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Tech, IA, crypto : le spectre d’un krach boursier mondial (Édito)

Les marchés financiers battent des records, les indices grimpent, et pourtant, les inquiétudes montent. Une analyse publiée ce mercredi 25 février par Les Échos révèle les dix bouleversements majeurs qui font trembler les marchés boursiers. Et la tech, l’IA et la crypto sont au cœur de cette tectonique.

Arrive-t-on à la fin d’un cycle ? Alors que les marchés financiers continuent d’afficher des résultats records, certains signaux jugés faibles ces derniers mois commencent sérieusement à inquiéter. Parmi eux, l’IA, la tech et la crypto sont sans doute les marchés les plus fragiles. Après des mois de frénésie, ces trois secteurs font trembler les investisseurs alors que la crise géopolitique renforce ce climat d’incertitudes.

La tech-dépendance

Commençons par l’éléphant dans la pièce. Depuis deux ans, la hausse des marchés repose essentiellement sur les « Sept Magnifiques » : Apple, Microsoft, Nvidia, Alphabet (Google), Amazon, Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) et Tesla. À eux seuls, ces sept titres ont représenté jusqu’à 35 % du S&P 500. Autant dire que le S&P 500 a vécu sous perfusion ces derniers mois.

Et ce levier commence à montrer ses limites. Les valorisations de ces géants atteignent des niveaux qui défient toute rationalité. Portée par la folie de l’IA, Nvidia affiche une valorisation stratosphérique. Tesla est valorisée comme si elle avait déjà gagné la bataille de la voiture autonome alors qu’elle n’a même pas posé la première pierre en Europe ou en Asie. Meta, qui vient de signer un contrat à 100 milliards de dollars avec AMD, essuie encore les plâtres du métavers dont plus personne ne parle.

Pendant ce temps, le reste de la cote (industrie, énergie, finance) peine à suivre. L’écart entre les gagnants et les perdants n’a jamais été aussi large, aussi cette concentration rend l’ensemble du système vulnérable. Si un seul de ces sept mastodontes vacille, c’est tout le château de cartes qui tombe.

L’IA : la bulle va-t-elle éclater ?

Les vraies inquiétudes viennent évidemment de l’intelligence artificielle. L’IA est devenue la seule boussole des marchés. Chaque annonce de Nvidia fait bouger les indices, chaque investissement de Microsoft dans OpenAI déclenche une euphorie, chaque rumeur sur une nouvelle puce ou un nouveau modèle de langage fait grimper les cours. Le problème, c’est qu’on a déjà connu ce scénario, et l’histoire ne finit pas en happy ending.

Les hyperscalers (Microsoft, Google, Amazon, Meta) dépensent des sommes astronomiques dans l’infrastructure IA. On parle de plus de 600 milliards de dollars d’investissements cumulés dans les centres de données et les puces. Un montant vertigineux. Et ce n’est que le début.

Portés par l’euphorie, les marchés commencent à s’inquiéter du retour sur investissement. Pour l’instant, en dehors de Nvidia qui vend les pioches de cette ruée vers l’or, les bénéfices concrets de l’IA restent largement en dessous des promesses. Aucun grand acteur n’est rentable et ne le sera probablement pas avant des années.

En janvier 2025, l’épisode DeepSeek aurait dû servir de signal d’alarme. En quelques jours, cette startup chinoise a démontré qu’on pouvait développer un modèle d’IA performant pour une fraction du coût des mastodontes américains. Résultat : Nvidia a perdu des centaines de milliards de dollars de capitalisation en une seule séance. Le marché a vite oublié, comme d’habitude. Le message était pourtant clair comme de l’eau de roche : investir des milliards dans l’IA n’est pas une condition sine qua non pour délivrer un outil puissant. Qu’attendent donc les marchés pour revenir à des niveaux plus réalistes ?

Fin de la Bitcoin-mania

Côté crypto, même schéma. Le Bitcoin a connu une année 2025 spectaculaire, porté par l’approbation des ETF spot en 2024 et l’euphorie post-élection américaine. Les cours ont atteint des sommets historiques, les crypto-enthousiastes criaient victoire et les néophytes se pressaient aux portes des exchanges.

Et puis la réalité leur est revenue comme un boomerang. Le Bitcoin, qui reste corrélé à l’appétit pour le risque et aux cycles de liquidité, s’est effondré. Il ne fait donc aucun doute que les marchés traditionnels tangueront bientôt et emporteront avec eux la crypto, avec la violence qu’on lui connaît. Pour les plus fervents défenseurs du Bitcoin, cette crypto est une valeur refuge. Ils ont sans doute oublié la débâcle de 2022.

Cet argument est d’autant moins défendable que d’autres indicateurs devraient nous alerter. L’or a dépassé les 5 000 dollars l’once, un record historique. Le dollar, lui, s’affaiblit depuis plusieurs mois. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que les investisseurs les plus avertis se ruent sur l’or et fuient la devise de référence mondiale. Un signal important sur leur pessimisme quant à l’avenir des marchés.

Ajoutons à cela les tensions géopolitiques (la guerre commerciale relancée par Donald Trump, les droits de douane massifs, les incertitudes en Ukraine et au Moyen-Orient) et l’endettement record des entreprises qui profitent des dernières fenêtres favorables pour lever de la dette. L’histoire nous a montré que ce cocktail ne présageait rien de bon.

La fin d’un cycle ?

Alors, assiste-t-on à la fin d’un cycle ? Il est encore trop tôt pour que quiconque puisse un krach. Les marchés ont cette capacité extraordinaire à continuer de monter quand toute logique voudrait qu’ils baissent. Mais les signaux d’alerte existent, aussi il serait suicidaire de les ignorer. Un marché qui repose sur sept entreprises, qui parie tout sur une technologie dont les retours sont encore incertains, qui voit sa monnaie de référence faiblir et ses entreprises s’endetter massivement n’est pas un marché stable. Tous ces signaux indiquent même la fin d’un cycle.

Les acteurs de la tech sont donc sous pression. Après des années de croissance portée par des taux bas, de l’argent gratuit et des promesses d’avenir radieux, ils doivent maintenant livrer, prouver que les milliards investis dans l’IA génèrent autre chose que des diaporamas impressionnants en keynote, montrer que les valorisations ne sont pas juste le fruit d’un emballement collectif. Sans ces retours sur investissement, l’hypothèse d’un krash boursier plane au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès.

« Tant que la musique joue, il faut se lever et danser. » disait Chuck Prince, patron de Citigroup, fin 2007 juste avant la crise des subprimes de 2008. On connaît la suite…

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