Décrire simplement QAnon devient compliqué tant celle théorie conspirationniste, partie du forum 4Chan en 2017, a tendance à se diversifier. La principale idée à retenir est qu’une vaste organisation criminelle pédophile sataniste est sur le point d’être arrêtée. Elle comprendrait des personnalités très influentes de la gauche américaine telles que Barack Obama ou Hillary Clinton, mais aussi des stars d’Hollywood et des médias.
Depuis, l’histoire a pris beaucoup d’ampleur et elle englobe des thèmes d’actualité liés aux vaccins, au port du masque, et à Bill Gates. Lancé aux États-Unis, le mouvement a essaimé un peu partout dans le monde et il inquiète de par les répercussions qu’il a déjà entraîné dans le monde réel. Le FBI a même classé Qanon parmi les groupes représentant un risque de violence et de terrorisme domestique.
Ces derniers mois, la pression s’est donc accentuée sur les réseaux sociaux accusés de ne pas en faire assez contre cette théorie complotiste. Facebook a réagi en bannissant QAnon de ses services et YouTube a dans la foulée décidé de faire de même. Sur Twitter, la modération s’exerce aussi mais elle est moins sévère. Les sympathisants ne sont sanctionnés que lorsqu’ils enfreignent le règlement de la plateforme.
Tapis rouge pour QAnon
Face à cette nouvelle donne, les soutiens de QAnon ont dû se réorganiser à vitesse grand V. Certains ont tenté de passer entre les mailles du filet en intégrant des groupes de communautés locales sur Facebook mais ils ont très vite été rattrapés par la patrouille. Dès lors, la plupart ont rejoint des réseaux sociaux bien moins regardants sur la modération.
On a beaucoup évoqué le cas de Parler, le site proche des républicains dont la popularité a explosé dans la foulée de l’élection présidentielle américaine. On parle en revanche moins souvent Gab.com, un réseau social connu pour abriter une base d’utilisateurs d’extrême droite.
Dans une note, le Centre for Analysis of the Radical Right a analysé l’intégration des adeptes de la théorie conspirationniste sur la plateforme. Dès l’annonce des mesures mises en place par les géants du web contre QAnon, le PDG de Gab.com, Andrew Torba, les a accueilli à bras ouverts. Il s’est même permis le luxe d’utiliser le # WWG1WGA (où l’un d’entre nous va, nous y allons tous, en Français), l’un des principaux slogans du mouvement.
Petit à petit, le message est parvenu aux oreilles des concernés et cela s’est traduit par une vraie montée en puissance. Ainsi, les groupes liés à QAnon ont connu une croissance notable depuis début octobre. Le principal d’entre eux «QAnon and the Great Awakening » est devenu la 11ème plus grosse page sur le site web et elle compte plus de 50 000 membres.
En se rendant sur ce groupe, on peut mesurer que la popularité du président Trump est intacte chez les sympathisants et que l’heure est encore à la contestation du résultat des élections du 3 novembre :


D’autres remettent aussi en cause la véracité de la létalité du covid-19 et les statistiques officielles :

Les membres profitent donc à plein de cette totale liberté pour publier sur leurs thèmes favoris. Il n’est aujourd’hui plus envisageable de contester le résultat des élections sans voir sa publication étiquetée par Facebook et Twitter. Les contenus liés au covid-19 sont également suivis de près par les deux plateformes. Sur Gab, au contraire, la proximité idéologique des utilisateurs permet à ces derniers de se conforter dans leurs opinions.
Gab.com, une plateforme décriée
Pour la plupart des contenus que nous avons consulté, les militants s’encourageaient ou complétaient les informations données en renvoyant vers d’autres sites, le plus souvent complotistes. Pour autant, la portée de leurs publications reste assez limitée. En clair, ils ne prêchent qu’à des convaincus et risquent d’avoir du mal à convertir de nouveaux adeptes.
Comme le soulignent les chercheurs du Centre for Analysis of the Radical Right, les membres de QAnon sont un groupe cible pour Gab.com qui est aussi une entreprise commerciale. Son slogan «Tous bienvenus pour s’exprimer librement» fait mouche. Depuis son lancement en 2016, la société vise surtout les sympathisants d’extrême droite et notamment ceux qui s’appuient sur des théories complotistes. Beaucoup utilisent des sources très décriées telles que Breitbart et InfoWars, un site banni des principaux réseaux sociaux.
Cette totale liberté laissée à des utilisateurs extrémistes a toutefois occasionné de vrais problèmes pour le réseau social. Ainsi, Robert Bowers, le terroriste à l’origine de la tuerie à la synagogue de Pittsburg qui a fait 11 morts en 2018, était très actif sur Gab où il postait régulièrement des messages à caractère antisémite. Dans la foulée, le site avait dû provisoirement fermer et une grave crise interne s’en était suivie.
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