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Humane AI Pin : les critiques des premiers testeurs sont-elles exagérées ? (Edito)

Annoncé comme l’une des prochaines révolutions technologiques, l’AI Pin de la start-up américaine Humane se fait sévèrement critiquer par les premiers testeurs. Justifié ou exagéré ?

L’AI Pin pourrait faire l’objet d’une étude de cas dans toutes les écoles de communication. Annoncé comme une révolution technologique, le tout premier produit de la start-up Humane essuie des premières critiques désastreuses. Un scénario cauchemardesque pour toute entreprise naissante que Humane semble prendre avec un calme déconcertant.

Ses fondateurs Bethany Bongiorno et Imran Chaudhri, deux anciennes grosses têtes de chez Apple, en connaissent un rayon sur la pression d’un lancement. Ils ont travaillé notamment sur iOS, le design de l’iPhone ainsi que celui de l’Apple Watch.

Dès les premières publications des plus gros médias et Youtubeurs américains, Humane a fait savoir que ses équipes travaillaient à l’amélioration de l’AI Pin. Et de publier une roadmap complète des mises à jour et nouvelles fonctionnalités au programme.

Cela n’enlève en rien la mauvaise publicité faite à un produit que nous avons eu la chance de découvrir au MWC de Barcelone. Ne pas rejoindre les conclusions de nos confrères étrangers serait au mieux de la mauvaise foi, au pire une faute professionnelle. Non, l’AI Pin tel que nous l’avons vu n’est pas au point. Il semblerait que la version envoyée aux premiers testeurs ne le soit pas non plus. Mais le traitement médiatique infligé à ce produit unique en son genre est-il justifié ?

La promesse de l’Ai Pin

Remplacer le smartphone pour les usages du quotidien. Voilà l’objectif des créateurs de l’AI Pin. Ce petit badge, que l’on fixe au niveau du torse façon Star Trek, est connecté en permanence à ChatGPT. On le sollicite en appuyant dessus et on l’interroge à voix haute. Un rayon laser permet aussi de projeter une petite interface monochrome dans les situations où une réponse vocale n’est pas adaptée.

L’AI Pin puise donc dans les connaissances de ChatGPT et répond aux requêtes « en quelques secondes » promet Humane. La météo ? Demandez à AI Pin. Le prochain match du PSG ? Demandez à AI Pin. Le trafic en temps réel ? AI Pin sait aussi y répondre. Une petite caméra permet même de capturer des photos que l’on retrouve sur un site web personnalisé. Le badge peut aussi observer ce qui se trouve face à l’utilisateur, le décrire et donner des informations.

Plus besoin de sortir le téléphone pour tout et n’importe quoi. L’idée des fondateurs consiste à rester connecté à l’humain (référence au nom de l’entreprise) tout en ayant une technologie puissante à disposition. La démonstration des équipes présentes à Barcelone nous avait convaincus sur le principe. Nous avions échangé avec l’un des grands cadres de l’entreprise qui interagissait en même temps avec son AI Pin, sans que la technologie ne soit intrusive.

Restait à savoir ce que cela donnerait au quotidien. Les retours des premiers testeurs américains font l’effet d’une douche froide.

« Le pire produit qu’il m’ait été donné de tester »

The Verge, Mr Mobile, The WSJ ou encore MKBHD, tous les grands médias et Youtubeurs américains tirent la même conclusion : l’AI Pin est un échec. Marques Brownlee (MKBHD) intitule même sa vidéo « Le pire produit que je n’ai jamais testé… pour l’instant ».

Si tous reconnaissent que le travail de design et les finitions du produit sont impeccables, ils indiquent qu’il s’agit de son seul atout. En l’état, l’AI Pin est loin de tenir ses promesses. Des promesses estimées à 850 millions de dollars (valorisation de Humane) après une levée de fonds de 240 millions de dollars avec des investisseurs comme Qualcomm, Microsoft, LG, Volvo ou encore OpenAI.

Les critiques sont unanimes : l’AI Pin est une première version d’un produit aux allures de prototype. L’appareil surchauffe et s’éteint tout seul en plein milieu d’un appel, les temps de réponse sont beaucoup trop longs. Dans la plupart des situations, l’intelligence artificielle fournit des informations erronées, quand elle ne renvoie pas vers ses conditions d’utilisation. La reconnaissance des objets et/ou édifices fonctionne mal. Dans la vidéo de The Verge par exemple, l’AI Pin confond le pont de Brooklyn avec un autre pont de New-York.

Le laser permettant de projeter une interface et des réponses textuelles est illisible lorsque la luminosité est trop forte (grosso modo de jour en extérieur). Quid de la pluie ? Les lasers ne fonctionnant pas à travers l’eau, il est impossible de consulter l’AI Pin dès qu’il pleut. Pratique dans nos climats tempérés.

Enfin, les fonctionnalités les plus intéressantes promises par l’entreprise ne sont pas encore disponibles. L’ajout d’un rendez-vous ou d’un rappel, des fonctions pourtant basiques, sont aux abonnés absents.

Surtout, l’AI Pin coûte une petite fortune. Humane le commercialise à 700 dollars auxquels il faut ajouter un abonnement 5G de 24 dollars par mois, l’appareil fonctionnant de manière autonome.

Le compte n’y est pas.

Ai Pin et Apple Vision Pro : deux salles, deux ambiances

Vision Pro Vr
© Apple

Face à ce flot de critiques, Humane soigne sa communication. « Il reste beaucoup de travail acharné à faire, et comme tous les produits de première génération, tous les retours joueront un rôle essentiel dans ce qui va suivre » déclare Imran Chaudhri, cofondateur. Et d’ajouter :

Ça nous a pris beaucoup de temps pour en arriver à aujourd’hui. Maintenant que nous y sommes, nous avons hâte de vous montrer à quoi ressembleront les années à venir.

C’est bien de cela dont il s’agit. Comme tout premier produit d’un nouveau genre, l’AI Pin essuie les plâtres de plusieurs technologies pas tout à fait au point. Pour le consommateur, se tourner vers un tel produit, c’est prendre le risque de devenir un bêta-testeur contre son gré, moyennant finances. Une double sanction que les tests de médias permettent de limiter.

Toutefois, je ne m’empêcher de faire un parallèle avec le traitement médiatique infligé au Vision Pro d’Apple. Dans un autre domaine et pour des raisons différentes, le casque de réalité virtuel Pommé a lui aussi des allures de prototype payé rubis sur ongle.

Si le Vision Pro est techniquement un excellent produit, il se révèle très imparfait. Les fonctionnalités manquent cruellement pour qu’il s’installe dans le quotidien, le produit est inconfortable et manque d’endurance. Les usages aussi sont limités : peu de services de streaming, pas (ou très peu) de gaming, applications de productivité absentes etc.

Par ailleurs, le Vision Pro s’invite sur un marché déjà existant, certes avec les meilleures technologies du moment (à 4 000 dollars, il peut) mais les conclusions des testeurs du monde entier sont les mêmes : cette première version n’est qu’un début.

Alors pourquoi ces mêmes testeurs se montrent-ils si incisifs avec l’AI Pin, indiquant pour la plupart que ce projet était mort-né, que l’idée même d’un tel produit n’a pas de sens, que l’entreprise finira dans le mur ? Pourquoi tant de certitudes pour une nouvelle catégorie de produit quand, dans le même temps, un emballement non dissimulé a entouré le lancement du Vision Pro ?

Parce qu’Apple ? Sans doute. Reste que ce traitement de l’innovation à deux vitesses pour des questions de préférence de marques ne favorise pas le progrès. L’IA est partout, aussi elle se retrouvera forcément dans de nouveaux types d’appareils.

L’avenir nous dira si l’AI Pin est un bon format ou non. Si des lunettes, des montres plus évoluées ou tout autre concept sorti de cerveaux ingénieux sont plus viables. Surtout, les avancées en matière d’intelligence artificielle rendront certainement ces produits plus intéressants à l’avenir.

L’AI Pin n’est certainement pas la révolution annoncée. Il ne remplacera pas votre smartphone. Mais ses défauts de jeunesse justifient-ils qu’on l’enterre définitivement ? Pas plus qu’un énième casque de réalité augmentée, fusse-t-il marqué d’une Pomme.

J’aime à croire que des produits issus de l’AI Pin, qui associent technologie et humanité, nous accompagneront dans le futur. Peut-être suis-je trop optimiste. Peut-être que le monde de demain sera peuplé d’individus casqués et isolés dans leur univers. Ou peut-être un peu de tout cela.

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2 commentaires
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  1. En même temps, tant qu’il ne permettra pas de clamer “Beam me up Jordy” pour ensuite être téléporté où l’on veut, il ne présente pas beaucoup d’attraits…

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