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Pangea Aerospace : “On veut devenir les Rolls Royce de l’espace”

L’entreprise franco-espagnole vient de réussir un allumage de son moteur de fusée à tuyère aerospike, une première très intéressante.

La France compte des centaines de start-ups dans le domaine du spatial. L’écrasante majorité sont nées ces dernières années et toutes se disent plus robustes que leurs concurrentes. Beaucoup promettent de produire des fusées entières, capables d’envoyer des satellites en orbite d’ici à quelques années.

Mais du côté de Pangea Aerospace, ce n’est pas vraiment le projet. L’entreprise née à Barcelone, et installée depuis peu du côté de Toulouse, assure vouloir se limiter à un rôle de “motoriste”. Comme nous l’explique Marie-Laure Gouzy, Country Manager France, l’objectif pour Pangea Aerospace est de développer un moteur de fusée avec une technologie révolutionnaire, la tuyère aerospike.

Faire sauter le verrou technique

Cette idée n’a rien de nouvelle, la NASA avait déjà travaillé sur cette tuyère dans les années 80, sans jamais obtenir les résultats attendus. Mais près de 40 ans après les premiers essais, Pangea croit dur comme fer en ce nouveau projet.

Au-delà de la simple croissance, en octobre dernier, l’entreprise a effectué des essais de certains composants critiques de son moteur ARCOS, ce qui a permis de développer une poussée allant jusqu’à 750 kN.

Deux ans avant, en 2021, Pangea Aerospace avait procédé à l’allumage de son démonstrateur Demop1, qui lui intégrait une chambre de combustion et la tuyère aerospike, et avait permis de développer une poussée de 20 kN. Cet allumage-là a constitué une première mondiale pour cette chambre de combustion Methalox entièrement imprimée en 3D.”

Qu’est-ce qu’une tuyère aerospike ?

Pour bien comprendre la portée de cette avancée dans le monde du spatial, il faut se replonger quelques peu dans ses cours de physique-chimie. Lorsqu’une fusée monte dans l’atmosphère, elle va en traverser plusieurs “couches”, avec toutes une densité différente.

Ces nuances de pression autour de la fusée font que la forme de la tuyère (l’embout du moteur en quelque sorte) doit changer en fonction de la couche atmosphérique traversée. Pour obtenir une efficacité absolue, il faudrait changer de tuyère à chaque passage dans une nouvelle couche.

Mais grâce à la technologie de Pangea Aerospace, une seule tuyère peut réaliser un vol vers l’orbite. Un coup de force du motoriste qui promet un gain en efficacité de 15%. “Avoir un moteur plus efficace permet de gagner du poids sur le carburant, et donc d’emporter plus de charges utiles, pour un lanceur, c’est très important.”

Dans l’ombre des plus grands

Avec ce moteur, Pangea l’assure, l’idée n’est pas de faire les gros titres. “Nous sommes motoristes et c’est très bien ainsi, nous voulons être l’équivalent de Rolls-Royce pour Boeing ou Airbus, mais dans le domaine spatial.” Ce rôle de motoriste exclusif est d’ailleurs loin d’être une nouveauté, lors des missions Apollo et même à l’époque de la navette spatiale, la NASA construisait ses fusées en faisant appel à des entreprises différentes pour chaque section.

“Les motoristes ont toujours existé dans l’histoire du spatial.” Ce n’est finalement que l’avènement du New Space et des sociétés “indépendantes” avec SpaceX en tête que le rôle de motoriste a perdu du terrain. Du côté de Pangea, le développement de nombreux projets annexes, avec des sociétés voulant à la fois construire une fusée et un lanceur, n’est pas un problème.

Pour Marie-Laure Gouzy, les petites entreprises voulant rejoindre l’espace ont tout intérêt à faire confiance à Pangea pour la partie moteur. “Quand vous voyez les coûts de développement pour un moteur classique, vous réfléchissez à deux fois avant de vous lancer.”

Proposer un moteur dès 2026

L’autre nerf de la guerre, en plus de l’argent, c’est le temps. Le monde du New Space est en pleine effervescence cette année et de nombreux projets aboutissent. Du côté de Pangea, tout le monde le sait, il ne faut pas rater le coche.

L’entreprise a prévu de mener plusieurs tests en 2024 et 2025. Elle espère pouvoir commercialiser des premiers modèles en 2026. Ils seraient vendus à l’entreprise israélienne Tehiru Space qui a passé commande pour une cinquantaine de vols.

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