Son nom reste inconnu du grand public, mais il s’est fait une place dans l’un des secteurs les plus impitoyables de l’économie : la biotechnologie. Robert W. Duggan, dit Bob, a bâti une fortune estimée aujourd’hui à 12,3 milliards de dollars. Une performance remarquable pour un homme qui n’a jamais obtenu de diplôme universitaire mais qui a su flairer, à deux reprises, le jackpot pharmaceutique.
Qui est-il exactement ?
Bob Duggan voit le jour en 1944 à Oakland, en Californie, troisième d’une fratrie de cinq enfants. Son père, ingénieur industriel venu d’Irlande, et sa mère, infirmière, élèvent la famille dans un foyer modeste. Élève appliqué et sportif, Duggan devient capitaine et quarterback de son équipe de football américain au lycée de Mountain View.
Après le bac, il s’inscrit à l’Université de Californie à Santa Barbara, puis à UCLA, pour suivre des cours d’économie et de gestion. Mais il n’ira jamais au bout. « Quand j’avais 18 ans, ma seule obsession était : comment créer de la richesse ? Et cela ne passait pas par un diplôme », expliquera-t-il plus tard.
Plutôt que de travailler pour les autres, il crée très vite ses propres entreprises. Passionné de surf, qu’il pratique assidûment sur la côte californienne, préférant rester en marge de la Silicon Valley. Scientologue, il se construit au fil des décennies une réputation d’outsider déterminé, capable de transformer un pari improbable en succès financier.
Quels ont été ses premiers investissements ?
Avant de s’imposer dans la pharmacie, Duggan se frotte à de nombreux secteurs. Sa première réussite remonte aux années 1970 avec Sunset Designs, une société qui vendait des kits de broderie Jiffy Stitchery. L’investissement initial de 100 000 dollars se transforme en une cession à 15 millions de dollars quelques années plus tard.
Dans la foulée, il cofonde Paradise Bakery & Café, chaîne qui fournit des cookies à McDonald’s, KFC et Disney World. Son produit vedette, le Chocolate Chip Chipper, devient une référence. « Certains se moquent du fait que j’aie fait fortune dans les cookies. Mais vous savez quoi ? C’était le cookie aux pépites de chocolat le plus vendu au monde. Pourquoi ? Parce qu’on l’avait conçu pour ça. On l’avait pensé de façon à rester moelleux, au point que quand vous le décrochiez, il s’étirait comme une pizza », raconte-t-il dans les lignes de Business Insider.
L’entrepreneur poursuit avec Communication Machinery Corp, pionnière de l’Ethernet, cédée à Rockwell International pour 45 millions de dollars. Puis Government Technology Services, fournisseur IT pour l’administration américaine, qui passe de 8 millions à 600 millions de dollars de chiffre d’affaires sous sa houlette. Il revend aussi Metropolis Media, société d’affichage en Europe de l’Est, à Capital Research, devenue JCDecaux.
De quoi le propulser au statut de multimillionnaire, sans qu’il ne trouve encore sa voie définitive.

Pourquoi la biotech ?
La bascule intervient dans les années 2000, après un terrible drame personnel : la mort de son fils d’un cancer du cerveau, à 26 ans seulement. Marqué par cet épisode, Duggan se tourne vers l’oncologie. En 2004, il investit massivement dans Pharmacyclics, une biotech californienne alors en difficulté. Il en prend la direction en 2008 et concentre tous les efforts sur un seul projet : un traitement expérimental contre les cancers du sang, baptisé Imbruvica.
Le pari est osé. À l’époque, l’industrie rejette largement ce type de molécules covalentes, des composés qui se lient de façon irréversible à leur cible dans l’organisme. En effet, ce mécanisme est alors jugé risqué par crainte d’effets secondaires permanents.
Duggan, en autodidacte curieux, creuse le sujet et découvre que des médicaments aussi connus que l’aspirine ou la pénicilline reposent sur le même principe. Son intuition s’avère juste : Imbruvica devient un blockbuster mondial, changeant le traitement de la leucémie. En 2015, AbbVie rachète Pharmacyclics pour 21 milliards de dollars. Duggan empoche à lui seul 3,5 milliards.
Loin de raccrocher, il prend en 2020 la tête de Summit Therapeutics, une autre biotech spécialisée dans l’oncologie. Son nouveau pari s’appelle Ivonescimab, un anticorps affichant des résultats encourageants contre certains cancers du poumon. En essais cliniques, le traitement surpasse le géant de Merck, Keytruda, en doublant la durée médiane avant une rechute, qui passe à 11,1 mois contre 5,8 avec l’autre médicament.
Le phénomène est tel que la Bourse s’emballe. En 2024, l’action de Summit bondit de plus de 1 000 %.
Pourquoi son parcours est-il si singulier ?
Réussir en biotech est rarissime : moins d’un médicament sur dix testé atteint le marché. Bob Duggan l’a fait deux fois. « Les entrepreneurs saisissent toutes les opportunités, apprennent de leurs erreurs et considèrent chaque échec comme une occasion d’apprendre davantage », affirme-t-il.
De même, son profil tranche avec l’image habituelle du dirigeant en blouse blanche bardé de diplômes. Duggan n’a pas de doctorat et n’a jamais exercé en laboratoire, mais s’appuie sur une capacité unique à identifier les bons projets, investir lourdement son propre argent et savoir quand tenir ou se retirer.
À 81 ans, Duggan reste pourtant un personnage discret. Marié et père de huit enfants, il est installé en Floride, où il cultive un profil bas, loin des projecteurs.
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