Passer au contenu

Meta et son projet « Name Tag » : les Ray-Ban connectées pour servir la surveillance de masse. Le rêve de Zuckerberg d’un monde sans anonymat

Le grand Zuck’ a fait fortune en bâtissant un empire à partir de vos données, entassées aujourd’hui dans les serveurs de Meta. Il a voulu l’étendre grâce à des millions de Ray-Ban équipées d’un moteur de reconnaissance faciale militaire, mais Wired a exposé le projet avant qu’il ne soit lancé.

Meta est le plus grand aspirateur à données intimes du monde, bien devant Google ou OpenAI. Elle en récupère une quantité sidérante par Instagram ou Facebook, ses premiers viviers qui constituent le socle de la puissance de l’entreprise de Zuckerberg.  Lorsqu’elle a présenté, en 2023, ses Ray-Ban Meta, elles ont connu un immense succès mais elles ont légitimement soulevé la question du vol de données confidentielles, les caméras enregistrant de fait tout ce que l’utilisateur regarde. La deuxième version, avec sa fonctionnalité « super sensing », a poussé l’intrusion encore plus loin en permettant à Meta AI, son IA embarquée, d’analyser en temps réel tout ce qui passe à travers leurs verres.

L’entreprise avait pourtant toujours affirmé que ses lunettes « n’étaient pas conçues pour ça » et qu’elle n’avait pas l’intention de construire une base de données faciale centralisée.

Mais au début du mois de juin, le média Wired a révélé que Meta, en catimini, avait bien intégré des lignes de code connectant les lunettes à un moteur de reconnaissance faciale militaire. Sous le nom interne de « Name Tag », cette fonctionnalité pouvait identifier biométriquement, en temps réel et sans consentement, n’importe quelle personne dans le champ de vision des lunettes. Sous la pression du tollé public et de l’enquête, le code a disparu de l’application en moins de vingt-quatre heures, le 5 juin. L’EFF (Electronic Frontier Foundation) a néanmoins pris soin de rappeler que la suppression d’un code n’a jamais constitué une garantie, et que rien dans le passif de Meta ne justifie de lui accorder le bénéfice du doute.

Zuckerberg, Meta et l’anonymat : une incompatibilité fondamentale

Meta et la reconnaissance faciale, c’est une longue histoire d’amour et c’est loin d’être la première fois que la firme fait machine arrière sous la contrainte. Lors des « années far-west » sur Facebook (2010-2021), l’entreprise avait activé sans demander leur avis quelque 600 millions d’utilisateurs dans un programme d’identification automatique des visages, les « suggestions de tags ». Face à la pression politique mondiale, Meta annonça en grande pompe son abandon, en invoquant la nécessité de trouver « le bon équilibre » entre technologie et éthique.

L’État du Texas a trouvé le sien en 2024 : il infligea un coup de massue historique à Meta en obtenant un accord de 1,4 milliard de dollars (le plus gros règlement jamais obtenu par un seul État américain) pour avoir collecté illégalement les données biométriques des Texans entre 2011 et 2021.

Rien de tout cela n’a visiblement refroidi les ardeurs de Zuckerberg. En février 2026, le New York Times révélait l’existence d’un mémo interne dans lequel des responsables de Meta estimaient que le chaos politique qui secouait les États-Unis offrait une occasion en or pour déployer le projet « Name Tag ». L’hypothèse étant que l’attention des régulateurs et des médias serait suffisamment accaparée ailleurs pour que le lancement passe sans encombre.

L’oncle Sam s’invite dans vos lunettes

Selon l’enquête menée par Wired, Meta, pour développer cette fonctionnalité, a conclu un accord de licence avec Rank One Computing. Si ce nom ne vous parle pas, c’est tout à fait normal ; elle est inconnue du grand public, mais c’est l’une des entreprises américaines les plus influentes dans l’identification biométrique, qui tire 80 % de ses revenus de contrats avec l’armée et les forces de l’ordre. Un choix de prestataire pour le moins discutable : la technologie biométrique que Meta voulait intégrer à ses lunettes grand public était la même que celle qu’emploient l’armée américaine et les agences fédérales pour identifier des suspects dans leurs enquêtes.

Pour l’EFF, c’en est trop, et elle n’a pas peur des mots : il n’y a désormais presque plus rien qui sépare la technologie de surveillance vendue aux forces de l’ordre de celle que Meta voulait glisser dans ses sept millions de paires de Ray-Ban en circulation dans le monde. L’entreprise, de son côté, assure qu’aucune décision finale n’a été prise quant au déploiement d’une fonctionnalité de reconnaissance faciale sur ses lunettes, et que si elle devait en lancer une, ce serait « avec une transparence totale ». Que Meta nous promette cela aujourd’hui pour ses futurs desseins biométriques ne manque pas de sel ; c’est le langage des voyeurs qui, acculés, jurent qu’ils préviendront la prochaine fois qu’ils colleront leur œil à la serrure. La seule constante qui reste transparente chez Meta, c’est la grossièreté de ses manœuvres lorsque les projecteurs de la presse se braquent sur ses arrière-cuisines.

  • Meta a envisagé d’intégrer un moteur de reconnaissance faciale militaire dans ses Ray-Ban, suscitant des inquiétudes sur la vie privée.
  • Sous la pression du public, Meta a retiré ce code, mais son historique soulève des doutes sur ses intentions réelles.
  • L’entreprise continue de flirter avec des technologies de surveillance malgré des précédents controversés et des amendes record pour collecte illégale de données.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech