Cette semaine, alors que j’allais tranquillement répondre au message d’une amie sur Instagram, j’ai remarqué la présence d’un petit encart que je n’avais jamais encore vu : Meta AI. Je savais que le lancement de la fonctionnalité d’intelligence artificielle (IA) de l’entreprise était imminent en Europe après de longs mois d’attente, donc j’ai tout de suite voulu l’essayer.
Une interface (trop) simple
Pour accéder à l’outil pour la première fois, il suffit de se rendre dans la messagerie incorporée à l’application. Il apparaît tout en haut de l’écran, là où se trouvait auparavant la barre de recherche. Lorsqu’on l’ouvre, on arrive directement sur une interface de messagerie basique. En fait, la conversation avec Meta AI s’apparente grandement à une discussion lambda avec un proche via les messages privés.
De prime abord, j’ai l’impression que le chatbot est assez limité en fonctionnalités. Tout est relatif, car il faut savoir que je suis assez friande des agents conversationnels comme ChatGPT, Claude, Gemini et consorts. Mais là où sur certaines plateformes, on retrouve la possibilité de faire des recherches approfondies, de raisonner ou de chercher en ligne, Meta AI semble avoir opté pour la simplicité.
Une chose saute aux yeux : l’IA est spécifiquement pensée pour être utilisée sur mobile, avec un champ de saisie et rien de plus. Il n’est pas possible de lui soumettre un document ou une photographie pour analyse par exemple, et vous pouvez aussi oublier le mode vocal (du moins, pour le moment).

Connectée à Bing
Bien sûr, il faut interagir avec la technologie pour vraiment mesurer ses aptitudes. Et j’ai tout de suite envie de savoir quelque chose : est-ce qu’elle est connectée à Internet ? Car si pendant un temps, les chatbots étaient coupés du World Wide Web, les dernières nouveautés de recherche en ligne ont littéralement changé la donne. Proposer un modèle privé d’une telle possibilité serait assez décevant.
Pour en avoir le cœur net, j’ai demandé à Meta AI s’il avait directement accès aux informations en ligne. Sa réponse est mitigée : « Je suis connecté à Bing, qui me permet d’accéder à une grande quantité d’informations en ligne. Cependant, je ne suis pas directement connecté à des sites internet spécifiques, tels que des sites de réservation de billets de train ou des sites de vente en ligne. Lorsque vous me demandez des informations sur un sujet spécifique, je vais utiliser Bing pour rechercher les informations les plus pertinentes et les plus à jour. Je peux ensuite vous fournir des réponses basées sur ces informations ».
Cela m’a rappelé qu’effectivement, Meta et Microsoft ont passé un accord en 2023 pour intégrer le moteur de recherche à Meta AI. Concrètement, l’IA peut donner des réponses qu’elle tire directement de Bing, et même partager des liens menant vers celui-ci, mais elle est incapable de diriger vers un site spécifique. Pour un usage plus classique, la technologie remplit parfaitement son rôle. Nous avons par exemple pu échanger sur des recettes ou sur des concepts philosophiques, celle-ci me fournissant des réponses toujours justes et bien détaillées. Je n’en attendais pas moins, l’IA étant basée sur le modèle open source Llama 3.2 de Meta.

Une IA faite pour un usage basique
Autre point important (et possiblement dérangeant selon l’usage que l’on en fait) : la conversation se présente exactement comme une messagerie habituelle. On ne peut pas ouvrir de nouvelle discussion pour changer de sujet. Tout se trouve au même endroit, et il faut scroller vers le haut pour retrouver une réponse particulière. Sur les plateformes concurrentes, la possibilité de jongler entre les conversations s’avère plus pratique. Dans cette optique, si vous avez besoin d’une IA pour un usage plus professionnel, par exemple pour coder, il vaut mieux privilégier une alternative.
De même, je considère qu’il aurait été préférable que Meta avertisse directement les utilisateurs de la propension des IA à halluciner, d’autant plus que Meta AI est destinée à un public large. C’est effectivement spécifié, mais il faut avant cliquer sur le petit i d’informations pour lire : « Les messages peuvent être inexacts ou inappropriés ».

La stratégie très bien léchée de Meta
De manière générale, il paraît évident que la version de Meta AI intégrée à Instagram est vouée au grand public, avec des personnes n’ont pas nécessairement l’habitude d’utiliser des agents conversationnels régulièrement. Cela explique son interface simple et directe. D’ailleurs, on peut aussi partager les réponses de l’IA dans notre story, ou y réagir avec un emoji comme il est courant dans les messageries classiques. Meta intègre une dimension sociale à l’outil, ce qui va de soi puisqu’il est disponible dans le deuxième réseau social le plus utilisé au monde.
Et c’est justement la force de l’entreprise. En choisissant de déployer Meta AI gratuitement dans ses plateformes (car elle devrait aussi faire son apparition dans WhatsApp et Messenger), Meta va faire exploser son nombre d’utilisateurs et lui donner un avantage immense par rapport à la concurrence. Cet aspect est au cœur de sa stratégie.

Sans plus (pour l’instant)
Pour être honnête, je ne pense pas que j’utiliserai l’IA d’Instagram fréquemment. Mais c’est un constat purement objectif, car j’ai déjà pris l’habitude de me rendre sur d’autres chatbots pour mes requêtes. J’estime en revanche que ce déploiement aura le mérite de faire connaître cette technologie à un grand nombre de personnes qui n’auraient pas forcément fait la démarche de créer un compte sur un autre service.
Il faut aussi prendre en compte le fait que la fonctionnalité vient tout juste d’être introduite en Europe. Aux États-Unis, davantage d’outils basés sur l’IA sont disponibles sur Instagram ; nul doute que le dispositif sera amélioré au fil du temps. Si je reste quelque peu sur ma faim, j’ai quand même hâte de voir où Meta nous embarquera.
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