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Du jamais vu : le premier requin orange au monde capturé dans les eaux chaudes du Costa Rica

Dame Nature nous réserve parfois de bien étranges surprises !

Au large des côtes caraïbes du Costa Rica, c’est une rencontre complètement improbable qui a eu lieu en août 2024, lors d’un événement de pêche sportive. Les pêcheurs qui y participaient ont sorti des eaux cristallines un requin nourrice (Ginglymostoma cirratum) ; jusque-là, rien de vraiment exaltant, cette espèce vivant principalement dans l’Océan Atlantique tropical.

À la différence que le spécimen pêché ce jour-là n’avait rien en commun avec ses semblables, parés de nuances brunes. Il était d’un orange éclatant, une couleur inexistante chez ces poissons cartilagineux. Ce magnifique animal a été capturé, photographié (voir ci-dessous) puis libéré vivant et a immédiatement attiré l’attention des scientifiques, qui ont confirmé début août dans cette étude qu’il s’agissait d’un cas totalement inédit. Ils ont tout de même réussi à donner une explication plausible à cette étrange coloration.

Requin Orange
Une anomalie qui témoigne de l’incroyable variabilité du vivant. © Parismina Domus Dei / Facebook

Une mutation double, rare et spectaculaire

En plus d’arborer cette teinte orange intense, ce requin présentait une autre particularité : ses yeux étaient parfaitement blancs et dénués d’iris visible. Une aberration, d’un point de vue biologique ! Qu’est-il donc arrivé à ce requin ?

En réalité, celui-ci était affecté par deux mutations pigmentaires. La première, un albinisme partiel, est liée à une diminution de la mélanine, un pigment foncé responsable de la couleur habituelle de la peau, des yeux ou des écailles chez de nombreux animaux. Quand la production de mélanine est perturbée, la coloration naturelle s’éclaircit, et certaines zones peuvent même devenir blanchâtres. Voilà qui expliquait pourquoi ce spécimen avait ces yeux si particuliers.

La seconde mutation, appelée xanthisme, est plus rare encore : elle se traduit par une présence anormale de pigments jaunes dans les tissus. Chez les poissons et les requins, cela peut parfois donner des teintes dorées, orangées, voire presque fluo comme dans ce cas.

Chez ce requin nourrice, ces deux phénomènes coexistent : l’albinisme a effacé ses teintes brunes d’origine, et le xanthisme a littéralement recouvert son corps d’un orange vif, du museau jusqu’à la queue. Diagnostic des chercheurs ? Ce requin était touché par une affection génétique rarissime : l’albino-xanthochromisme.

Il faut bien comprendre que chez les animaux, à plus forte raison chez les vertébrés marins, une telle condition peut compromettre leur mode de vie. Par sa couleur inhabituelle, ce requin peut être davantage exposé à ses prédateurs naturels, l’empêcher de chasser en le privant de son camouflage naturel et interférer avec sa vie sociale. Eh oui, un requin orange parmi d’autres requins « normaux » pourrait peiner à être reconnu par ses semblables et à se reproduire.

Selon les chercheurs, son environnement de capture (37 mètres de profondeur, eau à 31° C) aurait pu favoriser l’expression de certains traits génétiques (voir notre article sur la théorie de l’évolution), notamment pigmentaires.

En génétique, on parle de plasticité phénotypique pour décrire la capacité d’un organisme à modifier son phénotype (ses caractéristiques observables) en réponse à des changements environnementaux, sans que son génome (son information génétique) ne soit altéré.

Dans le cas de notre requin orange, il est néanmoins peu probable que la température de l’eau ait créé les mutations génétiques d’albinisme et de xanthisme. Ces dernières sont des erreurs aléatoires qui se produisent au niveau de l’ADN. Cependant, les conditions environnementales, comme la température ou la disponibilité de certaines ressources (nutriments, vitamines, etc.), peuvent bien influencer l’expression de ces gènes.

Bien que magnifique à observer, la présence de ce requin pourrait aussi être un mauvais signe. Ce type d’anomalie, pour les écosystèmes, sont également des biomarqueurs très utiles. À l’égard du contexte océanique actuel (eaux surchauffées, pollution, acidification), il pourrait très bien être le témoin d’un stress environnemental ou d’une pression sélective, elle aussi, en train d’évoluer défavorablement. Peut-être est-il le symptôme très visible d’un monde marin qui change, pas forcément pour le mieux.

  • Un requin nourrice (Ginglymostoma cirratum) entièrement orange a été observé au large du Costa Rica en 2024, une découverte jamais documentée auparavant.
  • Il est porteur de deux mutations rares affectant sa pigmentation : une réduction de mélanine et une production excessive de pigments jaunes ; un duo appelé albino-xanthochromisme.
  • Ce cas pourrait refléter des bouleversements environnementaux en cours dans les océans tropicaux.

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