Passer au contenu

À haute altitude, la NASA traque désormais les minerais stratégiques au cœur de nos technologies

L’agence américaine a les yeux braqués sur l’espace lointain, mais également sur la Terre et ses matières premières. Quand les ressources se raréfient, il faut prendre le taureau par les cornes, même si cela implique de flirter avec la stratosphère.

Pour sécuriser l’avenir de ses puces et de ses batteries, Washington a décidé de ressortir ses vieux (et meilleurs) outils. Le projet GEMx, une alliance entre la NASA et l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), vient de déployer l’une de ses armes les plus affûtées : l’AVIRIS-5 (Airborne Visible/Infrared Imaging Spectrometer-5).

Ce spectromètre d’imagerie remonte aux années 1970, lorsque le Jet Propulsion Laboratory (JPL) explorait les confins du Système solaire en analysant Pluton, Mars ou Mercure. Aujourd’hui, il est logé dans le nez d’un aéronef de recherche l’ER-2, cousin civil du Lockheed U-2, un avion de reconnaissance datant de la Guerre froide. L’ER-2, qui peut atteindre sans peine les 20 000 m d’altitude, a donc pour mission de scanner l’Ouest américain pour identifier, avec un œil de faucon, les métaux nécessaires aux semi-conducteurs, aux batteries, aux smartphones, et, plus largement, à toute l’infrastructure technologique dont dépend désormais l’économie américaine.

L’œil de la NASA au service de la guerre des mines

Comme chaque minéral possède une structure chimique unique, il réagit différemment à la lumière du Soleil. L’AVIRIS-5 peut détecter les longueurs d’onde qu’ils réfléchissent pour isoler ce que les scientifiques appellent des « empreintes digitales spectrales ». L’ER-2, en survolant le sol, peut donc discerner tous les métaux par les signatures qu’ils laissent : cobalt, lithium, titane… tout ce dont le secteur tech a besoin pour tourner à plein régime.

Les responsables du projet GEMx ont d’ailleurs délibérément choisi le grand Ouest comme terrain de chasse pour l’ER2, une région très aride et sans végétation. Cela permet au capteur embarqué dans l’avion de scanner la roche à nu, sans interférence, pour obtenir des données d’une pureté absolue. Depuis le lancement des opérations en 2023, la NASA et l’USGS ont déjà passé au peigne fin plus de 950 000 km² de terrain.

Au lieu de prospecter au petit bonheur la chance, ils peuvent ainsi dresser une véritable carte au trésor numérique pour orienter les industriels vers les gisements les plus prometteurs.

GEMx : un enjeu de souveraineté d’abord

Ce qui pourrait ressembler à une aventure techno-scientifique ne l’est pas réellement, le projet GEMx est avant tout une tactique de survie économique pour Washington. En mars 2025, la Maison Blanche a mis fin aux tergiversations avec un décret ordonnant de doper la production nationale de minerais « au maximum possible ».

L’objectif à long terme étant, sans surprise, de briser les chaînes de la dépendance économique qui enchaîne les USA à d’autres pays. Le texte du décret ne le cache pas : la sécurité nationale et économique des États-Unis est aujourd’hui « gravement menacée par notre dépendance à l’égard de la production minérale de puissances étrangères hostiles ». En ligne de mire, on devine évidemment la Chine, qui détient une mainmise quasi hégémonique sur le raffinage des terres rares et la production de composants.

En cartographiant les ressources directement sur son sol, Washington veut s’assurer que ses usines de semi-conducteurs et ses lignes de montage de batteries pour véhicules électriques ne se retrouvent jamais à l’arrêt. Une muraille dressée contre la Chine, en quelque sorte.

La NASA, avec le projet, GEMx se positionne ainsi comme l‘un des bras armés de la réindustrialisation américaine, même si AVIRIS-5 peut servir à d’autres desseins (surveillance des risques d’incendies, gestion des ressources en eau, inspection de la biomasse ou de la neige, etc.). Les gestionnaires politiques pourront toujours s’éterniser dans de longs discours et les gros poissons de la tech nous sortir leurs plus belles innovations, la chaîne de valeur commence toujours au même endroit. Dans ce que contiennent les entrailles de notre Terre, ou ce qu’elles ne contiennent pas : l’ER-2 a été développé exactement pour cela.

  • La NASA utilise l’AVIRIS-5 pour scanner l’Ouest américain à la recherche de minerais stratégiques pour la technologie.
  • Le projet GEMx vise à réduire la dépendance des États-Unis vis-à-vis des minerais étrangers, notamment de la Chine.
  • Depuis 2023, plus de 950 000 km² ont été analysés pour cartographier les ressources minérales essentielles à l’économie américaine.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech