L’hydrogène connaît depuis quelques années un vif regain d’intérêt dans le processus de décarbonation. Notamment dans sa forme la plus « propre », l’hydrogène vert. Ce nouveau vecteur énergétique, nous l’imaginons presque partout comme le parfait remplaçant du pétrole : automobile, transport aérien, stockage de l’énergie ou applications industrielles. Malgré ces promesses optimistes doublées des investissements substantiels de l’Europe, aujourd’hui, le doute plane quant à la viabilité de l’hydrogène vert en France.
Transition industrielle et ambitions européennes
S’il y a bien un exemple européen qui incarne l’engagement industriel vers l’hydrogène vert, c’est l’usine d’Herentals, à côté d’Anvers. Dans cet immense bâtiment, Plastic Omnium (fabricant de pièces et d’équipement automobile lyonnais) assemble des millions de réservoirs d’essence qu’il vend un peu partout à travers le monde.
Toutefois, voilà plusieurs mois que l’entreprise ajuste ses lignes de production afin de fabriquer un produit d’un nouveau genre. Ce sont des réservoirs aussi, mais destiné aux véhicules à hydrogène.
Une reconfiguration dont Laurent Carme de la division « nouvelles énergies » au sein de la société semble absolument convaincu. Pour lui, il n’y a aucun doute au fait que ce gaz sera au cœur des solutions de mobilité de demain.
En France, même son de cloche. Notre pays se voit déjà comme un des chefs de file mondiaux de l’hydrogène. Le potentiel est là : sous nos pieds se situe la plus grande réserve d’hydrogène blanc au monde (Folschviller en Moselle), estimée à 250 millions de tonnes. Une découverte datant du mois de décembre, qui place le pays en position très confortable. En plus de cet hydrogène natif, le Gouvernement a placé ses pions pour assurer la production de ce précieux gaz.
Depuis décembre 2020, un plan à 7 milliards d’euros a été lancé, baptisé « Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné ». S’ajoute à cela 1,9 milliard d’euros, une enveloppe issu du plan France 2030. Cette somme plutôt cossue doit soutenir trois objectifs principaux. « La production d’électrolyseurs d’une capacité de 6,5 GW, le développement d’équipements clés pour la mobilité hydrogène et la production d’hydrogène pour la décarbonation de sites industriels » peut-on lire sur le site du Gouvernement.
De nombreuses régions se sont engouffrées dans le grand train de l’hydrogène, comme l’Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine. Pourtant, il semblerait que tout ne se passe pas comme prévu.
L’hydrogène, une bulle (de gaz) prête à éclater ?
La frénésie initiale semble un peu s’essouffler. Luc Bodineau, de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), explique : « Il y a eu un certain emballement sur le sujet ces dernières années, avec des promesses autoentretenues par quelques acteurs. Maintenant que les technologies arrivent à maturité, se posent naturellement des questions de coût, d’applications, de réalité des marchés ». Principal obstacle au déploiement : le coût de production, encore trop élevé.
Pour Jean-Baptiste Lucas, de McPhy, spécialiste des équipements de production d’hydrogène, les problèmes sont autant techniques que financiers. « Il existe des marges de progrès en matière de rendement liées à la technologie des électrodes ou à l’augmentation de la taille des équipements » explique-t-il. Les rendements prévus seraient ainsi beaucoup trop ambitieux.
Pour France Hydrogène, la capacité de production d’hydrogène visée pour 2030 est bien trop importante (6,5 GW). Actuellement, elle est à peine de 300 mégawatts. Philippe Boucly, son président, pointe également du doigt les tarifs actuels de l’énergie : « La filière est sur le point de traverser la vallée de la mort. Elle se heurte aux réalités techniques, mais aussi à l’inflation et à un manque de visibilité sur le prix de l’électricité ». Cet aspect est un gros frein à la compétitivité de l’hydrogène vert.
Autre facteur qui complexifie l’équation : la demande en hydrogène dans l’industrie automobile est en chute libre. Entre janvier et novembre 2023, les ventes mondiales de voitures à hydrogène ont ralenti de 27 %. Un coup dur pour la filière.
Le terreau propice au développement de l’hydrogène est bel et bien là et les investissements initiaux ainsi que les initiatives ont permis un départ canon. En revanche, le secteur est actuellement confronté à une série d’obstacles, tant techniques que financiers. Rien n’est encore joué et l’avenir de l’hydrogène vert n’est pas encore pleinement dessiné.
- L’Europe et la France ont lourdement investi dans l’hydrogène vert ces derniers mois.
- Le secteur fait aujourd’hui face à une période de ralentissement.
- L’avenir de celui-ci n’est pas encore certain, et demeurent encore sur sa route des contraintes techniques et financières importantes.
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