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L’Île de Pâques dévoile ses secrets : avions-nous tout faux sur la naissance de l’écriture ?

De récentes découvertes sur l’Île de Pâques (Rapa Nui) remettent en question nos connaissances sur les origines de l’écriture.

Voilà plusieurs décennies que l’historiographie traditionnelle enseigne que les premières traces d’écriture remontent au quatrième millénaire avant J.-C., en Mésopotamie (Zone géographique comprenant l’Irak et la Syrie actuels). Celle-ci se serait ensuite propagée à travers le monde. Toutefois, une étude approfondie des tablettes Rongorongo de l’Île de Pâques (découvertes au 19ᵉ siècle), suggère que nous pourrions avoir sous-estimé les peuples qui vivaient isolés du reste du monde.

Une étude de l’Université de Bologne a présenté des preuves indirectes laissant à penser que le peuple polynésien aurait, lui aussi, inventé une forme d’écriture, bien avant l’arrivée des européens.

Une découverte révolutionnaire

L’étude en question de l’Université de Bologne, dirigée par Silvia Ferrara, professeure de philologie, a été publiée dans la revue Nature le 2 février 2024. C’est en datant le bois des tablettes Rongorongo que les chercheurs ont pu établir ce constat. Ces artefacts préexistaient à l’arrivée des premiers explorateurs européens sur l’île.

Ces tablettes sont gravées de symboles représentant de nombreux éléments : humains, animaux, plantes, outils, parties du corps ou corps célestes. Cela signifierait donc que ces tablettes représenteraient la potentielle cinquième occurrence de l’invention de l’écriture de manière indépendante par l’être humain. Les quatre autres étant : la Mésopotamie (fin du quatrième millénaire avant J.-C.), l’Égypte (vers 3 200 avant J.-C.), la Chine (1200 avant J.-C.) et la Mésoamérique (entre 900 et 300 avant J.-C.).

Pour Ferrera, cette découverte est d’une importance capitale : « Cela constituerait une avancée majeure pour comprendre combien de fois les êtres humains ont atteint le moment décisif de l’invention de l’écriture ».

La méthode derrière la datation

Pour en arriver à cette conclusion, la datation a été effectuée par radiocarbone. Cette méthode a été suggérée par Sahra Talamo, co-auteure de l’étude, professeure de chimie à l’Université de Bologne directrice du Bologna Radiocarbon Laboratory devoted to Human Evolution (BRAVHO).

Également connue sous le nom de datation au carbone 14, qui est « la méthode isotopique la plus employée. Elle se base sur la désintégration progressive du carbone 14 (C14), l’un des trois isotopes du carbone » selon l’Inrap. C’est une technique qui permet d’estimer l’âge des matières organiques en mesurant la quantité de carbone contenu par celles-ci.

On sait que le carbone 14 se désintègre à taux connu à la mort d’un organisme. Lorsqu’on compare un échantillon (en l’occurrence, un morceau des tablettes Rongorongo) à un échantillon vivant, on parvient à déterminer quand l’organisme a cessé d’absorber du carbone, et donc à estimer son âge.

Cette méthode a été approuvée par la Congregazione dei Sacri Cuori di Gesù e di Maria à Rome. En effet, dater un échantillon avec cette technique nécessite de prélever des échantillons sur le matériel à tester, donc d’en détruire de petits morceaux. Toutefois, cette approche a permis de dater précisément ces tablettes en révélant que le bois de l’une d’entre elles datait d’environ 1450. Bien avant l’arrivée des Européens au 18ᵉ siècle.

Talamo explique : « Nous avons daté précisément le moment où l’arbre a été coupé. Il est crucial de prendre en compte qu’avec le passage des mois, des jours, voire des années, si l’arbre n’est pas bien préservé, il pourrait se dessécher, rendant le bois impossible à utiliser pour l’écriture ». Elle continue : « Il est donc probable que la gravure ait été réalisée à peu près à la même époque, ou pas beaucoup plus tard ».

Cette découverte indiquerait que le peuple de Rapa Nui aurait ainsi développé indépendamment un système d’écriture. Un fait remarquable étant donné l’isolement extrême de l’île.

Conséquences de cette découverte

L’idée que l’invention de l’écriture n’était limitée qu’à quelques grandes civilisations du monde ancien est alors fortement bouleversée. Cela signifie que les sociétés isolés de grands centres de développement culturels sont également capables d’innovations aussi importantes que l’écriture. Comme l’explique Ferrara : « Si les êtres humains ont inventé un système d’écriture indépendamment quatre fois, la question est, pourquoi pas plus ? Les preuves indirectes pointent dans cette direction ».

D’un point de vue plus global, cette découverte permet d’aborder une perspective plus nuancée sur la préhistoire humaine et de son lien avec la technologie. L’innovation peut bel et bien émerger de contextes très variés, et non uniquement au sein des grandes puissances civilisationnelles, l’écriture n’en est peut-être qu’un exemple.

En outre, ceci encouragera certainement les chercheurs à enquêter dans d’autres régions du monde n’ayant pas bénéficié d’études approfondies. Ceci afin de chercher des preuves d’inventions qui pourraient encore être cachées ou non-découvertes. S’il y a bien une leçon à tirer du secret des tablettes de Rongorongo : l’Histoire est toujours faite de surprises, et la compréhension que nous en avons sera toujours sujette à révision.

  • Une étude de l’Université de Bologne s’est penché sur les tablettes de Rongorongo de l’Île de Pâques.
  • Les chercheurs ont découvert que les peuples polynésiens auraient inventé l’écriture aux alentours de 1450, bien avant l’arrivée des premiers Européens
  • Cette découverte implique que des innovations aussi importantes que l’écriture ne sont pas exclusives aux grandes civilisations comme on l’a toujours cru jusqu’à maintenant.

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