- L’agence spatiale européenne (ESA) se trouve dans une impasse à cause de retards autour du développement de Ariane 6
- La constellation Galileo, alternative au GPS américain, reste incomplète et pourrait prendre beaucoup trop de retard
- Du coup, l’ESA serait sur le point de signer un contrat historique avec SpaceX pour achever plus rapidement le projet, quitte à menacer l’avenir immédiat de Arianespace et de son lanceur Ariane 6
SpaceX serait sur le point de décrocher un contrat historique avec l’Europe pour achever sa constellation Galileo. S’il se concrétise, il s’agirait du premier contrat de SpaceX en Europe, qui était jusqu’à présent le domaine réservé de la société Arianespace (joint-venture entre Airbus et Safran).
Dans le détail comme le révèle Politico, la Commission serait pour l’instant en train de négocier un “accord de sécurité ad-hoc” qui permettrait ces lancements par la société américaine. Galileo est un système de navigation par satellite alternatif au GPS amérciain. L’Europe souhaite à la fois pour se rendre plus indépendante des technologies américaines et pour proposer une technologie plus précise qui pourrait autoriser de nouveaux débouchés sur Terre.
SpaceX pourrait décrocher son premier contrat en Europe, n’en déplaise à Arianespace
Galileo compte actuellement 28 satellites en orbite terrestre moyenne (MEO), dont 23 sont, au moment où nous écrivons ces lignes, opérationnels. La Commission Européenne souhaitait initialement éviter de lancer des satellites via SpaceX, et on peut facilement comprendre pourquoi. De facto, Ariane ne fait plus le poids sans le soutien de l’Europe : la société de Elon Musk a déjà cassé le prix des lancements au point que la pertinence du lanceur Ariane dépend en grande partie de ses contrats avec l’ESA.
La seule raison d’être de Arianespace en 2023 est qu’elle reste garante de la souveraineté spatiale européenne. Du coup, avant d’opter pour SpaceX, la Commission Européenne aurait tenté de se trouver d’autres partenaires moins menaçants, notamment en Inde, au Japon… et en Russie. Mais dans un monde où des conflits renaissent, notamment avec le voisin russe, les lanceurs américains SpaceX et ULA sont vite apparues comme les seules vraies alternatives de l’ESA pour mener la constellation Galileo à son terme dans des délais raisonnables.
Or, les difficultés de ULA (Boeing et Lockheed Martin) autour du Vulcan Centaur – la fusée de choix pour ce type de lancement – auraient naturellement conduit l’ESA à se rendre à l’évidence : un contrat avec SpaceX semble à ce stade inévitable. Soulignons que rien n’est signé pour le moment, à la fois à cause de la lenteur des institutions européennes et du caractère sensible des technologies de la constellation Galileo qui nécessite des négociations approfondies avec les 27.
Toutefois, il ne fait pas de doute que le contrat sera rapidement signé. Le projet Galileo prend en effet trop de retard, les satellites déjà lancés ont une durée de vie limitée et la constellation reste en souffrance de plus de lancements pour être complète à 100 %. On ne sait pour l’instant pas combien de lancements devront être assurés par SpaceX dans l’attente de l’arrivée de Ariane 6 vers l’horizon 2024. Mais si l’Europe nécessite entre un et trois lancements, les coûts pourraient être de l’ordre de 200 millions de dollars chez SpaceX (182 millions d’euros).
Ce qui n’est en soit pas grand chose au regard du budget de l’Union Européenne – mais aidera clairement SpaceX à se renforcer, alors que la firme dégage déjà grâce à sa Falcon 9 réutilisable des marges inédites dans le secteur. Ces près de 200 millions d’euros n’iront dans tous les cas pas dans le programme Ariane 6, qui reste une fusée “nouvelle génération à l’ancienne” c’est à dire que l’ensemble est plus ou moins “jeté à la poubelle” à chaque lancement.
Cette perte de contrat pourrait donc faire un effet boule de neige néfaste pour Ariaespace, menaçant la survie même du lanceur Ariane 6 finalement peu innovant. La seule solution pour éviter la catastrophe serait sans doute d’abandonner le programme Ariane 6 ou tout du moins à pousser le développement parallèle d’une nouvelle génération de lanceurs qui s’inspire davantage du côté réutilisable des Falcon 9 de SpaceX. Un projet évoqué depuis autant de temps que le développement de Ariane 6 – sans que la moindre concrétisation n’ait vu le jour pour le moment.
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