En matière de traumatismes, les humains ne sont pas les seuls à porter les cicatrices de leur passé. Tout comme un chien maltraité peut rester craintif des années après son adoption, les animaux sauvages sont profondément marqués par les épreuves qu’ils traversent. Une découverte qui bouscule notre compréhension du monde animal et qui pourrait nous aider à mettre en place de meilleures stratégies de réhabilitation ou de protection des espèces.
Les secrets bien gardés des marmottes des Rocheuses
Au cœur du Colorado, une histoire scientifique unique se déroule depuis plus de soixante ans. Dans le laboratoire à ciel ouvert des Montagnes Rocheuses, des chercheurs ont suivi méthodiquement les péripéties d’une colonie de marmottes à ventre jaune (Marmota flaviventris).
Ces petits rongeurs, cousins des marmottes qui peuplent l’Europe (Marmota marmota) peuvent vivre jusqu’à quinze ans et ont livré leurs secrets à travers trente générations d’observations minutieuses. Chaque année, plus de 200 individus ont été identifiés, marqués et suivis quotidiennement pendant leur période d’activité, d’avril à septembre.
Une mine d’or pour les scientifiques qui cherchaient à comprendre comment les expériences difficiles façonnent le destin de ces animaux. Les femelles, particulièrement fidèles à leur colonie natale contrairement aux mâles qui ont tendance à se disperser, sont devenues le point focal de cette recherche novatrice.
Un nouvel éclairage sur la vulnérabilité animale
S’inspirant des études sur les traumatismes infantiles chez l’humain, les chercheurs ont développé un « index d’adversité cumulée » spécifique à la faune sauvage. Un outil pour mesurer toutes les épreuves et difficultés que rencontrent les marmottes à ventre jaune tout au long de leur vie.
Sans surprise, leur approche s’est avérée riche en apprentissages et a révélé une réalité complexe : ces marmottes n’ont pas la vie facile. Pression des prédateurs (Loups, ours, coyotes, rapaces, renards et bien sûr, être humain), conditions météorologiques extrêmes, perte de leur génitrice, etc.
En revanche, leurs observations ont mis au jour une composante plutôt surprenante ; la composition même de leur fratrie peut influencer leur destin : les femelles nées dans des portées comptant beaucoup de mâles développent des comportements masculinisés, probablement en raison d’une exposition prénatale à la testostérone (hormone sexuelle masculine). Cette masculinisation, bien qu’invisible à l’œil nu, réduit radicalement leur espérance de vie et leur capacité à se reproduire.
Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres traumatismes précoces identifiés par l’étude. Le constat global est assez triste. Qu’il s’agisse d’une fratrie majoritairement masculine, d’un printemps tardif ou de la disparition de la mère, une seule de ces expériences traumatisantes avant l’âge de deux ans suffit à réduire de moitié les chances de survie à l’âge adulte.
Vers une nouvelle approche de la conservation
Pourquoi cette découverte est-elle si importante ? Parce qu’elle pourrait servir de nouvelle base pour établir des méthodes de conservation plus efficaces. Plutôt que de se focaliser sur une menace unique, les gestionnaires d’espaces naturels pourraient adopter une vision plus holistique, prenant en compte l’accumulation des stress subis par les populations animales.
Face aux défis posés par le réchauffement climatique, par exemple, il est possible d’imaginer des solutions concrètes pour ces petites marmottes. Fermeture temporaire des sentiers de randonnées pendant les périodes critiques ou mise en place de compléments alimentaires pour compenser les effets des conditions météorologiques défavorables.
Un index comme celui développé par cette équipe pourrait ainsi servir de guide et d’identifier les espèces les plus à risque pour les assister. Des solutions similaires ont déjà été testées avec succès sur d’autres espèces comme les primates et les hyènes. Cette approche nous permettrait de mieux comprendre la façon dont les animaux s’adaptent – ou non – aux multiples pressions de leur environnement. Un changement complet dans notre manière de penser la conservation, qui nous rappelle que la souffrance animale, loin d’être une simple projection anthropomorphique, est une réalité mesurable aux conséquences bien réelles.
- Les marmottes des Rocheuses, suivies pendant 60 ans, montrent que leurs expériences traumatisantes réduisent considérablement leurs chances de survie et de reproduction.
- Un « index d’adversité cumulée » a été développé pour mesurer l’impact des traumatismes précoces sur ces marmottes : prédateurs, perte de la mère, conditions météo, etc.
- Ces découvertes pourraient inspirer des stratégies de conservation plus globales, tenant compte de l’accumulation des sources de stress dans les populations animales.
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Ce n’est pas vraiment étonnant puisque l’on sait depuis maintenant un bon moment que presque tous les animaux non humains ont les capacités émotionnelles et la même compréhension de leurs émotions que les humains.
Je me demande quand on arrêtera de s’étonner de ne pas être le seul animal doté d’émotion, de sentiment et de sentiance.
Quand est ce qu’on devient tous végétarien ?
Il faut une étude pour savoir que des êtres vivants ont des sentiments ??? Après on s’étonne que le monde va mal.