Le constat est sans appel. L’Union européenne continue inlassablement de prendre du retard sur ses concurrents en matière de compétitivité. L’écosystème de ses start-up en pâtit directement : alors qu’elles sont nombreuses, les jeunes pousses peinent à atteindre la croissance. Une situation inquiétante qui s’explique par divers facteurs.
Un environnement semé d’embûches
Le rapport sur la compétitivité européenne de l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, remis la semaine dernière à Ursula van der Leyen, présidente de la Commission européenne, fait froid dans le dos. « Si l’Europe ne parvient pas à devenir plus productive, nous serons contraints de faire des choix. Nous ne pourrons pas devenir à la fois un leader des nouvelles technologies, un modèle de responsabilité climatique et un acteur indépendant sur la scène mondiale. Nous ne pourrons pas financer notre modèle social, nous devrons revoir à la baisse nos ambitions. C’est un défi existentiel », avertit l’expert.
Il s’attarde notamment sur les start-up européennes, un secteur marqué par une tendance propre à l’ensemble du Vieux Continent. Si de nombreuses jeunes pousses voient le jour, avec des concepts innovants, elles peinent à grandir et à s’internationaliser. Car contrairement aux États-Unis qui offrent un marché unifié de 330 millions de consommateurs, l’Europe présente des barrières linguistiques, culturelles et réglementaires entre ses 27 pays membres. De ce fait, beaucoup de jeunes pousses cartonnent chez elles, mais demeurent méconnues dans les pays voisins.
Autre problème, les fonds d’investissement capables d’injecter des montants importants dans les start-up sont beaucoup moins nombreux qu’outre-Atlantique. Cela explique pourquoi les jeunes pousses en phase d’amorçage sont légion, mais ne parviennent pas à passer à l’échelle. Pourtant, pas moins de 251 jeunes pousses créées après 2000 affichent aujourd’hui un chiffre d’affaires dépassant les 10 millions d’euros, selon un panorama réalisé par 32 associations représentant les intérêts des start-up dans 20 pays européens.
Ce chiffre prouve que le potentiel est bel et bien là, mais il est confronté à un environnement trop défavorable et de plus en plus incertain. En conséquence, les entreprises européennes sont nombreuses à partir en quête de financement ailleurs, notamment aux États-Unis.
Et si les choses étaient en passe de changer ?
Selon les experts du secteur, la réponse doit être politique. « Il y a eu le rapport Enrico Letta (Ndlr : rapport rendu en avril sur le marché unique européen), il y a désormais le rapport Draghi. On commence à gagner la bataille des idées, mais il faut que cela se traduise en action », assure Maya Noël, directrice générale de l’association France Digitale, au Figaro.
Tout d’abord, au travers d’un marché des capitaux communs, ce qui offrirait des opportunités de financements plus ouvertes pour les start-up. C’est un élément essentiel pour dynamiser l’écosystème et favoriser l’innovation. De même, l’augmentation du budget de l’European Innovation Council (EIC), qui soutient la commercialisation des technologies à haut risque et à fort impact dans l’Union européenne, est préconisée.
Et, pourquoi pas, l’introduction d’un statut spécifique aux start-up. Elles bénéficieraient alors d’un « d’une autorisation de marché unique », leur permettant d’accéder bien plus rapidement et facilement à d’autres marchés, explique Antoine Latran de France Digitale au média français.
La publication du rapport Draghi tombe à point nommé, alors qu’Ursula van der Leyen vient tout juste de nommer les deux nouvelles commissaires européennes responsables de la tech. À voir si elles répondront aux attentes d’un secteur en quête d’un nouveau souffle.
- La compétitivité de l’Union européenne est en berne
- Une tendance qui se reflète sur l’écosystème des start-up européennes : elles peinent à passer à l’échelle
- Complexités administratives, difficultés d’accès aux financements… Les raisons sont nombreuses, et doivent vite être solutionnées pour vraiment concurrencer les États-Unis et la Chine
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