Etsy : un changement d’économie mondiale «fait main»

La mission d’Etsy ? « donner les outils à ceux qui veulent changer la façon dont fonctionne l’économie mondiale.»

Etsy se présente très modestement comme le site où «acheter et vendre du fait main, du vintage et des fournitures créatives». Mis en relation par Olivier Gremillon au terme de notre interview sur Airbnb, je n’ai pu que dissimuler ma relative méconnaissance de la start-up.

La découverte de leur site m’a fait pourtant vite comprendre que derrière les aspects modestes d’Etsy, il y avait une ambition phénoménale. En effet, Etsy nous explique que leur « mission est de donner les outils à ceux qui veulent changer la façon dont fonctionne l’économie mondiale

Me voici donc en route pour poursuivre mon tour des start-ups américaines implantées en France dans le cadre de la rubrique «Start-Up Way of Life».

Pour poursuivre dans la continuité de cette rubrique, je souhaitais découvrir les bureaux français d’Etsy. Il s’est révélé que la start-up n’avait pas encore de locaux à Paris, l’équipe s’organise donc en télétravail et ne se retrouve pour l’instant qu’une fois par semaine.

Stéphanie Tramicheck (Country Manager France) & Bérangère Lebon (Attachée de presse) m’attendaient donc dans un café pour me parler de mode, de vintage, de changer le monde, et de blogging. Parce que Stéphanie Tramicheck connaît bien l’univers des blogs pour avoir ouvert «Détournements de mode» en 2004 (c’est à dire 1 an avant le lancement de Presse-Citron).

Lorsque les journalistes s’intéressaient à ce phénomène étrange qu’est le blogging… ils allaient voir Loic LeMeur avant de chercher son équivalent féminin : à l’époque il n’y avait que Stéphanie.

Sortie de l’école d’ingénieur Télécom ParisTech, elle a eu une première carrière dans le marketing pour de grands groupes de télécommunication. Elle a profité d’un mi-temps pour lancer en même temps son blog qui est vite devenu une entreprise lorsqu’elle a vu l’importante demande sur ce marché de la customisation.

En Septembre 2005, Détournements de Mode se décline également sous la forme d’un magazine semestriel alors que Stéphanie est aussi demandée par de grands noms tels que Levis ou Colette pour réaliser leurs communications.

Et alors que Détournements de Mode continuait de prendre de l’ampleur, la jeune femme a décidé de lancer Détournements de Créateurs, un site qu’elle présente explicitement comme un copycat d’Etsy avec une offre légèrement différente puisque se concentrant sur le fait de rendre accessible des produits de luxe de bonne facture.

Pour cette entreprise plus ambitieuse que ses précédentes, elle avait besoin de financement. Les discussions avec un investisseur étaient bien avancées lorsque le crash de la bulle internet intervint en Octobre 2008.

Stéphanie aura tenu 9 mois sans financement.

Elle dût alors se résoudre à abandonner Détournements de Créateurs.

Mais le hasard fait parfois bien les choses puisque Etsy commençait à réfléchir à son expansion européenne.

 

Etsy France

Si la start-up n’a pas encore de bureaux en France (prévu pour début 2013 au plus tard), elle a déjà une équipe de 5 personnes ultra-motivées.

Stéphanie s’est donc entourée d’une personne pour la communication, d’une community manager, d’une personne chargée de l’événementiel et enfin d’une responsable de l’éducation des vendeurs. Uniquement des gens qui ont la fibre Etsy, qui faisaient parti de la communauté en tant que vendeurs ou acheteurs… ou qui partagent au moins les valeurs de la société.

Cela se vérifie avec Bérangère Lebon à la communication. Elle me raconte avoir réalisé un stage dans une grosse boîte de RP où elle s’occupait de la communication pour des marques de nourriture et de beauté. Des marques qui ne parlaient pas énormément à Bérangère qui est végétarienne, mange bio et ramasse des meubles dans la rue pour les retaper à la mode vintage.

C’est ainsi qu’elle a sauté sur l’occasion pour répondre à une annonce diffusée par le compte Twitter @EtsyFR, envoyant son CV dans la journée en prouvant ce que Stéphanie Tramicheck a appelé «la plus grande motivation jamais vue».

Depuis, Bérangère ne regrette pas un seul instant passé au service de la communauté Etsy. Elle ressent ce contact comme une bouffée d’amour, se souvenant des nombreux événements où les utilisateurs enthousiastes lui expriment combien le service est important pour eux : «heureusement que vous êtes là» étant une phrase récurrente.

Elle ressent véritablement qu’elle aide à changer la vie de beaucoup de monde avec un petit nombre de personnes qui arrivent même à quitter leur boulot pour vivre de leur marque de fait main.

Le fait est qu’Etsy privilégie énormément leur relation avec les créateurs, leur offrant tous les outils pour savoir comment bien vendre, comment faire sa promotion, comment créer son entreprise.

Puisque Etsy est conscient que les créateurs ne sont pas forcément de très bons vendeurs, la start-up souhaite leur offrir toutes les clefs pour réussir notamment au travers de newsletter et d’événements physiques.

Etsy n’est pas un site de e-commerce… qui serait devenu communautaire. Etsy est une communauté qui vend.

Et cette communauté a une forte identité. Elle souhaite revenir aux fondamentaux de la consommation puisqu’elle pense qu’il y a une absurdité dans le développement de notre économie.

Auparavant, il n’y avait pas de prêt à porter et vous alliez chez une couturière qui allait réaliser votre robe. Vous étiez en contact direct avec l’agriculteur qui élevait et récoltait vos futurs aliments.

Aujourd’hui vous achetez à quelqu’un que vous ne connaissez pas, des produits qui ont connu de nombreux intermédiaires. Pour Etsy, développer l’économie de demain, c’est développer l’ancienne économie, retourner à une consommation plus raisonnée où des micro-business vont relier deux humains.

Et malgré ses 800.000 vendeurs pour 14 millions de membres, Etsy espère n’être que l’un des précurseurs de cette nouvelle économie plus humaine.

 Le logo de la rubrique « Start-up Way of Life » a été réalisé par Vincent Vuillaume.


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7 commentaires

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  3. Des fois, vous me faites franchement peur, quand même… Une petite start-up méconnue ? Etsy a été lancé en 2005, et comptait déjà 60 salariée en 2009. Mais ce n’est pas un site pour geeks, alors forcément, inconnu au bataillon… et DaWanda, le concurrent allemand qui cible l’Europe, vous ne connaissez pas non plus ?
    http://en.wikipedia.org/wiki/Etsy

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