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Étude : comment l’instabilité politique affecte l’industrie française

Les résultats des élections de 2024 ont influencé les décisions de 64 % des entreprises.

Une étude menée par la place de marché en ligne pour les travailleurs indépendants Fiverr, en collaboration avec Censuswide, révèle que 34 % des entreprises s’inquiètent de l’instabilité politique en France. Certaines d’entre elles assurent même que cela a un impact direct sur leurs prises de décision.

Les industries dites « cycliques » sont les plus touchées

Le mercredi 4 décembre, le Parlement a voté une motion de censure afin de renverser le gouvernement de Michel Barnier. Une initiative qui a plongé le pays dans un climat d’instabilité politique encore plus prononcé, après la dissolution de l’Assemblée nationale en juin dernier.

Alors que le président tarde encore à nommer un Premier ministre, il reste essentiel de mettre la situation en perspective. « L’instabilité en France est quand même cadrée par des institutions », remarque Franck Thomas, responsable France chez Fiverr, dans un entretien accordé à Presse-citron. D’autres pays sont, eux, plongés dans une situation beaucoup plus préoccupante.

Malgré tout, le climat actuel influe directement certaines sociétés, pesant sur leurs décisions d’investissement et de gestion des ressources pour l’année à venir. Cela se traduit par des mesures budgétaires marquées par la prudence. « Il s’agit de savoir comment on peut anticiper ou non, retarder des décisions, mais surtout se rendre flexible, aussi bien dans les moments positifs que négatifs. Si les choses se déroulent mieux que prévu, il faut pouvoir saisir l’opportunité, prendre le temps en marche. À l’inverse, en cas de difficulté ou d’instabilité prolongée qui retarde les projets, la question est de comprendre comment adapter son activité pour rester réactif », analyse l’expert.

Les répercussions sont plus notables dans des secteurs comme le juridique et le manufacturier, des industries cycliques. « Tout ce qui relève du contractuel et du juridique suit une dynamique cyclique : cela se développe et se complexifie proportionnellement à la croissance de l’activité, mais devient rapidement vulnérable dès lors qu’un accident économique survient », poursuit-il.

Même son de cloche pour la manufacture. « L’investissement manufacturier relève d’une vision prospective. Un industriel qui s’engage cherche à anticiper des conditions stables, tant pour ses intrants que pour sa production. Or, aujourd’hui, le niveau d’incertitude semble trop élevé pour permettre la prise de décisions fermes », étaye Franck Thomas.

Les élections législatives ont influencé les entreprises

L’étude a également dévoilé que les résultats des élections de 2024 influençaient les décisions de 64 % des entreprises sondées, et ce de manière significative pour 22 % d’entre elles. Un chiffre qui grimpe à 82 % pour les sociétés évoluant dans les secteurs de la vente, des médias et du marketing. « Dès qu’il y a une incertitude sur le pouvoir d’achat, la vente en pâtit », commente le dirigeant.

« Pour une entreprise, les investissements médias représentent le poste le plus modulable : on peut facilement les réduire ou les augmenter. Leur effet de rémanence permet de maintenir une certaine visibilité même après une coupe, sans impact immédiat significatif sur la notoriété. Qui plus est, en période d’investissement décalé et sans nouvelle sortie produit, l’entreprise a naturellement moins de communications à produire », argumente-t-il.

Ceci est d’autant plus pertinent concernant l’automobile, l’industrie étant une importante acheteuse de tels supports. En Europe, elle traverse une période quelque peu mouvementée.

Le climat est également difficile pour les startups

Certaines filières sont en revanche épargnées, à l’instar du développement logiciel. Ces services promettent en effet aux entreprises des gains de productivité décisifs, leur permettant de continuer à croître même dans un environnement économique atone ou légèrement en déclin. En proposant des solutions qui optimisent la performance et réduisent les coûts, ces services deviennent des alliés stratégiques pour les firmes cherchant à maintenir leur compétitivité.

Toutefois, certaines startups sont elles aussi affectées par la situation, notamment celles qui sont à la recherche de fonds, les incertitudes quant à la loi des finances 2025 ne faisant qu’empirer cette dynamique.

Deux stratégies se présentent alors à elles. « La première consiste à flexibiliser sa structure avant d’être confronté à des difficultés : recours à des freelances, constitution d’une trésorerie adaptable permettant de déployer ou non certaines ressources selon les circonstances », l’objectif est de se donner les moyens de réagir rapidement sans compromettre la stabilité globale de l’entreprise, élabore Franck Thomas, avant de poursuivre, « la seconde approche vise à développer des capacités d’absorption des variations, qu’elles soient positives ou négatives ».

La hausse des coûts énergétiques s’avère plus influente

Mais si l’instabilité économique constitue un frein pour certaines entreprises, d’autres facteurs, encore plus profonds, entrent en jeu. Ainsi, l’inflation reste le premier sujet de préoccupation pour 52 % des entreprises, d’après l’étude, tandis que 36 % des répondants font part de craintes concernant la situation économique globale. La hausse des coûts énergétiques représente « un multiplicateur beaucoup plus élevé que l’instabilité politique », estime le spécialiste. Elle joue même un rôle déterminant dans la perte de compétitivité de l’industrie européenne.

Globalement, 50 % des entreprises s’attendent à une croissance d’activité en 2025, mais seulement 12 % des répondants prévoient une hausse significative. Ce sont les secteurs de la finance et des technologies, traditionnellement résilients, qui affichent les prévisions les plus optimistes en termes de rentabilité.

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