Enchères en ligne, nostalgie numérique et marques en faillite : voilà la nouvelle stratégie de LimeWire. L’entreprise, qui se réinvente depuis deux ans en plateforme de NFT musicaux, vient de s’offrir les droits de la marque Fyre Festival, cette monumentale fraude qui a eu lieu en 2017. Transformer l’un des échecs les plus médiatisés de la pop-culture qui avait embrasé Instagram et Facebook à l’époque ne serait-il pas un peu une provocation ?
Monétiser la débâcle : un nouveau business model ?
Celle-là, il fallait l’oser : LimeWire a déboursé 245 000 dollars lors d’une vente aux enchères sur eBay pour s’approprier la marque Fyre Festival. Pour mémoire, ce festival frauduleux, organisé aux Bahamas par Billy McFarland et le rappeur Ja Rule, avait fait miroiter luxe et volupté aux influenceurs qui y étaient conviés.
Le Fyre festival a rapidement tourné au cauchemar pour les invités : spectateurs bloqués sur l’île, logements de fortune, artistes absents et repas infâmes… Un an plus tard, en 2018, McFarland est condamné à six ans de prison pour escroquerie et devra s’acquitter d’une amende de 26 millions de dollars. Encore aujourd’hui, le Fyre Festival est considéré comme le symbole ultime de la décadence de l’événementiel, un cas d’école de la hype toxique à la sauce Instagram.
Pour Julian Zehetmayr, PDG de LimeWire, c’est ce « capital culturel » qu’il faut exploiter : « Fyre est devenu le symbole d’un battage médiatique qui a mal tourné, mais il a aussi marqué l’histoire. Nous ne ramenons pas le festival, nous redonnons vie à la marque et au mème. Cette fois avec de vraies expériences, et sans les sandwichs au fromage. » S
S’il fait allusion à ces sandwichs au fromage, c’est que les festivaliers avaient déboursé plusieurs milliers de dollars pour vivre cette « expérience premium ». L’organisation leur avait finalement servi, pour tout repas, une simple boîte en carton contenant deux tranches de pain industriel et un morceau de cheddar sous cellophane. La photo de ce misérable repas était devenue virale sur Twitter à l’époque et était même devenue un meme et l’icône de cette débâcle.
Mais que veut donc faire LimeWire en rachetant ce nom ? L’utiliser comme un levier marketing et associer ses NFT musicaux à des avantages exclusifs, comme l’accès à des événements physiques, des communautés fermées ou des expériences en petit comité. Fyre Festival sera donc une espèce de produit d’appel pour vendre du numérique assorti de privilèges ; une formule déjà éprouvée à l’époque où les NFT étaient présentés comme des passeports vers des clubs VIP et des expériences privées.
L’économie des NFT étant en grande perte de vitesse depuis l’éclatement de la bulle en 2022, on voit bien à quel petit jeu joue LimeWire : recycler des noms connus, quitte à les associer à une aura négative, pour tenter de rester visible sur un marché exsangue. Une manière bien étrange de se garantir une place au soleil, qui pourrait bien finir par lui brûler les ailes.
- LimeWire a racheté le nom d’un festival tristement célèbre, le Fyre Festival, pour l’utiliser comme outil marketing.
- L’entreprise veut s’appuyer sur cette notoriété sulfureuse pour relancer ses offres liées aux NFT et à des événements exclusifs.
- Une stratégie traduisant la difficulté d’un secteur en déclin, qui mise désormais sur la récupération de marques chargées de scandales.
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