Contre toute attente, Fairphone vient de dévoiler un nouveau smartphone, le Fairphone 6+. Il arrive seulement un an après la version 6. Un rythme de renouvellement totalement habituel dans la tech, mais étonnant pour une marque qui cherche à minimiser son empreinte sur la planète et qui vantait à une époque ses cycles plus longs.
L’évolution générationnelle reste néanmoins timide et s’adresse donc aux nouveaux acheteurs plutôt que de chercher à tenter les anciens. C’est à la fois une bonne chose, puisque cela devrait limiter l’impact de cet achat sur la planète, et une mauvaise, puisque les défauts du FP6 sont toujours là pour la plupart.
Mais, ne tirons pas sur l’ambulance trop vite, d’autant que le Fairphone 6 est très certainement le premier de sa lignée que l’on pouvait réellement conseiller. Cela explique d’ailleurs probablement pourquoi c’est celui qui s’est le mieux vendu.

Une fiche technique qui change peu
Le Fairphone 6+ n’est pas un Fairphone 7. Il ne réinvente pas la roue et reprend la quasi-totalité de la fiche technique de son prédécesseur, à deux exceptions près : le Snapdragon 7s Gen 3 est troqué contre une Gen 4 et la RAM passe de 8 à 12 Go, toujours en LPDDR5. C’est tout.
| Fairphone 6+ | |
|---|---|
| Dimensions | 156,5 x 73,3 x 9,6 mm |
| Poids | 191 grammes |
| Ecran | Ecran P-OLED de 6,31 pouces Full HD+ 120 Hz (90 Hz par défaut) 1400 nits |
| Processeur | Qualcomm Snapdragon 7s Gen 4 |
| RAM | 12 Go |
| Stockage | 256 Go |
| OS | Android 16 ou Murena /e/OS |
| Capteurs photo | Capteur grand angle de 50 mégapixels (f/1.6) Capteur ultra grand angle de 13 mégapixels (f/2.2) |
| Capteur selfie | 32 mégapixels |
| Biométrie | Capteur d'empreintes sur la tranche |
| Batterie | 4415 mAh |
| Certification IP | IP55 |
| Coloris | Vert, noir, bleu |
Tout le reste est strictement identique. Même design, même certification IP55, mêmes modules photo, même écran, même batterie. Le prix souffre en revanche de l’augmentation de la quantité de RAM (dans cette économie !!!), mais avec parcimonie. Il passe de 600 à 650 euros, ce qui est relativement raisonnable compte tenu des augmentations généralisées de tout le marché.
L’esprit Fairphone
Avant toute chose, rappelons la philosophie de Fairphone expliquant les compromis et ce prix pouvant paraître élevé par rapport à sa fiche technique. C’est un point nécessaire pour comprendre comment un appareil avec peu ou prou les mêmes caractéristiques qu’un Nothing Phone (4a) soit proposé au double du prix de ce dernier.

Fairphone a été fondé en 2010 avec pour objectif de proposer un smartphone éthique, sourçant différemment les nombreuses terres rares généralement sorties de terre dans des conditions déplorables. Le cobalt, par exemple, présent dans les batteries Lithium-ion des produits technologiques, provient en grande partie de République Démocratique du Congo, en Afrique. Ces exploitations sont sources de conflits armés, de maladies pour les populations environnantes et d’exploitation d’enfants.
C’est pour cette raison que Fairphone participe à l’Alliance du Cobalt Équitable, pour investir dans des exploitations éthiques, rémunérant à leur juste valeur les travailleurs et travailleuses, et tenant éloignés les plus jeunes des mines. Le Fairphone 6+ rend d’ailleurs hommage à cette initiative par son nouveau coloris, le bleu cobalt.
Quand vous achetez un produit Fairphone, vous n’achetez pas un bon “rapport qualité-prix”. Vous achetez un appareil qui rémunère à leur juste valeur tous les maillons de la chaîne de production.
Les points forts du Fairphone 6+
Un téléphone pensé pour durer
Depuis peu, les constructeurs promettent jusqu’à sept ans de mises à jour pour leurs smartphones, ce qui est une excellente chose. Soyons honnêtes, le logiciel est rarement la raison d’un renouvellement. En sept ans, la batterie a le temps de s’user au point de devoir être rechargée deux fois par jour, l’écran est possiblement cassé ou l’appareil photo endommagé. Des réparations souvent onéreuses qui incitent à leur préférer un nouveau smartphone, parfois meilleur pour un prix moindre.

Le Fairphone 6+ est quant à lui un exemple de réparabilité et la marque propose des pièces détachées directement sur sa boutique à des prix abordables. Quelques dizaines d’euros, un tournevis et un peu d’huile de coude pourront redonner une nouvelle jeunesse à votre appareil.
Quant au suivi logiciel, Fairphone n’est pas en reste et promet un support jusqu’en 2033. Et si vous arrivez à bout des 256 Go de mémoire interne avant cela, la présence d’un port microSD vous permettra de voir venir avant de changer de téléphone.
De meilleures performances
L’un des principaux points faibles du Fairphone 6 était lié à ses performances, avec des ralentissements notables lors de la navigation au sein de l’interface. Avec son nouveau SoC et sa mémoire supplémentaire, le 6+ supprime cette lacune.
Même sur des tâches lourdes, le Snapdragon 7s Gen 4 s’en sort avec brio. Un jeu aussi intense que Fortnite par exemple tourne à 60 FPS sans hoqueter en qualité “élevée” et autour de 40 FPS en “épique”. Autant dire que même avec tous les taquets poussés au maximum, vous pourrez enchaîner vos victoires royales sans vous sentir limité par le matériel (arrêtez de vous chercher des excuses).

Un switch personnalisable et les Fairphone Moments
Sur sa tranche droite, le Fairphone 6+ possède un gros switch jaune apportant un certain cachet à l’ensemble. Mais il est surtout très utile et personnalisable. En un clic, on peut ainsi passer en mode avion, ne pas déranger, économiseur de batterie, activer la torche ou encore le filtre à lumière bleue. Un fonctionnement que l’on retrouve chez d’autres constructeurs, comme OnePlus avec sa “Plus Key” par exemple.
Par défaut, ce commutateur n’est toutefois réglé sur aucune de ces options. Quand on l’active, il passe alors en mode “Moments”. Cela s’apparente à un mode de concentration, réduisant les distractions. Pas de fond d’écran, pas de widget en dehors de l’heure et de la date et juste cinq raccourcis vers des applications que vous aurez choisies au préalable. Dans l’idée, on se rapproche de ce que propose le Light Phone.

Seul bémol : la tentation de repasser sur l’accueil complet pour lancer son réseau social préféré. Au moins vous le ferez en pleine conscience et non plus par automatisme.
Une autonomie correcte
Comme son prédécesseur, le Fairphone 6 embarque une batterie de 4415 mAh. Il profite néanmoins de l’évolution de son SoC pour gagner en efficience. Cela lui permet de gagner en autonomie et d’atteindre les deux jours d’utilisation sur des charges légères. Moins en lançant des applications qui nécessitent plus de puissance.
C’est une autonomie tout à fait correcte, mais qui se trouve en concurrence avec des smartphones chinois munis de batteries silicium-carbone bien plus denses. C’est donc correct dans le référentiel de 2024, moins en 2026.

Sa charge n’est pas non plus impressionnante. Avec une puissance de 30 W, son chargeur (non inclus) lui permet de récupérer 50 % de batterie en 25 minutes. C’est suffisant, mais pas époustouflant.
Les points faibles du Fairphone 6+
Un design qui peut être amélioré
En 2025, Pierre disait du Fairphone 6 qu’il n’est “quand même pas très beau”. Je ne suis pas totalement d’accord avec lui, et le bleu cobalt de ce 6+ me conforte dans mon idée. C’est un design marqué, qui ne plaira pas à tout le monde, j’en conviens, mais il a cette touche d’originalité qui me plait.

Néanmoins, d’un point de vue très objectif, je trouve certains points importants à améliorer. Sur le plan purement esthétique, je dirais que les bordures d’écran sont trop larges pour les standards de 2026, mais celles et ceux qui optent pour un Fairphone n’ont certainement que faire de ce détail. En revanche, tout au long de ce test, j’ai été perturbé par l’emplacement des touches de volume, au milieu de la tranche gauche. À dire vrai, l’ergonomie semble pensée pour les gauchers. Si c’est une bonne chose pour les 13 % (environ) de la population que cela concerne, les autres devront s’y habituer.
Le point le plus dommageable, au sens premier du terme, c’est sa conception en plastique facile à réparer. Pour le permettre, Fairphone a évité la colle ou encore le design “unibody”. De fait, il n’a obtenu qu’une certification IP55, qui le protège correctement contre la poussière, mais modérément contre l’eau. S’il résiste à des éclaboussures, il ne devrait pas survivre à une immersion. Évitez donc de le faire tomber dans vos toilettes.
La partie photo toujours en retard
En photo, le Fairphone 6+ n’évolue pas et reprend à l’identique la configuration du modèle de 2025. Malgré les trois cercles à son dos, il possède seulement deux modules : un grand-angle couplé à un capteur Lytia 700C de 50 Mpx et un ultra grand-angle couplé à un capteur de 13 Mpx.

Si vous n’utilisez l’appareil photo de votre smartphone que ponctuellement, cette configuration peut être suffisante. De jour comme de nuit, on obtient des clichés équilibrés aux couleurs naturelles. Mais, dès lors que l’on s’attarde sur les détails, le Fairphone 6+ ne fait plus le poids.
Le principal souci provient de son manque de finesse. Zoomer légèrement dans l’image suffit à constater du flou et des lignes droites baveuses. Les zones lumineuses très fortes perdent également leur délimitation pour devenir un halo brumeux coloré. Si vous aimez les photos avec de fortes dynamiques, ce n’est pas l’appareil qu’il vous faut.
Notre avis sur le Fairphone 6+
Acheter un nouveau smartphone est un acte qui n’est pas sans conséquences pour la planète. Le seul produit tech écolo est celui qui n’est pas fabriqué. Toujours est-il qu’il est possible de limiter son impact et c’est ce que s’évertue à proposer Fairphone.

Opter pour un Fairphone 6+ pour remplacer votre vieux smartphone est un geste de consommation militant. Vous acceptez de payer plus cher que le prix du marché pour financer un approvisionnement plus vertueux. Et avec les générations qui se succèdent, la petite marque néerlandaise améliore sa copie et en arrive à proposer un téléphone agréable à utiliser au quotidien, voire carrément désirable.
Néanmoins, un tel geste militant implique également des concessions. Au niveau du prix d’abord, mais aussi de certains aspects utiles, comme la partie photo, toujours en retrait par rapport à sa concurrence. L’autre solution pourrait alors être d’opter pour un téléphone reconditionné. Un Pixel 10 Pro est par exemple dans la même tranche tarifaire en seconde main qu’un Fairphone 6+ neuf. Écologiquement, ça se tient presque plus. Éthiquement en revanche, rien n’arrive à la cheville de Fairphone.
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