[L’édito du lundi] 7 tendances du digital qui transforment les médias

Il n’y a pas que les médias « traditionnels » qui prennent de plein fouet la déferlante du digital. Les « pure players » internet sont aussi touchés. Revue de détail.

Cet article inaugure une nouvelle section, « L’Edito du lundi », que je publierai tous les lundi matin à 9 heures pétantes. Ca parlera de digital, de geekitude, mais aussi d’autres sujets plus éloignés de nos thèmes habituels, parce-que a fortiori nous sommes des hommes avant tout (les initiés comprendront). Bonne lecture, bisous.

Je vous ai parlé il y a quelques jours de la façon dont le e-commerce était en pointe dans son adaptation permanente aux innovations qui émergent en flux continu avec internet et le digital.

Chez Presse-citron, en tant que média web pure player, nous suivons les évolutions et les innovations des autres secteurs avec un appétit et une curiosité qui ne faiblissent jamais, ayant toujours cette question en tête : pouvons-nous nous en inspirer et comment adapter cela à notre univers, le média ?

Car même si nous sommes un média né avec internet et ayant internet (et ses dépendances) comme seul terrain d’expression, rien ne nous protège d’être un jour dépassés par l’évolution inéluctable du genre, d’un point de vue technologique autant qu’éditorial.

Du coup, à l’occasion d’une présentation qui m’avait été demandée par l’EFAP de Lyon, j’ai pu observer et réfléchir sur l’impact qu’auraient de façon inéluctable les dernières innovations technologiques sur les médias, et comment ces derniers devaient se les approprier pour ne pas se retrouver à la ramasse face à un lectorat de plus en plus sollicité, versatile et imprévisible.

J’ai identifié sept points saillants qui vont inévitablement être les marqueurs d’une transformation importante des médias dans les prochains mois ou les prochaines années, et qui pour certains sont même déjà totalement d’actualité. Certaines des ces évolutions vont entrainer une transformation profonde de la façon dont on doit penser et concevoir un média sur internet.

1 – Le web ambiant

Je reprends ici ce que j’avais développé suite au EC1to1. Pour comprendre, revenons un peu en arrière et revoyons les différentes itérations que nous avons déjà connues avec internet. Au commencement, dans les années 1995-2005, était l’internet fixe, matérialisé par le bon vieux PC de bureau ou de salon, auquel on se connectait religieusement pour des sessions linéaires et limitées dans le temps et l’espace. Puis à partir de 2005 est arrivé l’internet mobile, dont la véritable impulsion a été donnée par l’arrivée de l’iPhone en 2007 et son succès auprès du grand public (même si nous sommes bien d’accord que les smartphones avec accès à internet existaient bien avant ce dernier).

Cette ère mobile caractérisée par notre liaison quasi-permanente à un écran qui tient dans la poche est bien évidemment encore (et de plus en plus) notre principal lien à internet. Mais ce n’est plus le seul. En substance, le smartphone, l’écran et la vue ne sont plus les seuls vecteurs d’accès à internet. Selon Accenture, « la technologie doit et va s’adapter aux cinq sens de l’humain ».

C’est ici qu’entre en scène l’internet ambiant, ou internet « partout », avec notamment les objets connectés bien sûr, et parmi eux les assistants virtuels vocaux. On n’accède plus à internet seulement à travers un écran mais aussi par la voix, grâce à Siri, Cortana, mais surtout Amazon Echo (Alexa) et Google Home. On ne fait plus des requêtes par mot-clé mais on dialogue avec une intelligence artificielle dotée de la capacité d’apprendre de nous autant que nous apprenons d’elle. D’après Google, ce nouvel usage va révolutionner notre rapport à internet. C’est l’ère de l’assistance, en opposition, ou plutôt en évolution de celle du Search, une évolution faite de voix, de langage naturel, de machine learning et de data.

Quel rapport avec un média ? C’est fondamental : qui dit nouveau support de communication dit forcément nécessiter de s’adapter et d’adapter ses contenus. C’est une révolution profonde qui se profile aussi pour les producteurs et éditeurs de contenus. Imaginez que dans dix ans le site web soit mort et que les mobinautes utilisent exclusivement Alexa, Google Home ou Siri pour accéder à l’information. Vous voyez un peu le carnage si vous n’avez pas formaté vos contenus à ce nouveau paradigme ?

Regardez cet extrait de Her, de Spike Jonze (2013) mettant en scène un homme qui tombe amoureux d’une assistante vocale à intelligence artificielle.

2 – La « plateformisation »

Désolé pour ce barbarisme mais il est assez explicite et comme souvent il n’existe pas encore de terme pour qualifier un usage nouveau. La plateformisation des médias, on en parle déjà depuis pas mal de temps, en gros depuis que Facebook a annoncé Facebook Instant Articles, que Google a annoncé Google AMP, et qu’Apple a lancé Apple News, le tout en 2015.

La plateformisation est un peu aux médias ce que la place de marché est aux e-commerçants : le média ne publie plus ses contenus sur ses propres supports, ou en tout cas, plus seulement, mais il privilégie une exposition sur des plateformes tiers comme Facebook, Google, Apple, et dans une moindre mesure Linkedin ou encore Medium. Les GAFA se tirant la bourre pour retenir leur audience dans leur univers bien cloisonné et rêvant de devenir Internet à la place d’Internet, ils ont mis en place des outils qui permettent de publier facilement chez eux. Facebook est certainement le champion du monde toutes catégories et a mis le paquet pour séduire de nombreux éditeurs prestigieux et les inciter à publier directement sur son réseau social. Non sans un certain succès, après avoir fait des concessions sur l’attribution de l’audience, la possibilité pour les médias partenaires de conserver leurs revenus publicitaires et le design de leur site, ainsi que les tags de leurs outils d’analyse statistique.

Les avantages de ce contenu distribué « hors les murs » du média sont nombreux : audience captive garantie et surtout fluidité absolue et sans friction de l’accès aux contenu. Testez par exemple un article du Guardian ou de Libération sur votre mobile à partir de Facebook et vous verrez de quoi je parle : une page qui s’affiche instantanément (Facebook parle de temps de chargement divisé par 10, carrément) et un environnement de lecture particulièrement agréable.

Bien sûr il n’y a pas que des avantages à intégrer ce type de plateforme car vous vous exposez au risque de perdre une partie de votre indépendance au profit d’un espoir d’audience et d’engagement supérieurs. L’idée est de commencer en distribuant seulement une sélection d’articles sur ces plateformes pour tester et de faire des points réguliers sur l’audience, les revenus publicitaires et l’engagement. Mais uns bonne stratégie de contenu « omnicanal » se doit de prendre les plateformes en considération, assurément.

3 – Le live streaming

Twitter, Periscope, Facebook Live et maintenant YouTube sont au taquet sur ce nouveau graal de la production de contenu. Et pour cause : la vidéo est le canal à la mode, et semble-t-il pour très longtemps, et de plus en plus. Offrir à ses membres la possibilité de prendre la parole en direct – privilège jusque là réservé aux chaines de TV classiques -, gratuitement et sans limite d’audience ni de bande passante constitue la garantie de garder son audience pour mieux la monétiser. Alors que Periscope fut pionnier (après le défunt et éphémère Meerkat), il semblerait là aussi que Facebook ait un peu raflé la mise. Il faut dire que c’est tellement simple de lancer un Live que vous êtes tenté d’appuyer sur le bouton rouge même si vous n’avez rien à dire (ou rien en tout cas qui mérite un Live) et de faire votre show dans la petite lucarne. La magie du direct, de la TV, du quart d’heure de gloire warholien en quelque sorte.

Quelques conseils pour des Live réussis :

  • Avant toute chose, ne faites des Live que si c’est pertinent d’être en direct : évènement unique, partager et faire vivre un instant à votre audience, etc. Si un Live ne se justifie pas et que cela pourrait être une vidéo classique, évitez, ça n’a pas beaucoup d’intérêt
  • Préparez le terrain en prévenant votre audience à l’avance, en plusieurs posts annonçant le Live
  • Achetez-vous un stabilisateur pour votre smartphone et éventuellement un micro-cravate
  • Préparez votre titre et un peu ce que vous allez dire (même si la spontanéité fait aussi partie du charme du truc)
  • Montez-vous, parlez face caméra, il n’y rien de plus soporifique qu’un Live où la personne filme une scène en plan fixe sans expliquer ni animer un peu le direct
  • Faites durer au moins 5 minutes, que les gens aient le temps de repérer votre Live et de venir voir qui cause dans le poste

Mais quoiqu’il en soit, ayez à l’esprit que le Live streaming est un canal quasi incontournable pour un média.

4 – Les chatbots

Un petit robot pour pousser vos contenus d’actualité au près d’un lectorat ciblé, ça vous dirait ? Même si l’idée peut paraitre un peu gadget de prime abord, nombreux sont les médias qui s’y sont mis, à l’image d’un TechCrunch (pas étonnant) ou d’un CNN par exemple. Mais c’est l’expérience Quartz qui a fait parler d’elle en premier avec une application mobile qui vous envoie e l’info sous la forme d’un fil de discussion par messagerie instantanée. C’est bien réalisé, fluide, personnalisé, et au final ça fait le job.

Regardez la démo Quartz

Avantage : si vous posez votre chatbot d’actu dans Facebook Messenger par exemple, vous touchez une cible captive sans qu’elle ait besoin d’aller vous chercher ailleurs, et sans application à installer. Marche aussi pour Slack ou tout autre environnement fournissant une API pour permettre à des services tiers de se brancher dessus.

Aller chercher le lecteur où il est sans qu’il ait à sortir de son univers, c’est aussi l’une des caractéristiques d’un média digital : agile et omnicanal. Encore une fois l’analogie avec le e-commerce a du sens.

Et puisque nous parlons de robots, il y a aussi le robot-journalisme et cette expérience du quotidien Le Monde : 36.000 articles écrits par des robots le soir des élections départementales de 2015. Ne pleurez pas tout de suite, parfois les robots c’est bien, quand cela nous libère de tâches répétitives et peu valorisantes, en l’occurrence ici écrire des dépêches standardisées et formatées regroupant des data sur des résultats électoraux.

5 – Les Stories

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ces dernier temps c’est un peu la course à celui qui lancera ses meilleures stories. Après le pionnier Snapchat, qui a fondé une partie de son succès sur ce nouveau format, Instagram s’est emparé du créneau, puis ce fut au tour de WhatsApp, puis enfin Facebook. Même un média qui n’a pas grand-chose à voir avec les quatre autres vient de s’y mettre aussi en storifiant (désolé) ses contenus pour qui souhaite les parcourir rapidement.

Du coup, pour un média, diversifier sa ligne éditoriale et aller capter un public plus jeune en publiant des stories est certainement une possibilité à étudier. D’ailleurs Snap ne s’y est pas trompé, en créant rapidement sa section Discover, qui permet à de grands titres comme Le Monde, L’Equipe ou Paris Match de publier leurs stories.

Pensez-y pour offrir un résumé éphémère de vos contenus. D’ailleurs on attend non sans une certaine fébrilité les stories sur Mastodon, et sur Wikipedia aussi. Non je rigole.

6 – Les Formats

L’émergence des médias digitaux a aussi été celle de nouveaux formats. Si tu gères un média web et que tu n’as jamais publié un article dans un de ces formats, tu as raté ta vie.

L’un des formats les plus répandus est certainement le listicle. Mot-valise contraction de liste et article, le listicle est devenu dès l’émergence des blogs l’un des formats éditoriaux les plus prisés. Attractif, facile à écrire et à lire, propice au second degré et une certaine proximité avec le lecteur, le listicle est un must du producteur de contenu. Un site comme Topito l’a bien compris, qui a fondé toute sa ligne éditoriale sur les listes, et qui fonctionne plutôt bien puisque ce derner attire pas loin de 7 millions de visiteurs uniques chaque mois. D’ailleurs vous aviez certainement remarqué que l’article que vous êtes en train de lire est justement un listicle. Non ? Reprenez donc un café.

Autre format en vogue, les Short Form Videos, ou micro-vidéos, dont certains prétendent qu’elles sont l’avenir des internets. C’est ce que nous faisons depuis début 2017 sur Presse-citron avec les Newzshots en résumant nos articles en vidéos de moins de 30 secondes. Regardez ici et là : Avec Newzshot, Presse-citron remixe l’actu en vidéo en moins de 30 secondes chrono. Et puisque nous parlons de formats, nous avons passé (quand c’est possible) nos Newzshots au format carré, adapté à une vision rapide sur mobile tenu verticalement.

Dans les formats on pourrait aussi mentionner les « How to » et autres tutoriels, comme ceux que nous publions tous les mardi matin. Ou encore le livre blanc ou cette bonne vieille newsletter par email qui non seulement refuse de mourir mais pourrait être l’un des formats à l’avenir le plus radieux.

7 – La curation

Un anglicisme mal traduit et assez moche qui qualifie pourtant l’un des vecteurs de contenus les plus puissants et les plus répandus sur internet. De Techmeme au Drudge Report en passant par Business Insider, Scoop It ou encore L’Important en France, on ne compte plus les succès et même les cartons réalisés par des sites qui ne font que reprendre, hiérarchiser et publier des infos sélectionnées sur d’autres médias. Sur Presse-citro, même si nous produisons aussi nos propres contenus, nous sommes essentiellement des curateurs, et c’est le cas de la plupart de nos confrères. C’est un format que je trouve pour ma part passionnant à travailler, même si comme le disent mes voisins et camarades de Siècle Digital, Curateur ne fait pas de vous un influenceur. Dans les réseaux sociaux, mentionnons également Flash Tweet d’Emmanuelle Leneuf, qui est devenu un incontournable de la lecture matinale avec le café.

En conclusion

Il y a bien d’autres points que nous aurions pu ajouter à cette liste, comme le earned content ou encore le social branding mais j’aurai sûrement l’occasion d’y revenir. Et puis une liste à sept items c’est assez tendance. Quoiqu’il en soit, que vous éditiez un média ou que vous soyez en charge des contenus pour une marque ou une entreprise, vous devriez si ce n’est déjà fait vous intéresser à ces innovations et penser à la façon dont vous pouvez adapter et distribuer ces derniers sur cette multitude de canaux qui sont à votre disposition.

Rappel : si vous voulez tout savoir et comprendre de l’évolution des médias digitaux, c’est dans notre série [detox]


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2 commentaires

  1. Très bel article. Il est vrai que les internautes (les jeunes) aujourd’hui préfèrent suivre une vidéo plutôt que de lire un article écrit noir sur blanc. Des plateformes comme YouTube deviendront dans quelques années une sorte de Google AMP ou Apple News pour les infos au format vidéo.

    • Eric

      Merci !
      Les médias sont aussi en pleine mutation, et cela concerne également les marques qui produisent du contenu.

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