C’est fait : la sonde MMX (Martian Moons eXploration) de la JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency) a décollé hier soir, lundi 19 octobre, à 21 h 41 heure de Paris, depuis le complexe de lancement Yoshinobu du centre spatial de Tanegashima, au sud du Japon. Tout s’est déroulé selon les plans prévus par l’agence japonaise, qui avait obtenu l’aval gouvernemental en février 2020 afin que la mission passe en phase de développement. Repoussée à plusieurs reprises pour des raisons techniques (problèmes de fiabilité du lanceur H3, équivalent de la Falcon 9 de SpaceX), elle vise à atterrir sur Phobos, la plus grande des deux lunes de la planète Mars afin d’en collecter des échantillons.
Pour cela, la JAXA peut compter sur Idefix, petit rover franco-allemand développé par le CNES (Centre national d’études spatiales), en partenariat avec le Centre aérospatial allemand (Deutsches Zentrum für Luft- und Raumfahrt). Si tout se déroule comme prévu, il deviendra le premier engin français à se poser sur un sol extraterrestre. Quant à MMX, elle pourrait devenir le tout premier vaisseau à rapporter des matériaux en provenance du système martien, devançant la Russie, qui s’y était cassé les dents avec Phobos-Grunt en 2011, les États-Unis, dont le programme Mars Sample Return a été remis à plat en janvier, et la Chine, qui prépare sa propre mission de retour d’échantillons, Tianwen-3.
🚀ロケット見えた?
本日早朝、火星衛星探査機(MMX)をH3ロケットで打ち上げました。打上げの様子はYouTubeでもご覧いただけます。
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たくさんの応援ありがとうございました!— JAXA(宇宙航空研究開発機構) (@JAXA_jp) October 20, 2026
MMX entame son long voyage vers le système martien
La fusée H3, développée conjointement depuis 2014 par la JAXA et Mitsubishi Heavy Industries, en était à son dixième vol. Haute de 63 mètres, équipée de quatre boosters à poudre et propulsée au premier étage par deux moteurs LE-9 à hydrogène et oxygène liquides (1 471 kN de poussée combinée), c’était la version la plus puissante jamais conçue par l’agence spatiale japonaise (dite H3-24).
Après son décollage, elle s’est élevée au-dessus du Pacifique en suivant son couloir d’ascension vers le sud-est, larguant ses quatre boosters à poudre par paires au bout de deux minutes de vol, puis son carénage de protection environ 80 secondes plus tard, exposant la sonde MMX au vide spatial pour la première fois.
Les moteurs du premier étage se sont coupés au bout de cinq minutes de vol et le second étage a pris le relais une heure et quatre minutes après le décollage, durant six minutes et demie. Une manœuvre destinée à accélérer la sonde jusqu’à environ 38 860 km/h, la vitesse requise pour quitter l’orbite terrestre et mettre le cap sur Mars. La sonde s’est séparée de l’étage supérieur 71 minutes après le décollage ; dans la salle de contrôle de Tanegashima, les équipes de la JAXA ont éclaté en applaudissements : le plus dur était passé.
Le rover Idefix (voir photo ci-dessous), installé dans le module d’exploration de MMX atteindra l’orbite martienne en août 2027, mais ne touchera la surface de Phobos que fin 2028 ou début 2029, le temps que la JAXA cartographie la lune depuis l’orbite et sélectionne un site d’atterrissage dans un périmètre de 300*300 mètres.

Baptisé en hommage au gentil toutou d’Astérix et Obélix, il ne pèse que 25 kilos (un bébé si on le compare à Perseverance ou Curiosity), et il embarque à son bord quatre instruments différents. Deux WheelCams de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (Toulouse), pointées vers les roues pour observer le régolithe ; deux NavCams, une paire de caméras stéréoscopiques du Laboratoire d’Astrophysique de Marseille pour la navigation et l’imagerie ; RAX, un spectromètre Raman, et miniRAD, un radiomètre thermique, tous deux développés par le Centre aérospatial allemand pour identifier respectivement la composition minéralogique et mesurer les variations de température à la surface de Phobos.
MMX le larguera à 40 m de la surface de Phobos, où il se posera seul et opérera à la surface du satellite, où le champ gravitationnel est si faible (entre 0,003 et 0,007 m/s2) que ses 25 kg terrestres y pèseront l’équivalent de 15 grammes. Il devra rouler sur ses quatre roues, conçues spécialement pour cet environnement, pour une durée d’au moins 100 jours, piloté conjointement depuis le CNES à Toulouse et le Centre aérospatial allemand à Cologne.

Cinq ans pour résoudre un mystère vieux d’un siècle et demi
Pour mener à bien sa mission, la sonde MMX elle-même s’appuie sur une panoplie d’instruments nés d’une collaboration entre quatre agences spatiales. Le CNES a développé MIRS (MMX InfraRed Spectrometer), un spectromètre dans le proche infrarouge qui analysera la composition minéralogique de Phobos et Deimos depuis l’orbite. La JAXA l’a doté de ses propres instruments : OROCHI, une caméra grand angle multi-spectrale et TENGOO, une caméra télescopique haute résolution. Même la NASA a participé en fournissant MEGANE, un détecteur de neutrons et de rayons gamma qui peut sonder la composition chimique du sous-sol des lunes sans que MMX doive s’y poser.
Après plus d’un an d’observations orbitales et le largage d’Idefix, MMX entamera la phase la plus risquée de sa mission : descendre vers la surface de Phobos. Deux atterrissages sont prévus, sur deux sites différents, où elle collectera, elle aussi, des échantillons du sol à l’aide de systèmes de prélèvement complémentaires.
Le premier, baptisé C-Sampler, est un carottier monté sur bras robotique développé par la JAXA ; il forera le sol sur deux centimètres pour extraire du matériau enfoui sous la surface. Le second, le P-Sampler (développé par Honeybee Robotics pour le compte de la NASA), projettera du gaz sous pression sur le régolithe pour en soulever les particules superficielles et les aspirer dans un conteneur. Étant donné que la surface de Phobos est complètement inconnue, la JAXA a préféré doubler ses chances en associant deux méthodes de prélèvement complémentaires pour garantir la collecte d’au moins 10 grammes d’échantillons, qui seront ensuite scellés dans une capsule.
Une fois ceux-ci sécurisés, MMX quittera l’orbite de Phobos pour effectuer une série de survols de Deimos, la seconde lune de Mars (14 km de diamètre), avant de reprendre le chemin de la Terre en novembre 2030. La capsule d’échantillons sera larguée au-dessus de l’Australie en 2031 et effectuera sa rentrée atmosphérique freinée grâce à un système de parachute. La NASA, qui a investi environ 87 millions de dollars dans la mission, recevra au moins 15 % de la récolte pour analyse au Johnson Space Center de Houston.
Le grand objectif de la mission MMX est de répondre à une question qui divise la communauté des planétologues depuis la découverte de Phobos et Deimos par l’astronome américain Asaph Hall en 1877 : quelles sont les origines de ces deux petits corps célestes ?
Les deux lunes ressemblent davantage à des pommes de terre qu’à des sphères : une morphologie typique des astéroïdes primitifs, ce qui laisse penser à une partie des spécialistes qu’ils auraient été capturés par l’attraction gravitationnelle de Mars alors qu’ils dérivaient dans le Système solaire interne. Les autres, inversement, penchent pour une origine martienne à proprement parler : les orbites des deux lunes, quasi circulaires et alignées sur l’équateur de la planète, ne correspondent pas à des astéroïdes capturés, qui adopteraient des trajectoires bien plus elliptiques et inclinées. Cette géométrie orbitale s’explique en revanche très bien si Phobos et Deimos sont les vestiges d’un impact colossal qui aurait arraché de la croûte martienne il y a des milliards d’années et dispersé cette matière en orbite, où elle se serait agrégée au fil du temps, par accrétion. Seule l’analyse des échantillons rapportés par MMX dans cinq ans pourra départager les deux hypothèses : si leur composition isotopique est proche des astéroïdes, cela confirmerait leur origine extérieure, si elle est identique à celle des roches martiennes, la piste de l’impact serait accréditée.
- La sonde japonaise MMX a décollé pour Mars afin d’étudier Phobos et collecter des échantillons.
- Le rover Idefix, développé en collaboration franco-allemande, fera partie intégrante de la mission.
- Les résultats de cette mission pourraient éclaircir les origines des lunes de Mars, Phobos et Deimos, et apporter des échantillons sur Terre en 2031.
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