Définie lors de la demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM), la durée de conservation d’un médicament correspond précisément à « la période pendant laquelle il peut être utilisé en toute sécurité et avec une efficacité garantie », sur la base d’études très strictes, indique l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) dans un communiqué.
Problème, aujourd’hui en France, la majorité des médicaments autorisés affichent une durée de conservation limitée à 2 ou 3 ans seulement, tandis que moins de 10 % d’entre eux atteignent les 10 ans. Cette fenêtre relativement courte entraîne l’expiration prématurée de milliers de boîtes qui restent, pourtant, utilisables.
Et cela génère logiquement un gaspillage massif. L’éco-organisme Cyclamed l’estime à 9 960 tonnes de médicaments non utilisés dans les foyers français sur la seule année 2024. Une fois apportées en pharmacie, réflexe adopté par 81 % des Français pour éviter la contamination des eaux, les boîtes finissent systématiquement à l’incinérateur, qu’elles soient entamées ou non.
Si la perte financière est lourde, le coût environnemental l’est tout autant : au sein de l’Hexagone, le système de soins pèse plus de 8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Les médicaments et les dispositifs médicaux représentent à eux seuls 55 % de ce bilan.

« Longue vie aux médicaments »
Pour endiguer ce gâchis, l’Agence nationale de sécurité du médicament a lancé une phase pilote inédite auprès des industriels, afin « d’identifier et d’accompagner les industriels qui ont l’intention de déposer, dans les cinq prochaines années, une demande de modification de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) d’au moins un de leurs médicaments en vue d’augmenter la durée de conservation de leurs médicaments ».
Et ce projet vient de franchir une étape clé : 14 laboratoires pharmaceutiques ont répondu à l’appel à candidature. Au total, 73 médicaments très courants sont concernés, contenant des molécules comme le paracétamol, le lithium, la lévothyroxine et la mélatonine.
Ainsi, 47 d’entre eux devraient atteindre une durée de conservation de 4 ans ou plus, et les retombées attendues sont nombreuses. En plus d’éviter la destruction inutile de stocks parfaitement valides, cette mesure vise à réduire le risque de pénuries afin d’assurer une « meilleure disponibilité des traitements dans les hôpitaux et les pharmacies ».
À noter que l’ANSM cible en priorité les traitements très répandus et souvent peu coûteux. Du côté des médicaments plus complexes ou onéreux, notamment ceux réservés à un usage hospitalier, la question de la conservation se pose différemment. D’autres leviers d’économies sont à l’étude à l’échelle internationale, comme l’optimisation des posologies pour éviter d’injecter ou de fabriquer des doses superflues.
- 14 laboratoires s’engagent à repousser la date d’expiration de 73 médicaments très courants, comme le paracétamol ou la lévothyroxine.
- Cette mesure vise à sauver des milliers de tonnes de traitements jetés inutilement chaque année, tout en réduisant l’empreinte carbone et les risques de pénurie.
- D’autres pistes comme la révision des dosages sont explorées pour limiter le gâchis.
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