Une équipe de chercheurs américains vient de lever le voile sur ce phénomène grâce à leurs recherches, parues le 16 septembre dans la revue Nature Neurosciences. Pour la toute première fois, une cartographie du cerveau humain tout au long de la gestation a été établie, et les conclusions tirées par les scientifiques à partir de celles-ci sont tout à fait fascinantes. Le cerveau adulte n’est pas figé, une croyance qui était solidement ancrée dans les esprits et même dans la communauté scientifique jusque dans les années 1960 et 1970. C’est à cette époque que les premières découvertes en neurosciences ont montré que le cerveau humain, même à l’âge adulte, pouvait encore se réorganiser et se modifier en réponse à de nouvelles expériences ou lésions.
Laura Pritschet et ses collègues de l’Université de Californie à Santa Barbara, grâce à cette nouvelle étude, ont approfondi le sujet en suivant une primipare (femme qui accouche pour la première fois), de la conception jusqu’à deux ans après l’accouchement. Leur découverte ? Une plasticité cérébrale étonnante, comparable à celle observée durant la puberté.
Matière grise et matière blanche : la grande réorganisation du cerveau
Au fil des mois, le volume de matière grise (partie du système nerveux central composée principalement de corps cellulaires des neurones) diminue, particulièrement dans le cortex. Loin d’être inquiétant, ce phénomène s’apparente à un « affinage » des circuits neuronaux. En parallèle, la matière blanche, responsable de la communication entre les régions cérébrales, connaît une expansion spectaculaire. Ce pic, atteint au second trimestre, s’estompe progressivement jusqu’à l’accouchement.
« Le cerveau maternel subit un changement chorégraphié tout au long de la gestation, et nous pouvons enfin le voir se dérouler », s’enthousiasme Emily Jacobs, professeure à l’origine de l’étude. Ces remaniements en profondeur de l’organe cérébral pourraient bien être la clé des adaptations comportementales liées à la parentalité.
Une meilleure compréhension de la santé mentale maternelle
Ces découvertes ouvrent des perspectives prometteuses pour la compréhension et la prise en charge de la dépression post-partum. Caractérisée par une tristesse profonde et persistante, une anxiété intense et des difficultés à s’occuper de soi-même et de son bébé, cette affection touche une femme sur cinq. Cette dernière pourrait éventuellement trouver ses racines dans les modifications cérébrales provoquées par la grossesse, mises en exergue par l’équipe de Jacobs et de Pritschet.
Pritschet explique « Il existe maintenant des traitements approuvés par la FDA [NDLR : agence gouvernementale américaine responsable de la réglementation des aliments et des médicaments] pour la dépression post-partum mais la détection précoce reste difficile. Plus nous en saurons sur le cerveau maternel, meilleures seront nos chances de soulager les symptômes ».
Fort de ces premiers résultats, le « Maternal Brain Project » prend de l’ampleur. Des chercheurs en neurosciences, immunologie reproductive, protéomique (étude à grande échelle des protéines) et en intelligence artificielle unissent leurs forces pour percer les mystères du cerveau maternel : un vrai melting-pot scientifique. Cette collaboration internationale qui pourrait améliorer, à terme, notre approche de la santé des femmes.
Un changement de paradigme
Cette étude bouscule ainsi les idées reçues sur la prétendue « fragilité » des femmes enceintes. « 85 % des femmes vivent une ou plusieurs grossesses au cours de leur vie », rappelle Laura Pritschet. Loin d’être un sujet de niche, la neuroscience de la grossesse s’impose donc aujourd’hui comme un champ d’étude fondamental pour approfondir notre compréhension du cerveau humain et de son vieillissement.
Dans un esprit d’ouverture scientifique, l’équipe de recherche a mis en ligne l’intégralité des données glanées lors de leur étude. Une véritable mine d’or pour les chercheurs du monde entier, qui pourront s’en saisir pour explorer plus efficacement les subtilités du cerveau des femmes lorsqu’elles attendent un enfant.
Qui l’eût cru ? Pendant que le ventre s’arrondit, le cerveau des futures mères se métamorphose en silence. Finalement, la grossesse est un peu une cure de jouvence pour le cerveau des femmes enceintes. Une transformation silencieuse qui prépare les mamans à leur nouveau rôle. De quoi voir d’un autre œil ces neuf mois de chamboulement.
- Des chercheurs ont découvert que la grossesse entraîne une plasticité cérébrale étonnante, comparable à celle de la puberté.
- Ces modifications cérébrales pourraient expliquer les adaptations comportementales des mères et leur compréhension propose de nouvelles pistes pour comprendre et traiter la dépression post-partum.
- L’étude remet en question les préjugés sur la fragilité des femmes enceintes et ouvre ainsi un nouveau champ d’étude pour la neuroscience de la grossesse.
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