En 2003, la voie du jeu vidĂ©o nomade n’a pas encore Ă©tĂ© empruntĂ©e par Sony (la PSP arrivera fin 2004 au Japon), et Nintendo domine les dĂ©bats avec sa GameBoy Advance et sa toute rĂ©cente dĂ©clinaison SP, qui dispose d’un Ă©cran rĂ©tro-Ă©clairĂ©. Sur le marchĂ© de la tĂ©lĂ©phonie, Nokia est le leader incontestĂ© du secteur, avec plus de 30% de part de marchĂ©, portĂ© notamment par son lĂ©gendaire 3310, loin devant Motorola, Samsung, Siemens ou encore Sony Ericsson. Pour le gĂ©ant finlandais, c’est une Ă©vidence, il faut faire fusionner le jeu vidĂ©o et la tĂ©lĂ©phonie mobile, “je vous le dis, c’est le turfu les gars” aurait-on entendu depuis les bureaux des dirigeants de la firme, et cela passera par un nouvel appareil dĂ©diĂ© : N-Gage.
Parce qu’on n’a pas toujours eu un Ă©cran 4K devant les yeux, un smartphone OLED HDR dans la main et des manettes sans-fil sur les genoux, PasTech vous propose un petit retour rafraĂ®chissant dans le passĂ©, Ă la (re)dĂ©couverte de certains produits emblĂ©matiques qui ont fait (ou pas) l’Histoire de la tech. Alors on dit 5, 4, 3, 0, et puis paf, PasTech !
Nokia s’engage dans le jeu vidĂ©o
AnnoncĂ© en 2002, la (le ?) Nokia N-Gage est commercialisĂ©e en fin d’annĂ©e 2003, le 7 octobre pour ĂŞtre prĂ©cis. La petite console/tĂ©lĂ©phone portable (Ă moins que ce ne soit l’inverse) se pare d’un design particulièrement Ă©tonnant, avec un petit Ă©cran rĂ©tro-Ă©clairĂ©, lequel est affublĂ© Ă sa droite d’un pavĂ© numĂ©rique et Ă sa gauche d’une croix directionnelle et de divers boutons. A l’inverse d’un mobile traditionnel (et Ă l’instar d’une Game Boy Advance), la N-Gage est conçue pour ĂŞtre utilisĂ©e en mode paysage, et tant pis si le haut-parleur situĂ© sur la tranche donne un petit cĂ´tĂ© « oreille d’élĂ©phant » lorsque l’on porte le tĂ©lĂ©phone Ă son oreille.

Côté fiche technique, contrairement à ce que l’on pourrait croire aujourd’hui, la N-Gage de Nokia avait de quoi faire saliver plus d’un joueur. En effet, la machine était dotée d’un CPU 104 Mhz, soit de quoi lui permettre d’afficher des jeux en 3D. A ce sujet, Tomb Raider était une démonstration technique particulièrement bluffante à l’époque, avec un portage très fidèle de l’opus PlayStation… mais sur un téléphone portable ! A Tomb Raider s’ajoute le portage de Sonic Advance, baptisé Sonic N, lui aussi très impressionnant pour un téléphone portable.

A l’époque, pas d’iPhone, de Google Pixel et autres Samsung Galaxy, on jouait Ă Snake sur de minuscules Ă©crans monochromes. Autant dire que pouvoir jouer Ă Tomb Raider, Ă Sonic N, Ă FIFA, mais aussi Ă Call of Duty, Ă Tony Hawk’s Pro Skater, Ă Virtua Tennis ou encore Ă Pandemonium, sur un Ă©cran couleur TFT de 176 x 208 pixels Ă©tait juste extraordinaire. A cela s’ajoutaient des fonctions lecteur MP3 et radio.
Des jeux au format cartouche, comme une “vraie” console
Evidemment, il n’était pas question Ă l’époque de tĂ©lĂ©charger le jeu via une quelconque boutique virtuelle, Ă l’image d’un AppStore ou d’un Google Play Store. Les jeux N-Gage Ă©taient des vraies cartouches (au format carte MMC), qu’il fallait acheter en plus de la console. Chaque jeu avait ainsi droit Ă sa boite, Ă sa notice (contrairement Ă aujourd’hui…) et Ă sa petite cartouche, exactement comme sur Game Boy.


La N-Gage disposait ainsi de deux ports distincts, à savoir un port SIM (car c’est quand même un téléphone), et un port dédié aux cartouches de jeu. A ce sujet, pour changer de jeu, il était impératif d’ôter le cache à l’arrière de la N-Gage, mais aussi de retirer la batterie. Pas pratique du tout…

Pourtant, si le rendu visuel des jeux N-Gage était assez bluffant, force est d’admettre qu’il s’agissait là de la principale qualité de la création de Nokia. En effet, l’écran s’avère trop petit pour être confortable, la croix directionnelle est imprécise au possible, et la machine dans son ensemble se révèle nettement moins agréable qu’une « vraie » console portable. Pire encore, l’écran de la N-Gage est au format « Portrait » (soit plus haut que large), et donc totalement inapproprié à la pratique du jeu vidéo, qui donnait à l’époque le meilleur de lui-même sur un CRT Sony Trinitron 4:3 comme chacun le sait.
Pas une bonne console… ni un très bon tĂ©lĂ©phone
« Oui, mais la N-Gage, c’est aussi un tĂ©lĂ©phone !! » arguaient les fervents dĂ©fenseurs de la console. Certes, il n’était pas dĂ©sagrĂ©able d’envoyer des textos depuis sa N-Gage, en revanche, passer un coup de fil Ă©tait un drame, la faute (comme expliquĂ© plus haut) Ă ce haut-parleur situĂ© sur la tranche, qui imposait de tenir le tĂ©lĂ©phone façon « oreille d’élĂ©phant » pour entendre distinctement son interlocuteur. A l’Ă©poque d’ailleurs, la N-Gage fut très largement moquĂ©e Ă ce sujet.

C’est un fait, la Nokia N-Gage a clairement en elle quelque chose de Tennessee révolutionnaire, mais la machine est trop mal conçue pour s’imposer chez les férus de téléphonie mobile, et pas assez confortable pour remplacer la Game Boy Advance SP, pourtant moins « bluffante » techniquement parlant. A cela s’ajoute également un autre facteur clé, à savoir un prix de 349€ chez nous, soit une énormité face à une GameBoy Advance SP affichée à 129€ à peine (et même à 99€ à la rentrée 2004).

Chez Nokia, on prend rapidement en compte le retour des utilisateurs, et très rapidement, la firme décide, non pas d’assumer son échec et de se recentrer sur le marché de la téléphonie, mais plutôt de concevoir une « nouvelle » N-Gage. Ainsi, rapidement, c’est la N-Gage QD (pour Quality Design) qui arrive en boutiques. A noter qu’à l’époque, la N-Gage avait profité d’une large mise en avant dans les boutiques spécialisées. C’était le cas notamment de la chaîne GAME, qui avait misé gros sur le succès de la N-Gage.
Six mois plus tard… la N-Gage QD !!
Aussi, malgré l’échec de la première version, nombreux sont les revendeurs (dont GAME) à tenter de relancer la machine, avec cette fois la N-Gage QD. Sur le papier, la nouvelle version a de quoi titiller la curiosité. La machine est plus compacte (mais pas plus légère) et l’écran promet une meilleure lisibilité, grâce à une luminosité plus élevé, et un contraste revu et corrigé.

Nokia promet également de meilleures performances globales, une autonomie revue à la hausse, un changement de cartouches plus simple (sans enlever la batterie), mais aussi (et surtout !!) un écouteur placé cette fois de manière traditionnelle, n’imposant plus à l’utilisateur de tenir son téléphone sur le côté lors des appels vocaux. C’est certain, la N-Gage QD a gommé les défauts de sa grande sœur, et la révolution du jeu vidéo mobile est en marche !

Commercialisée en mai 2004 (soit six mois à peine après le premier modèle), la N-Gage QD est nettement plus aboutie que le modèle originel. Un modèle plus compact, nettement plus agréable à prendre en mains, et qui permet enfin de passer des appels de manière « classique ».
Bien sûr, la N-Gage QD est compatible avec tous les jeux déjà disponibles. A ce sujet, la ludothèque N-Gage compte un peu plus de 60 jeux, avec des licences très prestigieuses (mais souvent des portages) telles que Crash Nitro Kart, Colin McRae Rally, Bomberman, Age of Empires, Splinter Cell, Red Faction, Rayman, Spider-Man, Tiger Woods, Virtua Tennis, Worms, X-Men…
Et Ă la fin… c’est Nintendo qui gagne
A l’époque, nous étions nombreux à être bluffés par le rendu de la N-Gage, et plutôt séduits par le modèle QD. A titre personnel, j’ai acquis les deux modèles, j’ai apprécié pouvoir profiter de certains titres (Sonic N, Pandemonium…) avec une telle qualité sur un « simple » téléphone, mais jamais la N-Gage n’est parvenue à remplacer la GameBoy Advance. En réalité, la console de Nintendo n’a jamais été inquiétée par cette intrusion de Nokia sur le marché du jeu vidéo, puisque si la N-Gage s’est écoulée à 3 millions d’exemplaires environ (selon des chiffres plus ou moins officiels), la GameBoy Advance compte pour sa part un total de 125 millions d’exemplaires vendus, tous modèles confondus.
Evidemment, dès l’annĂ©e 2006, Nokia met Ă un terme Ă son ambiance vidĂ©oludique, et dĂ©cide de se recentrer sur son activitĂ© mobile. D’aucun dirons que ce sont les jeux qui ont fait dĂ©faut Ă la N-Gage, d’autres estiment que son Ă©chec est Ă mettre au crĂ©dit de son ergonomie imbitable… Toujours est-il qu’à l’instar d’une PS Vita, la N-Gage Ă©tait une machine très avant-gardiste pour l’époque, et le fait de faire fusionner l’univers de la tĂ©lĂ©phonie avec celui du jeu vidĂ©o Ă©tait prometteur (on en a la confirmation depuis quelques annĂ©es maintenant), mais sans doute un peu trop prĂ©maturĂ© en 2003. A noter qu’en 2009, N-Gage fut, l’espace de quelques mois, le nom d’une plateforme de tĂ©lĂ©chargement, mais celle-ci connaitra Ă nouveau un Ă©chec cuisant. DĂ©cidĂ©ment…
Et vous, avez-vous connu la N-Gage de Nokia ? L’avez-vous encore en votre possession ?
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