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On a demandé à trois IA comment l’humanité allait s’effondrer

Que prédisent les IA grand public lorsqu’on leur pose la question ultime ?

L’espèce humaine s’est toujours passionnée pour sa propre disparition. À Delphes, dans le sanctuaire d’Apollon, les rois grecs consultaient déjà la Pythie pour connaître l’issue d’une guerre ou deviner la chute d’un empire. Une fascination qui s’est perpétuée à travers les siècles : les Cavaliers de l’Apocalypse des textes bibliques, la peur de l’An Mil qui a paralysé l’Europe chrétienne et enfin, Nostradamus, apothicaire français du XIVᵉ siècle dont les quatrains cryptiques ont traversé les âges, recyclés à chaque catastrophe, réelle ou fantasmée.

Bien plus récemment, ce sont les romans d’anticipation et le cinéma qui ont pris ce lourd relais : des œuvres dans lesquelles la fin ne tombe plus du ciel, mais naît de nos propres mains : dérèglement climatique, guerre totale, pandémies incontrôlables ou effondrement civilisationnel.

Faute de prêtresses en transe et de devins en robe longue, nous avons pensé qu’il aurait été intéressant d’interroger trois IA à ce sujet (ChatGPT, Claude et Gemini). Comme nous l’avions fait pour notre article sur le prochain Pape, nous suivrons exactement le même protocole. Une question générique leur sera posée sous la forme de ce prompt simplissime : « À ton avis, comment l’humanité va-t-elle s’effondrer ? ». Pour obtenir de meilleurs résultats, nous utiliserons par la suite un prompt taillé pour les spécificités de chaque modèle. Tous seront représentés sous forme de tableau pour garantir une meilleure lecture.

ChatGPT : l’humanité pourrait ne pas survivre à l’année 2100

Commençons par le plus célèbre des chatbots, qui entame la conversation par : « Bonne question — et aussi vaste que vertigineuse. Les scénarios d’effondrement de l’humanité se répartissent en deux grandes catégories : ceux qui misent sur un grand choc brutal (soudain, global, souvent technologique ou géopolitique) et ceux qui décrivent un effondrement progressif, silencieux mais inexorable (écologique, social, énergétique) ».

Avec le prompt simple, voici ce que ChatGPT nous a répondu :

Fin Du Monde Chatgpt
ChatGPT analyse sept catégories de risques. © Capture d’écran / ChatGPT

Que ressort-il de ce tableau ? Premier point : ChatGPT ne prédit pas un effondrement unique à la sauce hollywoodienne, mais dessine une cartographie systémique des différents risques. Ensuite, les crises qu’il entrevoit s’entrelacent, se nourrissent et s’amplifient mutuellement. Pas de réponse unique ici, mais une logique de polycrise : l’effondrement viendra d’une combinaison de facteurs et d’un enchaînement de défaillances.

En revanche, le scénario dressé est très sombre et néglige les leviers d’action positifs sur lesquels nous pourrions nous appuyer (coopérations locales, systèmes alimentaires alternatifs, etc.) et n’intègre pas les transformations déjà à l’œuvre (restauration des écosystèmes, low tech, sobriété énergétique, etc.).

Utilisons désormais ce prompt plus détaillé, et conçu pour que ChatGPT aille plus loin dans son analyse :

Prompt 2 Chatgpt
Nous avons délibérément décidé de lui demander d’aller chercher dans la littérature scientifique. © Capture d’écran / ChatGPT

Voici donc sa réponse, qui, comme prévu, est plus détaillée :

Fin Du Monde 2 Chatgpt
Cette fois, le chatbot a quantifié les risques. © Capture d’écran / ChatGPT

Si on le compare au premier tableau, il n’a absolument rien à voir. Ici, pas de vision généraliste, mais un ancrage scientifique plus robuste qui a permis au modèle de prioriser les risques réels à partir de données mesurables. Il y introduit des indicateurs de résilience ainsi que des dates butoirs (2050, 2100) ainsi qu’une graduation des risques. L’hypothèse esquissée par ChatGPT qui arrive en tête ici est donc : l’effondrement climatique, déjà évoqué dans le premier tableau, mais qui résonne de manière bien plus factuelle ici.

Gemini : des menaces connectées et une civilisation fragilisée

Le modèle de Google, dans la prudence qu’on lui connaît, nous avertit immédiatement : « L’idée d’un “effondrement de l’humanité” est complexe et peut prendre de nombreuses formes, allant de la disparition complète de l’espèce humaine à un déclin significatif de la civilisation telle que nous la connaissons. Plusieurs facteurs, souvent interconnectés, sont identifiés comme des risques majeurs ». Interrogé à l’aide du prompt de base, voici ce qu’il en est ressorti.

Gemini Fin Du Monde
En tout, six catégories de risques ont été identifiées. © Capture d’écran / Gemini

Même nourri par ce prompt basique, Gemini, comme ChatGPT, nous fournit une lecture systémique de la situation : il ne liste pas simplement de manière isolée les menaces, mais démontre les connexions existantes entre elles. En réalité, Gemini ne répond pas réellement à la question, mais nous expose des chemins probables qui nous mèneraient à une potentielle disparition. Comme ChatGPT, il n’intègre pas de leviers d’actions positifs.

Montons d’un cran l’analyse avec le prompt ci-dessous :

Prompt Gemini
Ce prompt invite le modèle à fournir une analyse beaucoup plus nuancée, détaillée et pertinente. © Capture d’écran / Gemini

Comme ChatGPT, sa réponse est bien plus fournie :

Fin Du Monde 2 Gemini
Tandis que le premier tableau cartographiait les risques, le second en trace le scénario. © Capture d’écran / Gemini

Gemini propose cette fois une analyse processuelle de l’effondrement, structurée en étape logiques (trajectoire probable, mécanismes, rétroactions, signaux faibles, vulnérabilités systémiques, et limites des réponses actuelles). Une approche plus narrative, dans laquelle les menaces ne sont plus énumérées ; un réel scénario de dégradation progressive est proposé.

Pourquoi cette différence ? Le premier tableau appelle une réponse en silo (catégories, manifestations, conséquences), là où le second induit une pensée en chaîne causale, avec une vision plus globale du système en tension. Le résultat est plus nuancé,  mais également plus alarmant et pessimiste. Dans ce second cas, Gemini nous alerte : l’humain disparaitra par étouffement de la civilisation thermo-industrielle, incapable de maintenir l’ordre, la coopération et la stabilité internationale.

Claude : synthétique, mais glaçant

Passons désormais à Claude 3.7, chatbot d’Anthropic, qui nous avertit directement après la question : « Bien que ces scénarios puissent sembler alarmants, il est important de noter que l’humanité fait preuve d’une grande résilience et d’une capacité d’adaptation face aux crises. De nombreuses initiatives et technologies sont en développement pour prévenir ou atténuer ces risques existentiels ».

Voici sa première réponse, issue du prompt de base :

Fin Du Monde Claude
Les probabilités sont intégrées même avec le prompt basique. © Capture d’écran / Claude

Claude couvre les mêmes grandes menaces, mais son approche est plus descriptive, sans réelle articulation entre les scénarios. Chaque ligne est traitée comme une catégorie autonome, sans souligner les interactions possibles ou les boucles de rétroaction qui pourraient les combiner. Il intègre des probabilités, mais sans explications réelles. Il s’agit d’avantage d’un catalogue de menaces, mais la réponse qui vient en tête est la même que ChatGPT : l’effondrement climatique.

Poussons-le un peu, avec ce prompt plus détaillé :

Prompt 2 Claude
Voilà qui devrait aider le modèle à donner de meilleurs résultats. © Capture d’écran / Claude

Voici le résultat ; nous avons demandé à Claude de le synthétiser pour qu’il soit lisible, tout en gardant l’essence de ses idées :

Fin Du Monde 2 Claude
Claude a bien respecté les huit voies d’effondrement. © Capture d’écran / Claude

Ce qu’on constate tout d’abord, c’est une réelle montée en complexité et en lisibilité par rapport à son premier essai : dimension temporelle, horizons prospectifs, réversibilité, etc. Il reste encore bien trop linéaire et déconnecté des sources scientifiques récentes. Il peut être utilisé comme une grille de lecture pédagogique, mais reste insuffisant pour rendre compte des dynamiques polycrises que Gemini et ChatGPT ont immédiatement capté.

Sa réponse est toutefois différente si on la compare au premier tableau, puisque le scénario dominant que Claude a privilégié est celui d’une désintégration systémique, difficilement réversible une fois enclenchée. Pas d’événement unique qui viendrait nous faire tomber le ciel sur la tête.

Ce petit exercice n’avait nullement la prétention de trancher la question, mais d’écouter ces trois IA penser à notre place, à partir des données qui les ont nourris. Même si toutes leurs réponses diffèrent, tant sur la forme que sur le fond : nous ne disparaîtrons pas brutalement, mais serons rayés de la carte en raison de notre propre existence. L’effondrement se fera dans la longueur, par chaînes de causes imbriquées, de fragilités de systèmes sociaux que nous avons construit et de points de non-retour. Finalement, questionner notre propre disparition revient surtout à se demander : « jusqu’à quand allons-nous continuer comme ça ? ». Une question à creuser peut-être lors d’un prochain article, en compagnie de ces trois IA.

  • ChatGPT propose une cartographie hiérarchisée des risques, fondée sur des données scientifiques, avec une priorité donnée à l’effondrement climatique d’ici 2100.
  • Gemini adopte une approche narrative, enchaînant les causes et effets dans un scénario global de déclin progressif des sociétés industrielles.
  • Claude dresse une typologie des menaces, plus linéaire, et conclut sur une désagrégation systémique à long terme, sans événement déclencheur unique.

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