1,5 milliard d’unités, dont 300 millions ne sont pas renouvelés depuis plus de quatre ans. Dans la mesure où le cycle de vie s’établit désormais à 38 mois environ, il est fort probable que la majorité de ces iPhone soient renouvelés cette année. Pas de quoi s’inquiéter donc à Cupertino : l’iPhone 17 pourra être le même que le 16, lui même identique au 15, lui-même similaire au 14… Vous avez compris la chanson.
En 2025, l’innovation technique n’est plus vraiment un argument de vente. « L’idée de passer un temps fou à essayer de deviner combien d’iPhone X ou autre seront vendus sur une période de trois mois, pour moi, ça passe complètement à côté de l’essentiel » expliquait Warren Buffet en 2018. Le milliardaire adore Apple. Il continue d’ailleurs d’y investir des millions de dollars chaque année. Mais il l’adore pour des raisons différentes des technophiles.
Pour lui, Apple est un investissement sûr, une entreprise ennuyeuse mais rentable comme peut l’être Coca-Cola (Steve Jobs aurait apprécié). Elle l’est parce qu’elle continue d’écouler des tonnes de palettes d’iPhone partout dans le monde. Mais pourquoi tant de succès malgré ce manque cruel d’innovation ? Tout doux encore les fanboys : citez-moi une innovation marquante sur les cinq dernières générations d’iPhone en dehors d’une petite gélule (pompée chez Honor) au dessus de l’écran dont tout le monde se fiche ?
Relation toxique ?

Et si nous, journalistes, influenceurs, créateurs de contenus et geeks, nous nous trompions ? Et si Apple n’avait tout bonnement pas besoin d’innover pour continuer à vendre son produit phare ? Et si le grand public se fichait complètement de l’IA, du format pliant et de toutes ces petites choses que nous, technophiles, adorons ? Les chiffres semblent aller en ce sens. Samsung nous confiait en effet que les fonctionnalités IA des Galaxy S24 n’étaient utilisées que par 20% des propriétaires de smartphones compatibles. Le pliant ? Les ventes ne décollent pas en Occident malgré un tarif en baisse et un marketing bien huilé.
« L’iPhone il a changé » dirait notre Kyky national. Mais il se tromperait : c’est notre rapport au smartphone qui a évolué. Aujourd’hui, l’iPhone s’est tellement invité dans notre quotidien qu’il est devenu normal. « De l’électricité. De l’eau. Un iPhone. Voilà les ingrédients essentiels de la vie moderne. Sans eux, les choses peuvent vite devenir difficiles » écrit très justement Alistair Barr dans Business Insider.
L’iPhone fait maintenant partie intégrante de nos vies. Comme dans une relation de couple, la passion des premières années, nourrie par un renouveau régulier, a laissé place à une certaine routine. L’iPhone s’entretient pour continuer à plaire à son soupirant, sans artifices, mais par petites touches. L’iPhone est fluide, il ne crée pas de conflit, fonctionne toujours très simplement, et rend service quand on lui demande. À première vue, il est donc bel et bien chiant. Mais n’est-ce pas simplement l’évolution logique d’une relation à long terme ? Un truc grisant mais quand même plan-plan ?
Certains ont sans doute songé à aller voir ailleurs. C’est humain. Selon une étude de Consumer Intelligence Research Partners, seulement 4% des propriétaires d’iPhone se sont laissés tenter par une aventure avec un Roméo sous Android. Une infime partie des utilisateurs d’iPhone donc, les réticents étant figés par « la peur de la complexité à basculer ». À moins que la relation qu’ils entretiennent avec leur iPhone ne soit pas saine…
L’iPhone on l’aime ou on le quitte ? Pas vraiment. Apple a réussi à mettre ses utilisateurs sous emprise : en rendant l’utilisation simple et en enfermant les utilisateurs dans une prison dorée un écosystème. À moins qu’il ne s’agisse de la force de l’habitude. Ou alors un peu tout cela. Puisqu’on ne sait jamais vraiment si l’herbe est plus verte ailleurs, on s’enracine dans cette relation toxique. Mais jusqu’à quand ?
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