Les avancées de l’intelligence artificielle (IA) ne transforment pas que la santé, la finance ou l’industrie. Elles s’invitent aussi dans l’éducation, un terrain où les inégalités se jouent dès les premières années d’école. Fondée en 2017, la startup française EvidenceB en a fait son cœur de métier, et les résultats d’un test qu’elle a récemment mené sont sans appel : ses outils d’apprentissage adaptatif peuvent donner un sérieux coup de pouce aux élèves en difficulté. Un véritable espoir dans la lutte contre le décrochage scolaire.
Les inégalités apparaissent très tôt
Tout le monde n’arrive pas à l’école avec les mêmes chances. Les origine sociales, culturelles ou familiales pèsent lourd sur la réussite scolaire. Une dynamique que l’on peut particulièrement observer en mathématiques : « Dès le CP, les filles commencent à décrocher en maths, alors qu’en maternelle elles réussissaient tout aussi bien que les garçons », explique Catherine de Vulpillières, cofondatrice d’EvidenceB, dans un entretien accordé à Presse-citron.
Les causes sont multiples : manque de confiance, stéréotypes véhiculés parfois inconsciemment par les parents ou les enseignants, pression sociale… Résultat, dès le CM1, les filles partent déjà avec un handicap.
C’est dans ce contexte qu’EvidenceB a conçu Adaptiv’Math+, un outil qui combine sciences cognitives et intelligence artificielle pour personnaliser les parcours d’apprentissage. Concrètement, chaque élève commence par un test initial qui détermine son niveau, puis l’algorithme propose « le bon exercice au bon moment ». Objectif : maintenir les élèves dans une zone de réussite autour de 70 à 75 %, afin de nourrir leur motivation sans jamais les laisser décrocher.
L’application couvre quatre grands domaines : le sens du nombre, la résolution de problèmes avec les quatre opérations, les grandeurs et mesures, et les fractions. Chaque module comporte entre 500 et 3 000 exercices, tous conçus en partenariat avec des enseignants et documentés par la recherche scientifique.
« Nous ne faisons pas de génération automatique de contenus », insiste Catherine de Vulpillières. « Tous les exercices sont construits et validés avec des chercheurs, pour coller à ce que l’on sait du fonctionnement du cerveau et de la manière dont il apprend », poursuit-elle.

Des résultats frappants
Pour mesurer l’impact concret d’Adaptiv’Math+, EvidenceB a mené une étude de grande ampleur sur plus de 500 élèves de CM1 et CM2, répartis dans une quarantaine de classes issues de 12 académies. Le protocole utilisé est celui d’un essai randomisé contrôlé (RCT), habituellement réservé aux sciences médicales : une moitié des classes a utilisé l’outil, l’autre a suivi un enseignement classique.
Et les résultats sont spectaculaires. Tous les élèves utilisant Adaptiv’Math+ ont progressé deux fois plus vite que le groupe témoin sur les tests standardisés. Mais c’est surtout du côté des filles que l’écart est saisissant, car elles ont avancé quatre fois plus vite que les garçons.
Comment l’expliquer ? « Les filles partaient de plus bas, ce qui accentue mécaniquement l’effet rattrapage, mais pas seulement. L’outil les met dans une dynamique de réussite progressive qui redonne confiance. Or le manque de confiance est l’un des freins majeurs en mathématiques », analyse la cofondatrice, autrefois enseignante.
Autre point notable de l’étude, les élèves les plus faibles progressent davantage que les meilleurs. Sans forcément rattraper totalement leur retard, ils franchissent plus d’étapes et gagnent en assurance. Une dynamique précieuse pour prévenir le décrochage scolaire. « Ce que nous voyons, c’est que les micro-réussites répétées maintiennent l’élève dans un cercle vertueux : il progresse, il reprend confiance, et il a envie de continuer », résume Catherine de Vulpillières.
Des ambitions au-delà des mathématiques
Si l’expérimentation s’est concentrée sur les fractions, un chapitre notoirement difficile, EvidenceB a décliné sa méthode sur d’autres matières. L’entreprise a conçu 24 modules au total, dont 16 en français, toujours en travaillant main dans la main avec des laboratoires de recherche et des enseignants.
Là encore, le constat est le même. Les élèves les plus en difficulté progressent plus vite, notamment parce que la personnalisation empêche le découragement. « La langue, par exemple, peut devenir un plafond de verre pour des élèves issus de milieux modestes. Avec un accompagnement progressif et intuitif, on peut réduire ces écarts », note la dirigeante
La startup a déjà convaincu le ministère de l’Éducation nationale, qui a généralisé MIA Seconde, un outil de remédiation en maths et français, à l’ensemble des 800 000 élèves de seconde en France. Une preuve que ces technologies peuvent changer d’échelle et s’ancrer durablement dans le système éducatif.
« Notre objectif est clair : qu’aucun élève ne décroche à cause de lacunes sur les fondamentaux. C’est une mission qui dépasse la seule question des maths, elle touche à l’égalité des chances dans la société », affirme-t-elle. D’ailleurs, toutes les écoles qui s’inscrivent avant la fin septembre peuvent utiliser Adaptiv’Math+ gratuitement pendant un an.

Une IA au service de l’enseignant
Catherine de Vulpillières le souligne : l’intelligence artificielle d’EvidenceB n’est pas générative. Concrètement, elle ne fabrique pas de nouveaux contenus à la volée, mais s’appuie sur des exercices conçus et validés scientifiquement. L’algorithme ajuste simplement le parcours de chaque élève.
« Il y a parfois une confusion avec ChatGPT ou d’autres IA génératives, mais nous sommes dans une démarche très différente, beaucoup plus modeste et rigoureuse. Notre IA ne remplace pas l’enseignant, elle lui donne des outils pour différencier sa pédagogie », étaye-t-elle. Les professeurs disposent en effet de tableaux de bord détaillés pour suivre les progrès de leurs élèves, identifier les blocages, ou encore constituer des groupes de travail ciblés selon leurs niveaux. Ils peuvent même créer des « playlists » d’exercices adaptés pour revoir un point avec un petit groupe spécifique.
Un gain de temps considérable, alors que la correction et la différenciation manuelle sont souvent des tâches lourdes. « Avec 10 000 élèves connectés en même temps, il n’y en a pas deux qui suivent exactement le même parcours. C’est tout simplement impossible à gérer sans un outil comme celui-ci », précise l’ancienne enseignante.
La réception des professeurs, elle, est loin d’être décourageante. Prudents au départ, ils ont des retours positifs une fois les usages clarifiés. « Tant que l’on montre que l’enseignant garde la main, qu’il peut tout voir et tout ajuster, l’accueil est très favorable. Parce que cela répond à un besoin réel, celui de faire réussir chaque élève », affirme Catherine de Vulpillières. Ainsi, EvidenceB illustre comment l’intelligence artificielle peut contribuer à réduire les écarts scolaires et à prévenir le décrochage. Non pas en se substituant aux enseignants, mais en leur fournissant des outils puissants pour mieux accompagner chaque élève.
« Quand un enfant sort de primaire avec 4 de moyenne en maths, c’est un échec de la société. L’IA ne résoudra pas tout, mais elle peut clairement changer la donne en donnant à chacun les moyens de progresser », conclut l’experte.
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