Le temple mondial du mérite académique est en train de crouler sous les bonnes notes. Une étude interne menée par Amanda Claybaugh, doyenne des études de premier cycle à Harvard, tire la sonnette d’alarme : près de 60 % des notes attribuées aux étudiants de licence sont désormais des A, contre 40 % il y a dix ans et à peine un quart il y a vingt ans.
Une université d’excellence à la dérive ?
L’étude de 25 pages met au jour une situation inquiétante. « Nos pratiques actuelles ne remplissent plus leurs fonctions essentielles », écrit Claybaugh, qui n’y va pas par quatre chemins : cette inflation « endommage la culture académique » de Harvard.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le GPA médian, c’est-à-dire la moyenne générale, est aujourd’hui de 3,83 sur 4, soit la note maximale dans la majorité des cours. Et cette frénésie ne se limite pas à Harvard, d’autres universités de la fameuse Ivy League, comme Yale ou Princeton, peinent elles aussi à contenir la dérive. Le New York Times l’a récemment résumé sans détour : « Les étudiants de Harvard sèchent des cours et obtiennent tout de même d’excellentes notes ».
La tendance s’est accélérée pendant la pandémie de Covid-19, lorsque l’enseignement à distance a poussé les enseignants à assouplir leurs barèmes. Et le phénomène s’est installé depuis. Selon Claybaugh, le problème n’émane pas d’une soi-disant paresse des étudiants, mais plutôt de la peur de les frustrer.

Pourquoi Harvard n’ose plus trancher
Plusieurs facteurs sont à prendre en compte. En effet, les professeurs craignent désormais d’être trop sévères et de voir leurs cours désertés au profit d’autres, jugés plus « cléments ». Par ailleurs, l’administration encourage à la bienveillance, en rappelant que certains étudiants souffrent du « syndrome de l’imposteur » ou de situations familiales difficiles. Et, bien sûr, les étudiants eux-mêmes exercent une pression toujours plus croissante en contestant leurs notes, en partageant des avis négatifs, voire même, en allant jusqu’aux menaces juridiques.
Mais comment préserver la bienveillance sans sacrifier l’exigence ? Claybaugh avance plusieurs pistes : rendre publiques les notes médianes de chaque cours, instaurer un quota limité de A+ pour distinguer les meilleurs, ou réintroduire les examens présentiels pour limiter les effets de l’intelligence artificielle (IA) générative, autre élément qui affecte directement les études. « Les notes que nous attribuons n’ont pas à grimper indéfiniment », écrit-elle.
Un rappel salutaire pour une institution qui a formé huit présidents américains et une ribambelle de prix Nobel…
- Harvard tire la sonnette d’alarme : 60 % des notes sont désormais des A.
- La doyenne des études de premier cycle dénonce une inflation qui mine la culture académique du campus.
- Face à la pression des étudiants et à la peur d’être sévère, l’université veut restaurer un peu de rigueur.
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