Étudier l’atmosphère solaire est l’une des missions les plus complexes pour un astronome. Invisible à l’œil nu, elle n’apparaît qu’en cachant le cœur du Soleil, comme lors d’une éclipse. Or, ces alignements des astres sont rarissimes.
La prochaine éclipse totale devrait être observable en Amérique du Nord le 8 avril. Passée cette date, il faut attendre 370 ans pour en voir une autre à cette position. Les centres d’étude nord-américains auront donc tous les yeux rivés vers le Soleil le 8 avril.
Proba -3 : créer des éclipses artificielles
Pour ne pas faire patienter les astronomes pendant plus de trois siècles, l’Agence Spatiale européenne (ESA) vient de dévoiler le projet Proba-3. Cet ensemble de deux satellites devrait voler en concert à 60 000 kilomètres de la Terre. Ils seraient alors capables de créer des éclipses « artificielles » en s’alignant parfaitement avec le Soleil.
Pendant les deux ans de la mission, le bouclier principal, large de 1,40 mètre et lourd de 250 kilogrammes, jouera le rôle de la Lune. Il masquera la lumière du Soleil pour en faire ressortir l’atmosphère. Le deuxième satellite (300 kilogrammes) sera équipé d’un coronographe, récoltera les données de cette expérience pour permettre aux scientifiques d’en apprendre plus sur le Soleil.

Une précision chirurgicale
Cette opération en plein air demande une précision extrême. Les deux satellites devront, pour fonctionner correctement, être distants de 144 mètres, au millimètre près. L’ESA rappelle que lors de la dernière observation de ce genre, avec la mission Prisma, la marge de manœuvre était de 10 centimètres.
Pour Raphaël Rougeot, ingénieur systèmes à l’ESA et spécialiste du coronographe, cette mission a un intérêt tout particulier. Il espère pouvoir étudier la couronne solaire, cette région de l’astre, encore méconnue.
Peu dense, cette zone est pourtant extrêmement chaude, dépassant le million de degrés. Une vraie énigme pour les scientifiques quand on sait que la surface du Soleil, à quelques kilomètres en dessous, n’est « que » de 6000 °C. C’est cette couronne qui est également à l’origine des éruptions solaires. Un phénomène qui peut avoir un impact sur nos satellites et moyens de communication modernes.
Une démonstration de puissance
En plus de l’intérêt scientifique évident d’une telle expédition, Proba-3 est aussi une façon de prouver que l’Europe est toujours à la pointe de l’observation astronomique. Comme l’explique Damien Galano, responsable de la mission pour l’ESA, c’est une super occasion de démontrer tout le savoir-faire européen.
Il ne suffit pas de lancer deux satellites en orbite. Cette partie du voyage est réservée à une fusée indienne. C’est après que le périple se corse. Les ingénieurs doivent maîtriser la navigation en vol, avec des algorithmes ultra-réactifs et performants.
Pour toujours conserver la même distance entre les deux satellites, l’ESA mise sur un capteur laser. Ce dernier doit fournir en permanence une estimation de la distance entre les deux appareils.
Le satellite « Lune », qui analysera cette information, sera alors en charge d’utiliser son système de micropropulsion pour garder un écart de 144 mètres entre les deux satellites. La mission Proba-3 devrait quitter la Terre en septembre prochain.
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