De ce côté-ci de l’atlantique, les succès de SpaceX et de ses lanceurs réutilisables fascinent autant qu’ils paralysent l’industrie. Comment, en effet, admettre qu’une entreprise privée américaine mette au point une technologie jugée “impossible” et “inutile” ? Malgré les premiers lancements réussis du lanceur américain, la multiplication des contrats, le développement d’une capsule habitée, sa certification… la fusée Ariane européenne est restée fidèle à elle-même : classique, dotée d’un haut niveau de prestation, mais extrêmement chère – il faut en construire une nouvelle à chaque lancement.
Pour lancer une fusée Ariane 5, il faut 20 jours, en comptant l’assemblage, le chargement et son installation sur le pas de tir – et le ticket varie entre 35 et 50 millions de dollars en fonction de la mission. Lanceur moyen-lourd, Ariane 5 lance généralement plusieurs satellites à la fois. Les coûts de construction de la fusée sont de l’ordre de 150 millions d’euros pièce. Un lancement d’une Falcon 9 neuve coûte environ 50 millions de dollars, frais de fabrication inclus. Or, la fusée peut lancer elle aussi plusieurs satellites simultanément.
Arianegroup développe une fusée Ariane réutilisable inspirée de SpaceX
Elle est réutilisable, ce qui signifie que chaque lancement subséquent permet de faire baisser les coûts. Il faut entre chaque vol un peu de maintenance – pour l’instant, celle-ci prend environ 27 jours. Mais comme ces véhicules sont réutilisables, et que SpaceX en a quelques uns en stock, la firme peut lancer en théorie des satellites encore plus vite qu’ArianeGroup. SpaceX compte à terme réutiliser chaque fusée jusqu’à plus d’une centaine de fois. Forcément avec de telles caractéristiques, difficile, pour Ariane, de rester éternellement leader des lancements moyens-lourds avec un véhicule entièrement jetable.
Longtemps, pourtant, ArianeGroup a jeté l’hypothèse d’un lanceur réutilisable du revers de la main. La firme estimait juste avant le développement de Ariane 6 que le développement d’un lanceur réutilisable serait bien trop coûteux, entre 13 et 19 milliards d’euros, le tout avec une maintenance elle aussi plus chère, qui rendrait le programme nettement plus cher que Ariane 5. Lors de sa visite sur le site Ariane de Vernon, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a pourtant reconnu que l’Europe a « manqué le virage du lanceur réutilisable ».
Et d’ajouter : « nous n’y avons pas cru, nous avons pris du retard par rapport à nos partenaires américains qui ont développé SpaceX et Falcon 9, et ce retard, il faut le rattraper ». Le ministre a ainsi annoncé qu’à côté du programme Ariane 6, Arianegroup développera un minilanceur réutilisable inspiré de la Falcon 9 de SpaceX. Le ministre a également annoncé que des startup et autres jeunes pousses du continent participeront à ce projet qui doit aboutir sur un lanceur fonctionnel en 2026.
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Les sites de production du lanceur en Europe vont pour cela créer beaucoup d’emplois – après pourtant des suppressions de postes en septembre. « Aujourd’hui, il y a un peu plus de 800 emplois sur le site de Vernon ; à horizon 2025, il y en aura près de 1 000 », a révélé Bruno Le Maire. Le ministre n’a en revanche rien dit des financements supplémentaires qui seront nécessaires pour développer ce lanceur. Car toute la question reste de savoir si le lanceur européen a vraiment les moyens des ambitions du ministre de l’Economie français…
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